dimanche 6 mars 2016

Regarde, il est là...

sur une proposition de Lakevio (peinture de Jackie Knott)

Le voilà! Regarde, il est là, assis sur le banc !
Attention, ne te montre pas, il peut être violent, j'en sais quelque chose
J'ai rompu avec lui hier, oui hier soir.
J'y pensais depuis déjà quelques mois, mais j'y arrivais pas, je l'avais dans la peau, j'étais folle de lui. Lui se moquait de moi, faisait semblant de m'aimer quand ça l'arrangeait, bien sûr, quand il avait envie de moi.
Ces derniers temps c'était beaucoup moins, je me demandais ce qu'il se passait. Alors je l'excitais, jusqu'à ce qu'il me saute dessus, brutalement il faut dire, avec des mots crus.
Moi, je n'aimais pas ça. Il n'y avait plus tellement  de tendresse qui circulait entre nous, que des élans sauvages quand je l'avais excité.
Alors j'ai pris mon courage à deux mains, et je lui ai dit de partir, que je voulais plus le voir, que c'était fini entre nous

Il acceptait pas, a commencé par me supplier, et même pleurer, c'était presque drôle
Je lui disais de partir, que je ne voulais plus le voir, plus jamais!
alors il s'est mis en colère, m'a traité de nulle et même de connasse, m'a dit les pires injures.
Puis comme je ne changeais pas d'avis, il s'est approché près, très près de moi
J'ai eu peur; je savais ce qu'il était capable de faire
Il m'a frappée, deux gifles à toute volée. Je suis tombée à terre, à ses pieds
J'ai hurlé, et là, miracle tu es venu, juste à temps!
je crois qu'il aurait été capable de me tuer

Non, non, je savais pas, quand je l'ai rencontré, qu'il était prêtre. Je te le jure, si j'avais su, je me serais tenue à distance je te le jure. Et puis j'ai appris  que j'étais pas la seule, qu'il aimait ça, les femmes, mais j'arrivais pas à le croire..
Il était si tendre au début, si merveilleux...

Mais de le voir comme ça, misérable sur ce banc me fend le coeur.
Tu en penses quoi? Tu crois qu'il pourrait changer? Redevenir ce qu'il était au début?
Quoi? que dis-tu? On ne réécrit pas l'Histoire?...
Mais je suis sûre qu'il ne me frappera plus... oui je suis sûre.
D'ailleurs il est en train de me l'écrire... il m'aime tant! On recommencera, autrement...tu verras...

ouais bon... pffffff tu ne me crois pas je vois...





jeudi 3 mars 2016

Un grand creux gris

Y pas à dire, je suis dans un creux
Le creux de la vague qui souvent oblige à boire la tasse
ou alors le creux de la vallée, qui prive d'horizons lointains, verts et ensoleillés

Oui, je suis dans un creux, un grand creux gris (à prononcer vite et plusieurs fois!)
Et quand je suis dans cet état, je perds les envies d'être moi, les envies qui me font aimer la vie

Alors les mots me quittent, plus envie d'écrire ni sur mon blog ici, ou celui des cent mots

Dans ma famille en ce moment, il y a des tristesses, dont je ne peux parler ici, mon non-anonymat m'ayant déjà causé des problèmes quand je me suis confiée trop librement. Et cela m'ennuie, vous pouvez pas savoir comme ça m'ennuie, de ne pas pouvoir parler librement sur mon blogàmoi des soucis qui me plongent dans le creux!

Je ne peux pas éternellement parler de sujets généraux qui font réfléchir, non?
Et c'est pas trop mon truc de faire rire, d'écrire dans l'humour... désolée!

On vient sur un blog pour se distraire, pas pour plonger dans les creux des autres

Vous savez ce que mon médecin référent m'a dit hier lors du contrôle de ma chère maladie de Horton? (oui, vous savez bien, cette maladie de vieux, c'est marqué sur le Net)
Il m'a dit que c'était assez normal d'avoir le moral en creux, vu les médicaments que je prends, en nombre, depuis bientôt 5 ans!

Je pourrais prendre un anti dépresseur... qu'est ce que vous en pensez madame? (oui! ce médecin sait qu'il a intérêt à me demander mon avis, pour quelque chose qui n'est qu'une option)

Et mon médecin sait aussi que je lui dirai NON! Non merci je prends assez de saloperies comme ça, qui me causent des dégâts secondaires, dont j'ai assez.

