lundi 16 novembre 2020

Le ventre de la mère

 Ceci est un texte que j'ai découvert dans mes archives. Il est vieux de dix ans: j'ai eu envie de le remettre ici: j'avais écrit sur les différentes maisons ou lieux que j'ai habités

Ma première maison est le ventre de ma mère. Des moments cruciaux pour tout être humain, et pourtant personne n'a de souvenirs de cette période intense, du moins conscients... C'est étrange quand on y pense...

Quelles ont pu être mes sensations, mes perceptions au cours de ces neuf mois durant lesquels je me suis formée en décidant d'être femme? La coquille vibrante, vivante du ventre de ma mère fut-elle pour moi un cocon rassurant, bercé de paroles douces et de caresses tendres?

Ce ne fut pas vraiment le cas…

Conçue en pleine guerre, dans une  atmosphère d'angoisse diffuse et omniprésente, dans les couvre feu obligatoires, les sirènes tonitruantes suivis des bombardements, toujours inattendus...

Conçue deux ou trois ans après une fausse couche tardive (du moins d'après les confidences que papa m'a faites un jour... mais les ai-je rêvées? Parfois je me le demande!). Quand on perd un bébé en gestation, puis qu'on en attend un autre à nouveau, qu'est-ce qui prévaut? La joie d'être enceinte? Ou la peur de perdre une fois encore l'espérance d'un nouvel enfant?

Et puis, faisais-je partie d'une grossesse gémellaire, comme une séance de kinésiologie m'en a donné la révélation dans une crise de larmes dont l'intensité m'a surprise? En pensant à mon attirance de toujours pour les histoires de jumeaux (lues chez d'autres ou écrites moi-même), pour les aquarelles, peintures et photos de jumeaux, je pense que ces larmes, ce n'était pas une simple crise d'hystérie, comme je me le suis dit souvent par après, doutant de cette révélation qui, il faut le reconnaître fait un peu partie d’un phénomène de mode. Mais si c'est la réalité, alors... quand ma jumelle (car il ne peut s'agir que d'une jumelle) s'est fondue dans le rien, comment ai-je vécu cette perte ? En ai-je fait le deuil? Ai-je été capable de bouger pour signaler ma présence, mon désir de vivre? Ou au contraire me suis-je tenue tranquille? Surtout ne pas me faire remarquer, ne pas déranger, vivre en cachette. En écrivant ces mots qui me viennent spontanément, je pense que oui, malgré ma fougue, mon tempérament ardent, je me tiens si souvent "tranquille" pour ne pas déranger, pour m'effacer..

Donc angoisse intérieure dans ce ventre. Angoisse extérieure d'une future mère, vécue dans les affres d'une guerre, obligée de se battre au quotidien pour la nourriture, craignant pour sa vie, pour celle de son premier fils et surtout pour celle de son mari?

Comment grandit un futur bébé environné d'angoisse dès les premiers jours de sa conception, marqué peut-être du sceau de la culpabilité (ai-je chassé, tué peut-être cette autre qui habitait le même ventre que moi? Aurais-je été à ce point jalouse, réclamant ce ventre pour moi toute seule?)



Oui j'ai gardé au fond de moi et à jamais je crois, l'empreinte de cette angoisse primitive. Je suis en effet une femme anxieuse, qui tremble et redoute trop de choses, trop et trop fort! Qui à son tour, aura transmis bien des peurs irrationnelles aux bébés qui  à leur tour, ont grandi dans son ventre.

Adulte, je n'aimais pas regarder ma mère en pensant que j'avais grandi en elle, que j'étais née de ses entrailles, que j'avais forcé le passage de ses organes génitaux. Il y avait trop de carence affective entre elle et moi... C'était comme si je ne reconnaissais pas la maternité de ce ventre, comme si je préférais penser que j'étais née de nulle part...

A suivre (peut-être)

jeudi 12 novembre 2020

Assise au bord de ma vie

 Je pensais que j'écrirais un petit truc aujourd'hui

oh! pas grand chose, juste un petit truc,

juste quelques mots pour donner de mes nouvelles

et... je n'y arrive pas: les mots restent coincés 


Ecrire m'est devenu difficile. Très.

