lundi 27 janvier 2020

la consigne n°24 de Monsieur le Gout!

Mais que regarde, qu’attend –ou non- cet homme à la fenêtre.
Je sais qu’il regarde par la fenêtre d’un appartement que je reconnais près de la gare Saint Lazare.
Attend-il ou regarde-t-il simplement cette femme qui s’éloigne du côté à l’ombre de cette rue ensoleillée ?
Si vous avez une idée de ce qui occupe ses pensées, dites le lundi.

Et voilà je m'y attendais! Il est là, à la fenêtre, en train de regarder dans la rue, là en bas, à la recherche de celle qui tôt ou tard va me remplacer. Car je sais qu'il l'aime, comme je sais qu'il ne m'aime plus et cherche une bonne raison ou occasion de me quitter, chaque jour je le sens s'éloigner davantage
Et moi, je suis là, comme une idiote, à me demander si je vais ou non l'interpeller, lui demander des comptes, pleurer, le supplier...

Il ne m'a pas vue entrer, plongé qu'il est dans ses pensées, il ne connait pas les idées de vengeance qui m'animent...
Je m'approche doucement, et le bouscule violemment. Il perd l'équilibre, bascule tête la première et tombe dans la rue au pied de notre immeuble: cette chute ne pardonnera pas!

Un rapide coup d'oeil me rassure, il est là, les bras en croix!
Alors je rentre précipitamment dans l'appartement et téléphone aux pompiers, en pleurant à chaudes larmes: venez vite, mon mari s'est suicidé!


jeudi 23 janvier 2020

une chanson si étrange

Alors elle a commencé à fredonner cette chanson inconnue qui hantait ses oreilles depuis si longtemps.
Inconnue dans sa mémoire immédiate, pas possible de lui donner un nom, de la situer dans le temps, de se souvenir du moment où elle l'avait entendue pour la première fois.
Pas possible, non et ça l'énervait: elle avait beau se gratter la mémoire, il n'y avait que les toutes premières notes qui d'emblée lui remontaient du cœur aux lèvres.
Puis, plus rien.
Le couac, le trac.
Alors elle s'acharnait, fredonnait encore et encore les deux ou trois premières notes, elle avait le reste sur le bout de la langue, puis plus rien, la langue fourchait, se dérobait...
La chanson avortait, une fois encore.
Sans cette chanson se disait-elle avec un petit sourire triste, je perds toute mon enfance, vous savez l'enfance des bonheurs tendres. Sans cette chanson, ma vie est tronquée de quelques-unes de ses notes ensoleillées.
Deux ou trois notes de musique tellement évidentes qu'elle n'a pas pris le soin de les noter quelque part, même pas dans le grand cahier de sa mémoire...

lundi 13 janvier 2020

conte pour rien


Il allait comme cela, de ville en ville, depuis bientôt cent ans. Condamné à errer, condamné à chercher.
A peine arrivé dans un coin fréquenté d’une grande ville, en quête d’un peu de chaleur, d’un sourire, ou simplement d’un morceau de pain, quelque chose le poussait à repartir sur les routes, persuadé qu’il trouverait ce qu’il cherchait, ailleurs, autre part, plus loin, sans doute beaucoup plus loin. Là où il se trouvait, ce n’était jamais le bon endroit.
Il était maigre et décharné, hirsute et sale, il faisait peur aux enfants,  et les mamans avaient toujours l’air d’être pressées de partir, quand il s’approchait d’elles et de leurs petits qui jouaient.
Condamné à errer depuis cent ans déjà, le vagabond était aussi condamné à vivre. Bien des fois, il aurait voulu s’endormir pour toujours sur le banc d’un jardin public, à la faveur d’une nuit de gel. Il avait essayé plus d’une fois. Hélas le lendemain matin, il se réveillait, fatigué peut-être, transi de froid c’est évident, mais vivant, bien vivant.
Cela va sans dire que son errance, il l’avait méritée. Autrefois Prince fier et séduisant, il avait dédaigné l’amour d’une jeune fille belle comme un jour d’été, pour la simple raison qu’elle était née dans la rue, de parents pauvres qui l’avaient abandonnée. Elle avait grandi comme une fleur qui pousse entre deux pavés et ni le gris de la ville, ni les lumières artificielles n’avaient terni sa beauté et sa bonté. Éperdue de douleur d’avoir été ainsi rejetée par le Prince, la jeune fille s’était un jour enfuie très loin, dans la nuit des temps, au bout du bout de l’univers des hommes.



