samedi 4 juillet 2020

Me blottir dans le silence

J'aime le calme.
J'aime plus encore le silence, celui qui ouvre tous les possibles
qui porte mon regard vers le haut, le grand, le sans peur.
Le silence qui me reconnecte à moi-même
cet endroit précis où je me sens en paix d'être simplement moi

Voilà! je vais me blottir dans ce silence reconstituant, j'en ai bien besoin
Le lumbago dont je souffre depuis 15 jours est loin d'être terminé: mon médecin m'a prescrit un comprimé d'hydrocortisone par jour. Je ne voulais pas le prendre à cause du mot "cortisone" : j'en avais eu mon compte durant les jours (semaines, mois) du plus fort de la maladie de Horton.
Je ne voulais pas en prendre, non!
Mais j'ai fini par accepter et la douleur depuis hier me laisse 5 heures de répit

Donc je me mets en pose (ou en pause) estivale (ou définitive) on verra!
Merci à ceux de plus en plus rares qui ont continué à me lire

A plus tard donc ...

mercredi 24 juin 2020

Je danserai pour de vrai...

Silencieuse depuis un moment: je me suis fait un fameux lumbago samedi matin!
Moi qui suis tellement allergique aux médicaments, j'ai résisté aux antidouleurs.
Par contre, je me suis laissé masser par mon mari: 3 fois par jour, il s'attaquait aux "nœuds" de douleur dans mes fesses, je luttais pour ne pas hurler de douleur (il n'y allait pas de main morte...le vilain!)
Mais je sentais que les nœuds lâchaient, et la douleur s'atténuait, je retrouvais petit à petit la stature debout... jusqu'au massage suivant où hélas les choses avaient repris leur douleur si lancinante
Mais petit à petit cela va mieux, pas encore fini mais... c'est plus qu'une question de jours...
Je suis une habituée des lumbago, celui-ci pour douloureux qu'il soit, se terminera plus vite que d'habitude, grâce à ces massages inattendus!

Depuis 10 ans je collectionne les épisodes douloureux dans mon corps: je réalise combien cela m'a  éloignée de lui. (de ce corps)! J'essayais de ne plus y penser, surtout que par moments il y avait des moments "tranquilles" où il me laissait en paix. Puis pour une raison ou une autre, la douleur omniprésente revenait: je n'étais plus bonne à grand chose et j'attendais que "cela" passe, corps et tête bien séparés. Je n'invitais plus mon corps dans mon espace qui pense et/ou qui ressent. Il était mon ennemi, il me fallait faire abstraction de lui
Or dans ma détresse de ces jours-ci j'ai vu une vidéo de danseurs-euses : je les ai regardés, subjuguée et dans ma tête je me suis mise à danser, avec eux, comme eux. Et du coup, je me retrouvais tout entière et non séparée, coupée en deux comme je le fais sciemment d'habitude, pour éviter le plus possible la douleur!

J'ai à récupérer l'entièreté de mon corps pour retrouver une joie qui libère et je sais que cela me fera plus de bien, même dans les moments douloureux que tous les antalgiques du monde

La semaine prochaine je danserai pour du vrai, quelques pas de liberté...

lundi 15 juin 2020

Assise sur son lit, elle rêve...





J’aime Hopper et son génie de l’étrangeté de la banalité.
« Hotel Room » me le démontre et me pose la question :
Que fait-elle donc, si peu vêtue, assise l’air si peu intéressé par son livre ?
J’entrevois plusieurs cas.
Et vous ? (nous demande monsieur le Gout pour le 43ème devoir qu'il nous propose)

Assise sur son lit, elle rêve... Elle ne parvient pas à se décider, elle est sans force, sans énergie.
Ses bagages sont prêts depuis ce matin déjà, son vêtement est sur le bras du fauteuil, il attend là qu'elle se décide à l'enfiler.
Mais elle rêve...
Elle sait qu'elle doit partir, elle le sait depuis une semaine déjà: tout est prêt elle ne sera pas prise au dépourvu!
Mais elle rêve, ne parvient ni à se décider, ni à bouger...

Il est temps pourtant, on vient la chercher dans peu de temps maintenant et elle doit encore passer sa robe, fraîchement repassée, son manteau chaud et son chapeau: ne pas oublier son chapeau, sans lui elle passerait pour une débraillée.
Elle rêve, abrutie par la décision de devoir partir, quitter son petit univers familier et rassurant
Pourtant c'est vrai, cela n'allait pas fort ces derniers temps, elle devenait de plus en plus faible, restait amortie sur ou dans son lit, sans plus rien faire de valable.
Ca m'a tout l'air d'être une dépression, avait déclaré le médecin de famille, faites quand même un effort, sinon...
Sinon elle devrait partir en clinique pour se faire soigner, lui avait-il dit de manière péremptoire!