Parfois, souvent même, je me mets à mon clavier..... je cherche au fond de moi les mots pour exprimer ce que j'aurais envie de dire. Mais rien ne vient. Alors j'abandonne une fois, deux fois, dix fois...

Pourtant je fais comme j'ai souvent conseillé de faire lors des ateliers d'écriture que j'animais: mettre les doigts sur le clavier et ... on verra bien les mots qui finiront par venir: ce seront les bons pour aujourd'hui et ils introduiront ceux de demain ou du jour d'après...

Ma vie s'est comme coupée en deux depuis mon hospitalisation due à la maladie qui, en plus de Horton, m'est tombée dessus: il y a l'avant, et il y a l'après! Je dois réapprendre à marcher sans tomber, retrouver un peu d'équilibre. 

J'ai perdu le sens de l'humour, et cela c'est vraiment dommage. Evidemment l'actualité n'est pas pour me rendre le moral

Comment faire pour retrouver un minimum de goût de vivre? C'est une question sérieuse que je me pose


peinture de Léo Spilliaert peintre que j'aime beaucoup!





mercredi 28 octobre 2020

De l'utilité de la colère

 La colère je la garde le plus souvent à l'intérieur de moi! Depuis que je suis enfant, j'ai appris à colmater mes colères, à les cacher soigneusement, à les lisser et même à ne pas les laisser venir à ma conscience. Eduquée dans ce sens, j'ai appris à garder le silence sur mes remous intérieurs pourtant parfois très intenses!

Or je constate que depuis mon épisode clinique, je me laisse aller à exprimer plus librement ce que je vis, surtout quand je ne suis pas d'accord: chez la coiffeuse par exemple, j'ai OSE l'arrêter fermement quand elle minimisait l'effort des infirmières

J'ose aussi me confronter davantage à mon mari  quand nous n'avons pas le même avis: j'ose même dire que ses colères à lui me font moins peur, j'exprime mon avis avec fermeté et je sais que nous finissons toujours par nous réconcilier!

Un idéal chrétien mal compris m'a façonnée dans une douceur sur fond d'amertume dépressive

parce que c'est ça!!! j'ai toujours eu un fond d'amertume dépressive, même si (je le redis) je me suis efforcée de la cacher

je devais être la femme parfaite, rien que cela!



dimanche 18 octobre 2020

il y a le vécu

 Imaginez un couloir d'hôpital…

On a tous arpenté un jour un couloir d'hôpital, on sait ce que c'est…

Le silence qui s'apparente à de l'angoisse, les portes sont fermées sur les détresses, 

Dans un couloir d'hôpital ça transpire les détresses

Les couloirs sont longs, interminables, aussi longs que les chagrins tapis à l'intérieur

Dans les couloirs on  les devine seulement, tant qu'on est pas entré, ça se tient plutôt calme, 

On retient son souffle, on laisse faire, on se rassure, on attend le coeur serré

mais il faut bien entrer… et là les drames petits et grands se dévoilent

Après le couloir, il y a la chambre d'hôpital

Faut se familiariser avec l'atmosphère de la chambre d'hôpital

Il faut  oser entrer et regarder, se laisser imprégner par les odeurs 

Les odeurs d'une chambre d'hôpital sont tenaces, elles s'accrochent, elles collent

Il faut pousser ou tirer un grand coup pour s'en défaire, ce n'est pas facile

Car derrière les odeurs, il y a le vécu, autrement tenace



jeudi 15 octobre 2020

Nous étions du même bord

 Charlotte, une amie que je connais en vrai, me suggère de reprendre l'écriture des cent mots

J'ai aussitôt ressenti au fond de moi, que l'idée était bonne, bonne pour moi en tout cas

Alors je m'y mets aussitôt

Mais cent mots pour raconter quoi?

Peu importe, c'est un exercice de l^cher prise

Laisser ma plume errer sur le papier, sans la contrôler; laisser ma main sur le clavier, aller au hasard, la laisser libre d'intentions,  libre de MES intentions...LIBRE


En clinique j'ai partagé ma chambre avec un certain nombre de personnes: je me souviens d'une en particulier qui m'en a fait voir de toutes les couleurs. Ce n'est pas si facile de partager jusque dans l'intimité un quotidien avec quelqu'un qu'on ne connait ni d'Eve ni d'Adam, et cela dans une chambre étroite, un cabinet de toilette qui n'en était pas vraiment un

En fin de séjour, j'ai par contre partagé la chambre avec quelqu'un qui me ressemble, qui partage les mêmes problèmes que moi, quant à la vue particulièrement!