c'est loin le bout du bout de l'univers des hommes... mais peut-être que  le bout du bout de l'univers des femmes.... de celle qu'il aimait... Qui sait?

jeudi 9 janvier 2020

aller vers le bonheur

Il est plus facile de nourrir le malheur que d'aller résolument vers le bonheur
Dans le malheur, finalement on fait toujours les mêmes pas, on est habitués: on sait où, quand, comment faire ces pas
et on les fait parfois sans même y penser, le matin tôt, le soir tard
et on tourne en rond, dans cet univers sans amplitude

Ce qui est difficile, c'est d'aller vers le bonheur, car alors on fait des pas nouveaux, dans un terrain nouveau et c'est difficile, il faut briser le cercle des habitudes, partir vers l'espoir, avec détermination avec courage... et même de la tendresse pour le monde tel qu'il est, les autres tels qu'ils sont!

Je continuerai à croire que les coquelicots finiront par refleurir


mercredi 1 janvier 2020

Mais non, c'est rien!

Depuis une semaine, juste après Noël je suis malade!
Et même, pas bien du tout...
Fièvre, maux de tête, nez qui coule en abondance, et surtout toux
Une toux à réveiller un mort, une toux fatigante, fatigante, fatigaaante!

Pourquoi je viens écrire ça ici?
 pas vraiment pour recevoir des gentils commentaires d'encouragement... (quoique...;-)
Non! Pour m'obliger à écrire... tout simplement, pour faire quelque chose de valable,  enfin je crois!
Un tout petit pas vers l'avant...
Jusque demain ou après, quand je serai guérie

jeudi 26 décembre 2019

Parler depuis le silence

Tout autour un flux de paroles qui vous épuisent parce qu'elles n'expriment rien. Il faut être toujours plus économe de paroles insignifiantes (...). Le silence doit nourrir de nouvelles possibilités d'expression.

Etty Hillesum

Particulièrement en ce temps de fêtes: être économe de paroles insignifiantes, pour dire une parole, peut-être l'unique parole vraie, celle qui touchera le coeur, le sien et celui de l'autre!


dimanche 22 décembre 2019

Les Noëls se sont suivis, sans se ressembler

Je redoute Noël, la fête et tout ça!
A Noël la dépression de ma mère augmentait au maximum, elle se manifestait en mauvaise humeur mutique, ou alors reproches et tout ça! Je la surveillais du coin de l'oeil pour voir si elle se contiendrait, avant que ce ne soit trop tard.
A Noël nous nous tenions tous cois, n'osant bouger (même le père!) pour qu'elle se contente de rester de mauvaise humeur, rien de plus grave.
Mais à Noël parfois cela craquait et pour un p... de travers, elle entrait en rage et soudain empoignait le plat qu'elle venait de déposer sur la table, et le jetait sur le sol...
Cela faisait du bruit, ça oui!

Ce bruit de la vaisselle qui s'écrase par terre, avec son contenu qu'elle avait pourtant mis du temps à préparer m'est resté dans l'oreille encore longtemps

Il m'a fallu lutter pour briser le cercle vicieux de la dépression, à recommencer chaque jour d'ailleurs!

Dans deux jours c'est Noël et je souffre d'une sciatique féroce
On se demande bien pourquoi...

N’empêche, pas facile de préparer la fête dans cet état: nous serons 19!
Heureusement j'ai des enfants formidables et aimants, qui m'aideront à recevoir tout ce petit monde que je me réjouis de revoir tout ensemble

Bon Noël à vous tous! Et c'est dit sincèrement

lundi 16 décembre 2019

Dans le creux de l’oreille


Vendredi soir, lors d'un dîner amical, j'ai parlé à mon amie Floraise de cette consigne du Goût.
Elle a relevé le défi d'écrire un texte sur ce tableau
Comme elle n'a pas de blog, elle me l'a confié pour le publier ici
Je le fais d'autant plus volontiers que son "devoir" est magnifique et que moi je n'ai rien écrit
Vous allez j'en suis sûre lui réserver un bon accueil


Dans le creux de l’oreille

Ils s’étaient écroulés fourbus  dans ce minable abri de fortune. Chacun dans son coin. Plongés dans  le silence assourdissant de leur querelle.


