Voir me pose toujours un réel problème
Non pas sans le cadre de ma maison, que je connais, environnement rassurant
Mais dès que survient l'un ou l'autre de mes enfants/amis/connaissances/voisins, et que la conversation s'entame ou dès que je vais "à l'extérieur", voir suppose fixer mes yeux (mon oeil plus exactement!) et cela me cause une grande fatigue que je ne suis pas en mesure de gérer longtemps...
Je n'ai pas ce problème au tél, là je peux écouter et parler en fermant les yeux tout simplement
Même si les couleurs se révèlent à nouveau, l'oeil valide reste voilé, fortement par moments: "l'humeur aqueuse" s'agglomère et forme nuage, qui voyage de ci de là, au cours de la journée
On pourrait opérer, mais le médecin me le déconseille, cette opération est plus "lourde" qu'une opération de la cataracte et comporte des risques. Je n'ai plus qu'un oeil, prudence donc! C'est bien ce que je pense aussi, et donc je ne peux que me résigner...
Il y a des moments où je suis complètement démoralisée, d'autant plus que les médicaments que je prends depuis un an à forte dose, s'ils contribuent à me "sauver" l'oeil qui me reste, ont rendu ma santé boiteuse
Voir les gens, recevoir ma famille, mes amis, lire, écrire me demandent un énorme effort
Rester dans l'espérance que les choses s’amélioreront, que je serai surtout capable d'accepter ce coup dur qui m'a touchée si profondément dans ma vitalité fondamentale, n'est pas si évident. Il me faudra encore bien du temps pour y arriver je crois. Surtout que en ce moment bien plus qu'au début de cette "aventure" je suis dans la révolte (pourquoi ça m'est arrivé à moi, qui ai toujours été donnée aux autres, c'est injuste!)
J'aimerais tellement retrouver ma plume allègre, parfois poétique, parfois maniant du plus profond, la plume que j'aimais et qui était la mienne... Aujourd'hui je m'en méfie: elle s'est alourdie et peine à poser sur l'écran ou le papier les mots qui pourtant sont bien présents en moi, car je les entends derrière la porte qui piaffent mais qui se sont rouillés, alourdis, démoralisés...
Benoit Colsenet