Je me suis sentie en confiance avec elle, ce fut un cadeau pour elle, pour moi, pour nous deux/ Nous gardons contact depuis, et nous nous encourageons dans notre quotidien qui reste difficile



mardi 13 octobre 2020

chambre 376

 Me voilà rentrée de mon séjour en clinique, qui me laisse chancelante sur mes jambes, chancelante aussi dans ma tête

peur de ne pas retrouver ma forme physique, peur de ne pas recontacter mon désir de vivre

et... peur de ne pas retrouver mes mots, les mots que j'aime tant

J'ai mal partout, franchement j'en ai un peu marre...


j'ai lu cette phrase quelque part: elle m'a secouée:

Les pertes et les départs ensemencent les terres nouvelles

Je suis en plein dedans: les pertes, ah oui! les pertes, perte du corps que j'avais plus ou moins "normal"

les départs... les départs des gens que j'aimais et qui par la force des choses, ont pris peu à peu distance avec moi

Mais si j'en crois cette phrase: ce sont ces pertes et départs qui ensemencent les terres nouvelles!

C'est une bonne nouvelle ça! Faut juste que j'y crois

Les terres nouvelles; qu'elles sont-elles  pour moi aujourd'hui?

Faut que j'y réfléchisse, pour qu'elles puissent s'ensemencer


Comme la vie est difficile!  Belle sans doute, mais difficile, un jour j'apprendrai à voler




dimanche 13 septembre 2020

 Demain une fois de plus, je retourne à l’hôpital

Pour appliquer un traitement qui, je l'espère, traitera ma nouvelle pathologie, une fois de plus assez rare!

Sachez que je pars gagnante et persuadée que je m'en sortirai du mieux que je peux

j'ai fait ma valise, je suis calme (j'essaie du moins)


Bonne semaine à vous tous et à bientôt




jeudi 3 septembre 2020

 

Tant de soupes à la langue de bois

Tant de décisions imbéciles 

tant d'articles mensongers 

tant de silences lâches

tant de jours sans soleil

et de nuits sans sommeil

tant de mayonnaise sur les frites
et de soupes à la langue de bois

et ouf...
une étoile !
toute petite toute maigrelette
une qui ne croit pas vraiment
qu'elle est une étoile

C'est toujours comme ça!
il faut tourner sa vie
pour la déchiffrer en hésitant
travail sérieux que l'on peut faire
en souriant

envers, endroit

parfois c'est bien mieux l'envers

lundi 10 août 2020

Un texte n'importe quoi (sauf pour moi!)



Tout a commencé dans le meilleur des mondes.
Là où il y a des lignes droites, celles qui partent vers l'infini. Ou alors qui s'enfoncent vers nulle part. Peu de monde s'y engage, on sait où ça commence, on ne sait pas où ça finit. Et il faut que l'amour triomphe, n'est-ce pas?
Il y a aussi les lignes courbes, qui soudain changent de décision, sans avertir. On ne sait jamais à quoi s'en tenir. On est secoué, on tombe les uns sur les autres. On se relève, on secoue ses vêtements, on balbutie une excuse, pardon pardon je l'ai pas fait exprès. Mais on sait bien qu’on n’en pense pas moins, que personne n’est dupe.
Et puis il y a les lignes folles qui se donnent le droit de se moquer de tout, de partir en se balançant des principes: droite, gauche, devant, derrière, de tout ça, elles s'en foutent, l'essentiel est d'arriver au plus vite dans le pays du non retour, là on peut exister pour soi-même