La route leur avait paru sans fin.  Une impression corsée par des échanges  vifs, tendus, âcres.
Chacun s’enfonçait dans ses fanfaronnades et ses plaintes comme le font des pattes dans la boue.
- Tu ne sais pas ce que c’est que de tirer une vie  monotone, répétitive, bêtement usante.
- Plains-toi !  Toi tu as les épaules larges et rien sur le dos !
- Si, un joug et quand on est deux il faut tirer à hue et à dia pendant des heures interminables, soleil ou pas.
- Tu ne portes rien.
- Je supporte ! Pendant que toi tu te promènes.
- Mes « promenades » comme tu dis sont souvent un véritable calvaire. De l’esclavage !
Des kilos sur l’échine, un itinéraire imposé, des obstacles dangereux et si je cale, une salve d’injures,  rarement des encouragements.
- Arrête, rodomont !
- Tu m’assommes, bête de somme !

Epuisés, à court d’invectives faute de vocabulaire,  ils s’étaient endormis dans cette vieille cabane branlante, sans un regard vers le ciel saupoudré d’étoiles.

Le lendemain matin, l’âne ouvrit prudemment  une paupière pour voir si le bœuf avait ouvert les siennes. C’était le cas.  Timidement il osa, le regard perdu au loin, avec dans sa voix la douceur des matins du monde :
- Tu vois ce que je vois ?
- C’est ce que j’allais te demander…
- L’étoile du berger …là… droit devant …
- Quelle est belle !
- La plus brillante de toutes !
- Quel lumière éclatante ! Quelle Venus !
- La première à s’allumer, la dernière à s’éteindre…
- Donc hier soir elle…

Sans s’en rendre compte, dans cette  commune contemplation, leurs lourdes carcasses s’étaient rapprochées.

Alors, après un court instant d’hésitation,  l’âne souffla doucement dans l’oreille du bœuf :
- Dis, je crois qu’on a bien fait de crécher ensemble.


Floraise

lundi 9 décembre 2019

L'outrenoir...

Ceci n'est pas une pipe,  euh... une oeuvre de l'ami Pierre, mais il aurait pu la peindre, avec ce noir partout,  sauf qu'il y a peut-être trop de mouvement, trop de vie finalement! Il aimait le statique pur


Mais qu'on regarde en l'air, qu'on regarde en bas, c'était la même chose: du noir, du noir, encore du noir. Du noir calme ou torturé, il y en avait pour tous les goûts! Il y avait peut-être juste au fond, loin là-bas sur l'horizon une timide languette de lumière. Pierre S. n'en démordait pas, il voulait approfondir toutes les nuances du noir, ce qu'il appelait "l'outrenoir"
Mais ce qui était assez incroyable, c'est que cela plaisait! Oui! cela plaisait! Un musée inauguré en 2014 s'est ouvert à Rodez qui met en valeur la plupart de ses oeuvres. Une foule dense était venue à l'inauguration

Christian Bobin n'est pas le dernier à aimer ce peintre : il lui a consacré un de ses derniers livres, sobrement appelé Pierre, (avec une virgule derrière le prénom, pour inviter sans doute à une rêverie poétique sans fin!) Sacré Bobin que j'aime énormément: avez-vu regardé la "Grande Libraire" de la semaine dernière, où on l'interrogeait sur des livres qu'il aime et sur l'écriture qui le fait vivre?

J'essaie de comprendre cet engouement pour ce vieux peintre (il approche des cent ans) et son oeuvre obstinément noire. Je n'y arrive pas: trop sombre, peur de plonger dans un univers noir dépressif... tellement qu'un canard s'est pendu (non ça c'est Brel qui chantait ça....


lundi 2 décembre 2019

Une grossesse tumultueuse

Cette semaine j'ai "disparu" du Net
En fait j'ai été bouleversée par une conversation avec une de mes filles conversation qui m'a complètement mise à l'envers ...
"ça" a mijoté pendant des jours et des jours. Puis on en a reparlé essayant d'approfondir cette conversation

Elle m'a demandé si je me souvenais de mes ressentis quand je l'attendais: vous vous rendez compte? Rien que ça...
Elle cherche qui elle est, comment et pourquoi, et a entamé une thérapie par hypnose

Et ce qu'elle m'a dit (je ne vais pas entrer dans les détails) correspond à mon ressenti de cette époque dont je me souviens très bien car on  m'annonçait des choses graves
Elle m'a dit que lors de cette grossesse elle a vécu un véritable tsunami! Pareil à celui que j'ai vécu de mon côté et que nous avons vécu dans notre couple