Voilà! c'est pour ça qu'elle rêve sans être capable de bouger. Elle ne veut pas partir en clinique, elle sait déjà que cela ne se passera pas bien, qu'elle descendra encore plus dans le trou noir qui l'attire, sans personne pour l'aider.
Elle a voulu se plonger dans la Bible, relire des passages qui autrefois l'ont bien aidée. Mais elle abandonne vite sa lecture: c'est tellement fatigant de lire

On est venu la chercher, on l'a emmenée en clinique, pas de discussion, elle devait se soigner et tout irait bien.
Le lendemain, on l'a cherchée, dans sa chambre, dans le couloir, dans tous les coins de la clinique où elle aurait pu se cacher, mais on ne l'a pas trouvée, elle s'était littéralement volatilisée.



samedi 13 juin 2020

déboulonner l'Histoire

Elle s'accroche au pouvoir
du petit coquelicot, son gardien de la grande paix

Alors elle peut lentement traverser les remous de ce monde si blessé
gris, humide, pluvieux, sordide, cruel, infidèle

où les hommes obéissent à leurs impulsions primitives
cognent, hurlent, matraquent, tuent

Croient-ils qu'en déboulonnant l'histoire
ils vont pouvoir recommencer à zéro?


lundi 8 juin 2020

Tu penses trop

"Tu penses trop" disait la mère quand la fillette courait vers elle, après avoir vu un insecte mort et qu'elle lui demandait: "c'est quoi mourir maman... dis-moi je voudrais savoir est ce qu'on vit encore quand on est mort... et il est où l'oncle Maurice... ça doit faire beaucoup de morts dans le paradis depuis le temps qu'il y a des morts... et est-ce qu'on s'ennuie pas enfermés comme ça dans une boite... et tu me mettras ma robe rouge dis maman celle que j'aime tant... ma robe coquelicots maman, mamaaaan ... tu m'entends? réponds moi... "

"Tu penses trop" disait le père quand elle pontait du doigt des titres sur la journal qui toujours se dressait en obstacle entre ce père lecteur de journaux largement déployés et elle qui tentait de squatter son attention... "tu sauras plus tard laisse-moi, tu me déranges, va jouer"
Elle devait toujours aller jouer quand ses paroles dérangeaient les adultes.

Alors elle s'inventa une autre histoire, toute en boucles et en volutes, en corps à corps avec l'ivresse, ou avec le vertige.
Quitte ou double. Tombera, tombera pas... sur le fil qui frissonnait à cause des interdits qu'elle redoutait.
Des jours, des mois, des années de silence. La parole s'est calfeutrée sous des habits de parade bourgeoise.

Trop de questions. Mieux valait se taire.

 de Nicole Versailles: L'enfant à l endroit, l'enfant à l'envers, 2008 


vendredi 29 mai 2020

Le grand marché

Mon amie Floraise a écrit ce texte qu'elle m'a transmis 
Je l'ai apprécié, il interroge chacun.e de nous

Le grand marché
Il attire il attire, c’est fou le monde qu’il attire... le grand marché des
certitudes:
"C’est certain il y aura un rebond. Après le covid 19 le monde aura changé
vous verrez!  Moi je suis sûr tout redeviendra comme avant. Nous serons
tous marqués psychologiquement! Une crise comme celle-ci va changer
notre mode de vie. Et les entreprises? 50% vont disparaître! Les voyages
en avion? Tu oublies! De toute façon on va droit dans le mur! Des crises, il
y en aura encore je n’ai aucun doute là-dessus...etc..."

- Et vous , madame, vous en pensez quoi?
- Moi, je n’ai aucune certitude. Enfin ...si...une.
- C’est pas beaucoup ça ...
- Les certitudes, c’est très lourd à porter
- ?
- Toutes ces assertions... Chercher à maîtriser...contrôler...Pour le plaisir
d’avoir raison. Résultat : orgueil...arrogance...ou au contraire dépit...
désillusion... Marcher sa vie avec de telles pierres dans son sac à dos!
Je suis plutôt du genre à laisser les portes ouvertes à tous les possibles.
- Vous en avez pourtant...une?
- Une seule. Celle de mourir. C’est un fardeau léger.
- ?!!! Pas trop vite quand même...
- Pas nécessairement...
- ?
- Le “comment” m’importe davantage.
Le soir tombe.
Je repars d’un pas lent avec mon unique certitude.
Et la prière du poète :
«Seigneur,  donne à chacun sa propre mort… » R. M. Rilke


 Voici le poème en entier de Rilke:

O mon Dieu, donne à chacun sa propre mort,
donne à chacun la mort née de sa propre vie
où il connut l'amour et la misère.

Car nous ne sommes que l'écorce, que la feuille,
mais le fruit qui est au centre de tout
c'est la grande mort que chacun porte en soi.

C'est pour elle que les jeunes filles s'épanouissent,
et que les enfants rêvent d'être des hommes
et que les adolescents font des femmes leurs confidentes
d'une angoisse que personne d'autres n'accueille.
C'est pour elle que toutes les choses subsistent éternellement
même si le temps a effacé le souvenir,
et quiconque dans sa vie s'efforce de créer,
enclôt ce fruit d'un univers qui tour à tour le gèle et le réchauffe.

Dans ce fruit peut entrer toute la chaleur
des coeurs et l'éclat blanc des pensées ;
mais des anges sont venus comme une nuée d'oiseaux
et tous les fruits étaient encore verts.

Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes
qui, même aveugles, achèvent leur propre mort.

Oh, donne nous la force et la science
de lier notre vie en espalier
et le printemps autour d'elle commencera de bonne heure.

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