La petite fille est coincée, ça se voit non? elle ne peut ni avancer ni reculer, ni aller droit, ni aller courbe. Elle tire la gueule. Il y a de quoi !
Elle est en exil, prisonnière du centre d'elle-même. Punie. Elle est la vilaine petite fille que tout le monde a montré du doigt. Elle a subi une violente chirurgie psychique qui lui a raboté son âme. Impossible désormais de dire un mot d'amour...
Elle est arrivée là on ne sait comment; elle va s'enfoncer dans ce carré pour s'en aller errer dans les souterrains à la recherche d'une terre nourricière.
Elle n'a peur ni des loups, ni des araignées (si, un peu quand même) ni des vers de terre. Elle va quitter le béton des villes armées pour aller respirer l'air de l'ailleurs



samedi 4 juillet 2020

Me blottir dans le silence

J'aime le calme.
J'aime plus encore le silence, celui qui ouvre tous les possibles
qui porte mon regard vers le haut, le grand, le sans peur.
Le silence qui me reconnecte à moi-même
cet endroit précis où je me sens en paix d'être simplement moi

Voilà! je vais me blottir dans ce silence reconstituant, j'en ai bien besoin
Le lumbago dont je souffre depuis 15 jours est loin d'être terminé: mon médecin m'a prescrit un comprimé d'hydrocortisone par jour. Je ne voulais pas le prendre à cause du mot "cortisone" : j'en avais eu mon compte durant les jours (semaines, mois) du plus fort de la maladie de Horton.
Je ne voulais pas en prendre, non!
Mais j'ai fini par accepter et la douleur depuis hier me laisse 5 heures de répit

Donc je me mets en pose (ou en pause) estivale (ou définitive) on verra!
Merci à ceux de plus en plus rares qui ont continué à me lire

A plus tard donc ...

mercredi 24 juin 2020

Je danserai pour de vrai...

Silencieuse depuis un moment: je me suis fait un fameux lumbago samedi matin!
Moi qui suis tellement allergique aux médicaments, j'ai résisté aux antidouleurs.
Par contre, je me suis laissé masser par mon mari: 3 fois par jour, il s'attaquait aux "nœuds" de douleur dans mes fesses, je luttais pour ne pas hurler de douleur (il n'y allait pas de main morte...le vilain!)
Mais je sentais que les nœuds lâchaient, et la douleur s'atténuait, je retrouvais petit à petit la stature debout... jusqu'au massage suivant où hélas les choses avaient repris leur douleur si lancinante
Mais petit à petit cela va mieux, pas encore fini mais... c'est plus qu'une question de jours...
Je suis une habituée des lumbago, celui-ci pour douloureux qu'il soit, se terminera plus vite que d'habitude, grâce à ces massages inattendus!

Depuis 10 ans je collectionne les épisodes douloureux dans mon corps: je réalise combien cela m'a  éloignée de lui. (de ce corps)! J'essayais de ne plus y penser, surtout que par moments il y avait des moments "tranquilles" où il me laissait en paix. Puis pour une raison ou une autre, la douleur omniprésente revenait: je n'étais plus bonne à grand chose et j'attendais que "cela" passe, corps et tête bien séparés. Je n'invitais plus mon corps dans mon espace qui pense et/ou qui ressent. Il était mon ennemi, il me fallait faire abstraction de lui
Or dans ma détresse de ces jours-ci j'ai vu une vidéo de danseurs-euses : je les ai regardés, subjuguée et dans ma tête je me suis mise à danser, avec eux, comme eux. Et du coup, je me retrouvais tout entière et non séparée, coupée en deux comme je le fais sciemment d'habitude, pour éviter le plus possible la douleur!

J'ai à récupérer l'entièreté de mon corps pour retrouver une joie qui libère et je sais que cela me fera plus de bien, même dans les moments douloureux que tous les antalgiques du monde

La semaine prochaine je danserai pour du vrai, quelques pas de liberté...

lundi 15 juin 2020

Assise sur son lit, elle rêve...





J’aime Hopper et son génie de l’étrangeté de la banalité.
« Hotel Room » me le démontre et me pose la question :
Que fait-elle donc, si peu vêtue, assise l’air si peu intéressé par son livre ?
J’entrevois plusieurs cas.
Et vous ? (nous demande monsieur le Gout pour le 43ème devoir qu'il nous propose)

Assise sur son lit, elle rêve... Elle ne parvient pas à se décider, elle est sans force, sans énergie.
Ses bagages sont prêts depuis ce matin déjà, son vêtement est sur le bras du fauteuil, il attend là qu'elle se décide à l'enfiler.
Mais elle rêve...
Elle sait qu'elle doit partir, elle le sait depuis une semaine déjà: tout est prêt elle ne sera pas prise au dépourvu!
Mais elle rêve, ne parvient ni à se décider, ni à bouger...