Incroyable: elle SAIT ce que j'ai vécu parce que ce fut une réplique copie conforme de son ressenti à elle alors qu'elle n'était qu'un tout petit être en construction

J'ai une excellente relation avec mes filles, et on a pu approfondir tout ça, en reparler sereinement, avec parfois quelques larmes
Mais nous avons gagné en proximité. Énormément!
Et ça, ça fait un bien chaudoudou




mercredi 27 novembre 2019

Dans le journal "En Marche"

Un petit article sympa dans le journal belge "En Marche" de la Mutualité Chrétienne. Article qui m'a fait grand plaisir:


mercredi 20 novembre 2019

Une histoire de pommes


Il y a des paquets de pommes sur la table. Il y a aussi des paquets d’épluchures, entassées par petits tas sur des journaux éparpillés.
Le ballet des couteaux bat son plein.
Et hop, la casserole thésaurise un à un les quartiers dénudés des pommes qui ne sont plus des pommes.
La casserole est grande et à bords hauts pour qu’aucun quartier ne s’avise de fuguer.
Condamnés tous à la compote, c’est leur destin obligatoire…

Autour de la table, toutes les femmes de la famille, championnes des gestes ordinaires.
Leurs mains dansent et virevoltent le fastidieux ballet des pommes

Il y a une femme très très âgée. Elle est assise et regarde, ses mains rêvent, son regard plane…il est ailleurs, peut-être déjà de l’autre côté du temps…

Il y a une femme qui a des envies de couteau : elle tranche dans le vif de la chair de la pomme vulnérable. Cette femme déteste la pomme. Elle la condamne sans pitié à une fin minable, une fin de désintégration dans le fond d’une casserole. Cette femme a des besoins de colère. Et la pomme le sait qui se cabre et s’écrase à terre…

Une autre femme prend une belle pomme rouge dans le berceau de ses deux mains. Elle est amoureuse de la pomme. Elle la porte à la bouche, elle la respire, les yeux fermés. Cette femme a faim et pas seulement de la pomme…

L’enfant qui dessine, le petit Simon se lève brusquement et empoigne dans un éclat de rire, trois ou quatre quartiers qui attendent résignés leur fin programmée. Il est drôle : ses joues sont gonflées par les morceaux trop grands. Les femmes s’attendrissent. La mère est fière de son petit bout d’homme…
Et elle caresse rêveusement son ventre qui semble abriter une promesse vivante…

L’homme-fils-adoré entre dans la pièce. Les têtes se lèvent un bref moment avant de replonger dans le travail rythmé par les bavardages. Il va vers la dame très âgée. Il l’embrasse doucement sur le front. Et sa main s’attarde en caresse légère. Le châle crocheté blanc glisse… L’homme se penche, le ramasse et le replace sur les épaules fatiguées.
Un instant d’hésitation : il se décide et se tourne vers la femme qui pèle rageusement les pommes indociles et jalouses. C’est la voleuse de fils adoré, qui pleure dans l’indicible la souffrance d’être négligée…

Ceci est une petite fiction pour me faire plaisir... ;-)

dimanche 17 novembre 2019

Le Salon Mons'Livres

Ce WE, il y avait le salon Mons'livres à... Mons (forcément!)
J'y suis allée samedi après midi
Me suis donc installée pendant deux heures à la table de mon éditrice Academia, avec d'autres auteurs publiés par cette même maison d’édition.
J'en suis revenue fort perplexe et me suis demandé le pourquoi d'un salon de ce type.
Si c'est pour espérer vendre quelques livres, hé bien c'est raté!
Pourtant c'est pas faute d'avoir souri... et la couverture de mon livre est colorée et attirante. Un coquelicot pensez donc, tout beau, tout merveilleux!

Les gens passaient en jetant un œil à peine curieux sur la table derrière laquelle j'étais installée. Personne ne me regardait malgré mes sourires engageants! Je n'étais pas seule, il y avaient d'autres livres, d'autres auteurs. Mais rien pour eux non plus!
Les gens passaient sans vraiment s'arrêter. Ceux qui par incroyable, s’arrêtaient le faisaient pour dire bonjour, pour me saluer, pour parler un moment, me demander si "ça allait"!
Une blogueuse m'a reconnue: c'est la seule qui a acheté mon livre. Mais bien sûr elle me "connait", elle connait un peu de mon histoire.