Et sachez que tous les bons trucs pour sortir de cet état de creux, je les ai essayés, je les ai appliqués même
Ca fonctionne un moment et puis... un nouveau creux

Petit miracle: en achevant ce billet, un timide rayon de soleil, un rayon de vie apparaît soudain au travers du ciel gris et plombé.... du courage pour la journée!
Pour le reste, pour demain, on verra!

Léon Spilliaert

jeudi 25 février 2016

Une baraque de chantier (texte 46)

Ce matin, je me suis replongée assez longuement dans le dernier livre de Alain Rohand.
Ces textes, je les connais par coeur, les ayant relus pour en corriger les fautes qui toujours s'échappent de la plume de l'écrivain.
Et pourtant, cette lecture ce matin m'a semblé neuve, comme chaque fois que je reprends le livre d'Alain
Je me suis retrouvée à peu près dans l'état où je me  trouvais souvent quand je lisais ses billets sur son blog.
Un état de connexion avec le profond de mon humanité, de mes aspirations. C'est un état qui me fait me sentir meilleure: c'est une plongée corps à corps, coeur à coeur dans l'espérance et la certitude de pouvoir vivre cela, au delà des détresses et des découragements que l'on peut connaître

"Un éternel provisoire, une sorte de baraque de chantier, au mieux un préfabriqué. Voilà ce que je suis.
Corps délabré qui s'étonne encore des forces invisibles qui le maintiennent. Équilibre précaire, possible chute à chaque pas. Et dans ce mouvement, la force de la confiance.
C'est le déséquilibre qui est gardien de ma vie et probablement le réel moteur de mon existence. J'ai la précarité du fort lorsque je reconnais ma faiblesse et en fait mon alliée.
D'une certaine manière, je suis un être "éprouvé". Dans les deux sens que l'on peut donner à cet adjectif.
- éprouvé, au sens qu'il a subi l'épreuve dans sa chair (et dont l'origine est d'ailleurs totalement injuste)
- éprouvé, au sens de celui qui a été soumis à une expérience susceptible d'en établir la valeur positive.
Ma force est dans mon délabrement.

Alain Rohand, 120 pensées plongeantes, The book edition 2015



dimanche 21 février 2016

Le jardin de Lakevio

 Julie Gilbert-Pollard

- Ah! venir se cacher dans ce coin de paysage, se blottir dans la douceur de ces couleurs bienfaisantes, s'enivrer de la beauté de ces tendres fleurs...
Il y a là comme une musique qui doucement apaise les remous des chagrins, il faut juste se recueillir pour l'entendre, pour la laisser venir à nos oreilles
Sortir du chaos de la vie, des luttes assourdissantes, se poser tranquillement, rêver un peu... laisser son coeur s'apaiser, reprendre gout à la vie

- mais enfin! tu dis vraiment n'importe quoi: ce n'est pas le moment pour ces fleurs de surgir d'entre ces pierres, on est loin encore du printemps, les pierres en ce moment sont désespérément rocailleuses, elles mordent les pieds, d'ailleurs regarde, il faudrait réparer cette barrière, ça fait négligé quand même dans ce jardin qui se prétend un beau jardin fleuri!

- les plus beaux jardins sont libres... ils n'ont de compte à rendre à personne. Et s'ils nous invitent à partir par les trous de la barrière, creusés par les vents de l'hiver, il faut juste les suivre, tenter l'expérience d'aller plus loin, plus fort, plus haut...

- plus loin? mais où?

- je ne sais pas... juste plus loin... il y a là un flot de vie bleu qui n'attend que nous

lundi 15 février 2016

Edward Hopper (pour la consigne de Lakévio)

Au début, je l'entendais
Puis peu à peu j'ai fermé mes oreilles
Et j'ai ouvert mes yeux sur le paysage tranquille, trop tranquille, sur cette route où plus personne ne s'arrête, comme autrefois.
Mais c'est bien comme ça, je n'ai plus trop envie de parler

Elle, je sais qu'elle continue à crier, je le sais parce que je perçois ses vibrations sur le chambranle quand elle se penche vers moi
Crie toujours ma cocotte, je ne t'entends pas, comme je l'ai dit, j'ai fermé mes oreilles
et je respire la paix, la tranquillité, le chant des oiseaux, quel bonheur!

D'ailleurs je me suis arrangé pour devenir sourd, pour ne plus l'entendre
Il faudrait que je lui dise que je n'entends plus ses cris

Il faudrait que je lui demande de venir à mes côtés profiter ensemble de la quiétude du soir
Autrefois elle aimait ça
Elle n'a pas changé à ce point quand même...!