Il est temps pourtant, on vient la chercher dans peu de temps maintenant et elle doit encore passer sa robe, fraîchement repassée, son manteau chaud et son chapeau: ne pas oublier son chapeau, sans lui elle passerait pour une débraillée.
Elle rêve, abrutie par la décision de devoir partir, quitter son petit univers familier et rassurant
Pourtant c'est vrai, cela n'allait pas fort ces derniers temps, elle devenait de plus en plus faible, restait amortie sur ou dans son lit, sans plus rien faire de valable.
Ca m'a tout l'air d'être une dépression, avait déclaré le médecin de famille, faites quand même un effort, sinon...
Sinon elle devrait partir en clinique pour se faire soigner, lui avait-il dit de manière péremptoire!

Voilà! c'est pour ça qu'elle rêve sans être capable de bouger. Elle ne veut pas partir en clinique, elle sait déjà que cela ne se passera pas bien, qu'elle descendra encore plus dans le trou noir qui l'attire, sans personne pour l'aider.
Elle a voulu se plonger dans la Bible, relire des passages qui autrefois l'ont bien aidée. Mais elle abandonne vite sa lecture: c'est tellement fatigant de lire

On est venu la chercher, on l'a emmenée en clinique, pas de discussion, elle devait se soigner et tout irait bien.
Le lendemain, on l'a cherchée, dans sa chambre, dans le couloir, dans tous les coins de la clinique où elle aurait pu se cacher, mais on ne l'a pas trouvée, elle s'était littéralement volatilisée.



samedi 13 juin 2020

déboulonner l'Histoire

Elle s'accroche au pouvoir
du petit coquelicot, son gardien de la grande paix

Alors elle peut lentement traverser les remous de ce monde si blessé
gris, humide, pluvieux, sordide, cruel, infidèle

où les hommes obéissent à leurs impulsions primitives
cognent, hurlent, matraquent, tuent

Croient-ils qu'en déboulonnant l'histoire
ils vont pouvoir recommencer à zéro?


lundi 8 juin 2020

Tu penses trop

"Tu penses trop" disait la mère quand la fillette courait vers elle, après avoir vu un insecte mort et qu'elle lui demandait: "c'est quoi mourir maman... dis-moi je voudrais savoir est ce qu'on vit encore quand on est mort... et il est où l'oncle Maurice... ça doit faire beaucoup de morts dans le paradis depuis le temps qu'il y a des morts... et est-ce qu'on s'ennuie pas enfermés comme ça dans une boite... et tu me mettras ma robe rouge dis maman celle que j'aime tant... ma robe coquelicots maman, mamaaaan ... tu m'entends? réponds moi... "

"Tu penses trop" disait le père quand elle pontait du doigt des titres sur la journal qui toujours se dressait en obstacle entre ce père lecteur de journaux largement déployés et elle qui tentait de squatter son attention... "tu sauras plus tard laisse-moi, tu me déranges, va jouer"
Elle devait toujours aller jouer quand ses paroles dérangeaient les adultes.

Alors elle s'inventa une autre histoire, toute en boucles et en volutes, en corps à corps avec l'ivresse, ou avec le vertige.
Quitte ou double. Tombera, tombera pas... sur le fil qui frissonnait à cause des interdits qu'elle redoutait.
Des jours, des mois, des années de silence. La parole s'est calfeutrée sous des habits de parade bourgeoise.

Trop de questions. Mieux valait se taire.

 de Nicole Versailles: L'enfant à l endroit, l'enfant à l'envers, 2008 


vendredi 29 mai 2020

Le grand marché

Mon amie Floraise a écrit ce texte qu'elle m'a transmis 
Je l'ai apprécié, il interroge chacun.e de nous

Le grand marché
Il attire il attire, c’est fou le monde qu’il attire... le grand marché des
certitudes:
"C’est certain il y aura un rebond. Après le covid 19 le monde aura changé
vous verrez!  Moi je suis sûr tout redeviendra comme avant. Nous serons
tous marqués psychologiquement! Une crise comme celle-ci va changer
notre mode de vie. Et les entreprises? 50% vont disparaître! Les voyages
en avion? Tu oublies! De toute façon on va droit dans le mur! Des crises, il
y en aura encore je n’ai aucun doute là-dessus...etc..."