Mais sinon dites moi, comment acheter un livre dont on ne connait ni l'histoire ni l'auteur?

Bon c'est sûr j'ai fait quelques rencontres sympa, ça valait donc la peine de faire le trajet est de rester au Salon, pendant ces deux heures!

Sur FB (oui! je sais!) là on me connait un peu, on m'apprécie (enfin j'imagine...) Quelqu'un a fait une photo. Plusieurs personnes m'ont contactée pour savoir comment se procurer le livre. Et là, énormément de messages! Cela fait du bien quand même, je l'avoue!

J'aurais dû savoir: dans mon autre vie, avant Horton, j'avais déjà participé à un salon de ce genre pour mes autres livres et c'était pareil!

Je ne suis pas Amélie, juste Nicole...;-))

lundi 11 novembre 2019

c'est la faute d'Edgard

Mais mince alors, voilà que je suis en train de me faire un lumbago: aie ouille ça y est je suis coincée! Coincée je dis et ça fait maaaal! AIEEEE, au secours: mais personne viendra évidemment, je suis seule ce soir, pauvre de moi! Pour une fois que je suis seule, sans amant pour me tenir compagnie, c'est bien ma veine!
J'ai vraiment l'art de me faire de solides lumbagos, c'est pourtant pas faute de faire attention...
Le rebord de cette baignoire est beaucoup trop haut, on dirait d'ailleurs qu'il s'élève de jour en jour. Ou alors c'est moi qui vieillis, oui, ça doit être ça! Une vieille bonne femme que je deviens, il faudra m'y prendre autrement ça c'est sûr!

Autrefois il n'y a pas si longtemps, j'avais de la visite tous les soirs, je ne dormais jamais seule: un nouvel amant chaque soir! Une présence amoureuse chaque soir que Dieu fait, c'était vraiment bien, quoique, il faut le reconnaître un peu fatigant et même parfois très fatigant, surtout quand c'était le tour d'Edgar, le champion du nu, dans toutes les positions. Franchement je lui ai dit plusieurs fois qu'il exagérait, qu'il finirait par me casser le dos. Et ça m'arrive de plus en plus souvent: alors, quelques jours de repos pour le lavage des pieds, quelques jours de repos pour l'amour acrobatique avec mon cher Edgard; il faut laisser reposer les choses, ça oui!

Bon, faudrait que je puisse dégager mon pied de la baignoire en ménageant mon pauvre dos: ouille, aie... comment je vais y arriver?

Sur base d'une peinture de Degas Edgard
le devoir proposé par le Goût...merci à toi, d'avoir changé la consigne parce que le bœuf de Rembrandt, non merci, d'ailleurs je ne mange plus de viande!

lundi 4 novembre 2019

20 ans après



 sur base de la consigne proposée par Le Goût... merci à lui!

20 ans après...
Elle est revenue. Pour voir, simplement voir. Bien sûr elle ne le souhaitait pas. Enfin, pas vraiment, et pourtant elle est là, devant la maison de l'enfer. La maison de SON enfer. Elle tremble, le souvenir brutalement l'a envahie de partout: si elle pouvait l'éteindre une fois pour toutes, passer enfin à autre chose...
Elle tremble, elle frissonne, elle a chaud, elle a froid, c'est sûr elle va s'évanouir. Il faut qu'elle s'évanouisse pour ne plus penser, pour oublier... enfin...!
Mais elle ne s'évanouit pas, elle reste là, le regard figé, bien droite, comme paralysée devant cette maison dans laquelle il y a 20 ans elle a vécu le terrible, l'abominable. Elle a failli mourir là, on l'a ramassée quasi morte, et blessée pour toujours dans son coeur.
Elle se souvient des mois passés en clinique pour réparer les dégâts. Mais si on a réparé  plus ou moins les dégâts qui ont blessé son corps, on n'a rien pu, ou pas grand chose pour guérir son coeur.

Elle était ce qu'on appelle une femme battue. Après chaque accès de violence, il pleurait, lui demandait pardon à genoux et au nom de leur amour d'autrefois, elle le croyait. Il était si gentil au début, colérique d'accord, mais gentil. Et puis il y avait les enfants: elle ne pouvait pas partir!

Mais un jour, elle a été "battue à mort"... Elle en a réchappé le coeur complètement détruit.

en Belgique, 21 femmes déjà ont été victimes de féminicide, depuis le début de l'année
en France, ce sont 120 femmes qui ont subi le même sort!


mercredi 30 octobre 2019

C'est la première fois qu'elle me fait de la peine

"Maman est morte ce matin et c'est la première fois qu'elle me fait de la peine"

Ce sont les premiers mots du nouveau livre de Eric-Emmanuel Schmitt "Journal d'un amour perdu". Schmitt raconte les deux années qui ont suivi la mort de sa mère.

Je suis perplexe autant le dire!
Oh bien sûr, son écriture est superbe, puissante, fluide sans avoir l'air d'être "travaillée" et c'est cela qui est magnifique. Elle coule de source.
Mais... 
C'est le thème du livre qui m'a plongée dans la perplexité: un amour fou l'a toujours lié à sa mère, un amour total fait de compréhension mutuelle, de dialogue, d'heures de conversation et d'échanges.
Il a aimé sa mère énormément, incroyablement, de manière inimaginable. Il semble qu'elle n'avait aucun défaut, aucune lacune, elle était parfaitement, profondément aimante!

Pas comme son père contre lequel il s'est rebellé dès l'enfance. Jusqu'au bout d'ailleurs, il a espéré trouver dans les carnets de sa mère après sa mort, la preuve que cet homme n'était pas son père. Puis, lorsque le père a eu un AVC qui l'a rendu paralysé dans les dernières années de sa vie, il a commencé avec lui un chemin d'apprivoisement et même d'affection.

Je pense que pas mal d'enfants rêvent qu'ils ne sont pas les enfants de leurs parents; pendant mes années d'adolescence, j'en fus persuadée: ce n'était pas possible que je sois leur fille, nous étions tellement différents! Une amie à qui j'en parlais ce matin m'a dit la même chose et je crois que nous ne sommes pas les seules!

Je n'ai pas compris cet amour incroyable de EES pour sa mère: à la limite je le trouve démesuré, quasi "anormal": mais bon on est chacun différent!
Et en même temps j''éprouve une certaine envie: il a de la chance d'avoir eu une mère qu'il a aimée à ce point. Moi je n'ai pas aimé ma mère, et même il m'est arrivé de la détester. Je me suis dévouée pour elle, dans les dernières années de sa vie, j'ai rempli mon devoir de fille, mais je ne l'ai pas aimée!
Quelque chose m'a manqué que je découvre avec un certain étonnement: cet amour perdu dont parle abondamment EESchmitt, je ne l'ai pas connu!


lundi 21 octobre 2019

Une histoire vraie



Elle marche, on va dire, courageusement! Pas vite, non. Et bien sûr elle a les yeux fixés au sol. Car elle doit ne rien rater de ce qu'il se passe au sol. (C'est fou ce qu'il y a de trucs qui encombrent les sols noirs de vernissage) Avec la peur d'être cognée, la peur de se cogner. Cette peur ne la quitte jamais. Car elle ne voit pas les gens qui viennent sur sa gauche.
C'est simple, elle ne les voit pas, ne les verra plus jamais!
Tout est trouble, tout est flou... ou plutôt plus rien n'existe, son monde est amputé de moitié: sur la gauche, vraiment à gauche il n'y a même plus de trouble ni de flou! Il y a le noir de noir. Mais non! pas le chocolat, vous comprenez quand même...!

Et là plus loin marche son compagnon, la tête en l'air, joyeux et sifflotant. Elle l'entend siffloter mais  il n'est pas encore entré dans son champ de vision, non, pas encore; ça va bientôt venir mais là pas encore. Et elle est un peu irritée de ne pas le voir car lui l'aide à se mouvoir dans la foule

Ils sont allés au vernissage d'une peintre et d'une sculptrice. Beaucoup de monde. Les seuls éclairages sont dirigés sur les toiles ou les sculptures. Et des dénivelés un peu partout dans cet espace immense et noir de noir. Soudain deux trois marches que rien n'avertit et qu'elle ne discerne pas... ben oui! je l'ai dit, c'est noir de noir! Elle trébuche, une fois deux fois... il lui est arrivé de tomber
Je vais vous dire, elle déteste ça!
Ces vernissages qui rassemblent du beau monde, où les gens bon chic bon genre regardent à peine les oeuvres, circulent en cherchant le verre et les petits fours, s’exclament en reconnaissant l'une ou l'autre personne connue

Alors elle a laissé son compagnon regarder tout à son aise, et elle s'est terrée dans un coin.

lundi 14 octobre 2019

les poches cousues de fil blanc

 Hier j'étais bien décidée à écrire sur la consigne de Goût
Mais trente six mille occupations (inattendues) ne m'en ont pas donné l'occasion :-)
Ce matin donc pas de texte d'un couple qui se parle sur le pont Charles à Prague

Et puis c'est vrai j'ai pris goût à l'écriture poétique, toujours un peu obscure et même parfois hermétique
Une écriture qui fonctionne par métaphores le plus souvent!