- Et vous , madame, vous en pensez quoi?
- Moi, je n’ai aucune certitude. Enfin ...si...une.
- C’est pas beaucoup ça ...
- Les certitudes, c’est très lourd à porter
- ?
- Toutes ces assertions... Chercher à maîtriser...contrôler...Pour le plaisir
d’avoir raison. Résultat : orgueil...arrogance...ou au contraire dépit...
désillusion... Marcher sa vie avec de telles pierres dans son sac à dos!
Je suis plutôt du genre à laisser les portes ouvertes à tous les possibles.
- Vous en avez pourtant...une?
- Une seule. Celle de mourir. C’est un fardeau léger.
- ?!!! Pas trop vite quand même...
- Pas nécessairement...
- ?
- Le “comment” m’importe davantage.
Le soir tombe.
Je repars d’un pas lent avec mon unique certitude.
Et la prière du poète :
«Seigneur,  donne à chacun sa propre mort… » R. M. Rilke


 Voici le poème en entier de Rilke:

O mon Dieu, donne à chacun sa propre mort,
donne à chacun la mort née de sa propre vie
où il connut l'amour et la misère.

Car nous ne sommes que l'écorce, que la feuille,
mais le fruit qui est au centre de tout
c'est la grande mort que chacun porte en soi.

C'est pour elle que les jeunes filles s'épanouissent,
et que les enfants rêvent d'être des hommes
et que les adolescents font des femmes leurs confidentes
d'une angoisse que personne d'autres n'accueille.
C'est pour elle que toutes les choses subsistent éternellement
même si le temps a effacé le souvenir,
et quiconque dans sa vie s'efforce de créer,
enclôt ce fruit d'un univers qui tour à tour le gèle et le réchauffe.

Dans ce fruit peut entrer toute la chaleur
des coeurs et l'éclat blanc des pensées ;
mais des anges sont venus comme une nuée d'oiseaux
et tous les fruits étaient encore verts.

Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes
qui, même aveugles, achèvent leur propre mort.

Oh, donne nous la force et la science
de lier notre vie en espalier
et le printemps autour d'elle commencera de bonne heure.

lundi 25 mai 2020

Sur la consigne proposée par Le Goût



Mais que diable peut-il bien lui raconter ?
Où veut-il en venir.
Qu’attend-elle ?
Que pense-t-elle de sa ballade ?
À l’instant je n’en sais rien.
Grâce à vous j’espère en savoir plus lundi sur ce que vous inspire cette toile d'Aldo Balding.
"Il pourra me dire tout ce qu'il veut, je ne le crois pas: je ne peux m'empêcher de me méfier de lui. Oh! évidemment, il est bien de sa personne, n'importe quelle femme plongerait dans ses yeux et ses belles paroles...elles sont si jolies, si engageantes, si prometteuses... mais pas moi! Non! pas moi! N'insiste pas! Change de baratin, va en séduire une autre! Comme tu vois il n'en manque pas de ces mijaurées qui cherchent un mari, un compagnon. D'ailleurs ce genre de soirée qui réunit des gens triés sur le volet est fait pour ça: autour d'un verre, que dis-je, deux ou trois, on perd un peu de son sens critique, on plonge dans une douce euphorie et on est prêt à croire n'importe qui et n'importe quoi!"

La jeune femme se tient légèrement en retrait du beau jeune homme qui la baratine, elle attend de voir, elle attend qu'un autre s'adresse à elle. Ou alors elle se dit que dans peu de temps, elle se lèvera et plantera là son vis à vis pour aller vers ailleurs, dans un autre coin du salon pour découvrir un autre homme qui lui conviendra mieux, quelqu'un qui provoquera en elle autre chose qu'une méfiance incoercible. Elle se force à ne boire qu'un seul verre pour ne pas perdre le contrôle des événements.
Mais soudain son attention est attirée par un mot qu'il vient de prononcer et qu'il répète encore pour être sûr qu'elle a bien entendu: elle est submergée par une colère froide, immense, dévastatrice: il a dit...