Et j'aime beaucoup ...même s' il me faut abandonner le contrôle pour me laisser aller "dans les poches invisibles"

Il a dit:
Le miroir a des tiroirs secrets

Il a dit ça...

Elle a pensé aux tiroirs bien plantés dans des poches invisibles
cousues de fil blanc
ou alors de fil noir
poches nerveuses qui grincent d'impatience de vivre
d'écrire
un mot, un seul pour débuter!
la tête et le coeur embarqués dans les quatre saisons du musicien

Elle est restée troublée, indécise, un moment
Puis elle a bondi, rebondi
Elle a empoigné le premier mot de son histoire
s'est mise à danser avec lui
et d'autres bien vite se sont enfilés à la suite

N.V.

vendredi 11 octobre 2019

Tenir bon

Quand j'ai été plongée soudainement dans le tsunami de l'artérite temporale (ou maladie de Horton) qui m'a frappée, j'ai cherché fiévreusement sur le net des témoignages de personnes qui étaient passées par là et qui j'en étais sûre, m'aideraient.
J'ai trouvé des articles médicaux expliquant l'artérite temporale, sur divers sites... Beaucoup d'articles médicaux qui m’effrayaient d'ailleurs par leur réalisme...  et leurs sombres pronostics (cécité etc)
Mais pas de témoignage plus personnel
Or j'avais besoin d'échanger avec des personnes qui vivaient le même problème, cela m'aurait fait du bien! Des vraies personnes...
Alors j'ai décidé après quelques années de palier ce manque, en écrivant moi-même ce témoignage que j'aurais tant voulu lire sur un forum quelconque!

Je voulais rencontrer le besoin d'autres gens à qui peut-être mon livre ferait du bien!
Et c'est le cas: des gens m'ont écrit pour me le dire, et du coup, cela me fait du bien à moi aussi!

Je voudrais reprendre plus régulièrement l'écriture de mes Petites Paroles: j'ai juste besoin d'avoir du courage, le courage physique d'écrire, de répondre aux commentaires, de vous lire et de commenter aussi... Parfois je ne trouve pas/plus mes mots, alors je suis très découragée... où sont partis mes précieux mots?
Il faut savoir que lire et écrire me demande un gros effort que je ne peux soutenir que pendant environ 30', 45' tout au plus!

Mais j'aime écrire, comme j'aime lire alors je tiens bon!
Merci à vous d'être là!

mardi 8 octobre 2019

Elle a fait tout ça, et plus encore

Elle a tout essayé.
S'adapter, renoncer, dénoncer, tempêter, chuchoter, chahuter, se taire, porter le sac, l'abandonner en chemin, papillonner de bouche en bouche, fuir à pas de terreur, vomir à coups de dégoût, écouter les secrets des coquelicots, entonner le chant du guerrier qui veut son repos, pleurer dans son lit sa petite peluche sur le ventre, entrer dans les secrets en catimini, écouter aux portes, défoncer les portes, entrer en religion, croire en dieu et tout ça, plier quelques pages trop explicites, les chiffonner puis les repasser, hésiter, trancher, couper dans le vif du sujet mais quel sujet elle ne s'en rappelait pas...

Elle a fait tout ça et bien plus encore
Elle a même essayé d'être sage
Puis d'être encore plus sage, sage, sage...

Nebougepasnerespirepasnevispas...parfait, tu es sage...invisible, inodore, incolore

Un jour elle a senti qu'elle avait des pieds et elle s'est mise à danser, une danse un peu folle oui!
Ça lui faisait mal aux pieds, au ventre, au sexe
Et même au crâne, faut pas demander si la danse était folle..

Danser, bouger, chanter c'est mieux que d'être sage s'est-elle dit sans que personne ne l'entende...

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