"COUPEZ, hurla le metteur en scène, coupez, ça ne va pas, ça ne va pas du tout! C'est mou! Pas convaincant du tout! Allez! on recommence! Mais oui, Graziella, ne fais pas cette mine là, on RECOMMENCE! mets-y un peu plus de conviction : tu sais bien que c'est le moment central du film... Il faut qu'on sente que tu hésites: aimeras, aimerais pas? Ton regard, ton attitude.... tout quoi, tout doit parler de cette hésitation...

MOTEUR...(et que ça saute, j'en ai marre moi...)


samedi 23 mai 2020

Lambeaux

Hier, je vous ai parlé de Charles Juliet, un écrivain que j'ai découvert depuis quelques années déjà et que j'aime beaucoup
Plus exactement j'aime énormément un petit livre profondément sensible où l'écrivain parle de sa mère biologique, qui à sa naissance à sombré dans une grave dépression
Internée elle vivra comme dans une prison, sans personne autour d'elle qui a pu la comprendre.

Puis lors de la guerre 40, elle sera victime de "l'extermination douce", pratiquée par les Allemands pour se débarrasser de ces bouches inutiles

Ne plus donner à manger, les laisser mourir de faim... quarante mille personnes sont mortes ainsi!
Incroyable la folie meurtrière des hommes...
 Ce court texte m'a en son temps terriblement touchée... J'ai reconnu en moi cette détresse de ressentir tant de choses sans pouvoir les exprimer, faute d'écoute véritable.

Ce texte s'appelle Lambeaux
J'ai eu le bonheur de le voir interprété par une actrice fabuleuse à Lyon, ville natale de Charles Juliet, en présence de l'auteur: ce fut magnifique et très émouvant

(demain je vous parlerai de Bram Van Velde, devenu ami avec Juliet: que se passe-t-il quand deux personnes certes douées mais très réservées l'une et l'autre, se rencontrent?

vendredi 22 mai 2020

Page blanche

c'est curieux
très curieux

quand j'écrivais chaque jour un court billet pour "célébrer" (ouais bon!) le confinement, je n'avais aucun problème pour alimenter mon blog, les articles me venaient sans trop réfléchir

j'ai ainsi écrit d'affilée 44 billets jour après jour et je me souviens que j'attendais avec une certaine impatience de pouvoir écrire le suivant.

Puis j'ai arrêté, j'ai fait une petite pause, me promettant de revenir très rapidement.
Silence radio depuis 8 jours!
Et... rien qui me vient!

Moins j'écris, plus mes idées se terrent...
Pour en sortir je sais qu'il me faut écrire à nouveau
C'est simple, si je veux alimenter mon blog, il faut que je... l'alimente... même sans savoir vraiment ce que je pourrais dire... c'est comme ça! il faut enclencher la machine
Le nombre de fois que je l'ai répété aux participants de mes ateliers d'écriture, qui peinaient sur le blocage de la page blanche.

Donc je sais très bien ce que je dois faire: ouvrir une page et taper sur les lettres du clavier, même sans rien dire de transcendant, par après on peut effacer et continuer sur sa lancée
Donc COMMENCER!

 Bon c'est ce que je fais et tant pis pour ce billet un peu quelconque, sans poésie, sans effet de style
Il n'est pas inutile pour moi, j'espère avoir ainsi renoué avec l'écriture courte, comme j'aime...

Bonne soirée à vous

peinture de Bram Van Velde, ami de Charles Juliet

https://www.youtube.com/watch?v=P6EBjT-wGSo

vendredi 15 mai 2020

le coeur élargi

Elle a pris, croyait-elle, le chemin le plus court
le droit chemin, long, imperturbable, monotone
mais un jour, elle a perdu le fil,
s'est retrouvé sur un chemin buissonnier
là où mille et une fleurs des champs
souriaient de bon coeur au ciel bleu
accompagnant le chant des oiseaux

évidemment elle est arrivée très en retard
mais le coeur élargi par tant de beauté


photo coum 

Dans un fouillis pas possible de mauvaises herbes, soudain la merveille: trois coquelicots dont le premier qui n'arrêtait pas de me sourire

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