Je lui dirai demain ou après demain
je l'inviterai à venir près de moi, à respirer ensemble la douceur du soir
C'est dommage de gâcher ainsi le temps qu'il nous reste
Je suis malade, elle ne le sait pas, pas encore
Il est temps de lui en parler
Elle ne criera plus sur moi, elle se serrera contre moi, m'embrassera doucement
Comme autrefois

Ce serait bien...



mercredi 10 février 2016

penser à la vie, penser à la mort

Prendre conscience que l'on vieillit...
Je n'ai plus la même souplesse, la même endurance. Ma fougue et mon ardeur sont désormais surtout intérieures. Quand je bondis de joie, mes pieds ne suivent plus avec le même enthousiasme. Il faudrait que je travaille mes muscles tous les jours, abîmés qu'ils sont par les corticoïdes.
Tous les jours donc ma petite séance de renforcement des muscles. Je n'aime pas ça, mais je me force. Pas envie de devenir une petite vieille racrapotée sur elle-même (il est pas beau, ce petit mot belge? Il faut le dire lentement, le faire rouler dans la bouche pour en comprendre toute la saveur:
SE RACRAPOTER = se recroqueviller

Avec mon mari on se disait tout à l'heure que le temps nous était désormais compté. C'est pas qu'on est archi vieux, mais on vieillit tout doucement, le corps fait des siennes, et comme il nous a lâchés tous les deux par la maladie, il pourrait très bien nous lâcher un de ces jours par la mort. Comme ça, sans crier gare!

D'ailleurs je pense à la mort chaque jour, et c'est loin d'être morbide. C'est une sorte de détachement tranquille, qui me mène à la nécessité de ne plus le perdre, ce fameux temps.

Vivre, en sachant bien qu'on n'est pas éternels...
Pour cette raison j'ai réintroduit dans ma vie une certaine discipline personnelle
Un temps pour le corps
Un temps pour l'esprit
Un temps pour l'âme

C'st simple, c'est évident. Mais pas si simple de s'y tenir au jour le jour!


 Juste pour le plaisir, une peinture de Léon Spilliaert que j'aime beaucoup




dimanche 7 février 2016

Mon amie Etty

Il y a à mon chevet, quelques livres essentiels. Le soir j'en prends un au hasard, je l'ouvre et je me laisse nourrir par la page qui s'est ouverte devant mes yeux

Je vous ai dit déjà que le Journal de Etty Hillesum était un de ces livres essentiels, un livre de vie. "Une vie bouleversée", c'est le titre de ce Journal
Voilà une jeune femme intensément vivante, très moderne, qui a cherché durant sa courte vie son profond chemin intérieur, son chemin d'authenticité. Qui, dans l'infinie détresse du monde secoué par la guerre, est restée une femme debout, une femme aimante, envers et contre tout. Une femme amoureuse aussi!
Juive, elle a vécu les affres que connaissaient les juifs de l'époque. Pour finir par mourir gazée à Auschwitz en 1943
Je l'admire énormément pour son courage, qui la faisait penser aux autres avant elle-même. Je l'admire pour son amour inconditionnel de la vie, même au milieu des difficultés quotidiennes qu'elle a vécu au quotidien durant cette guerre

Créer au dedans de soi, une grande et vaste plaine, débarrassée des broussailles sournoises qui vous bouchent la vue

Voilà le genre de paroles qui me font vivre, en  élargissant mon horizon si souvent bouché par les soucis et autres broussailles


vendredi 5 février 2016

C'est ici ma maison en somme....

Une blogueuse que j'aime beaucoup m'a hier demandé quand je revenais ici, me disant que c'était ici ma vraie maison...
Sa demande m'a secouée quelque peu;
J'ai réalisé qu'elle avait raison; c'est bien ici ma maison, ma vraie maison!
Mon autre blog, celui où je m'astreins tous les jours à écrire selon la consigne des Réels de Raymond Queneau, est une petite maison de vacances, où j'ai pris l'habitude d'écrire un peu n'importe quoi.
C'est amusant... un temps seulement... il est temps à présent de rentrer dans ma maison que j'ai construite patiemment depuis presque 12 ans. Je ne veux plus fuir en cherchant mon insaisissable besoin d'écrire.

Donc me revoilà! J'espère bien sûr vous revoir, vous tous chers lecteurs/lectrices qui m'avez accompagnée dans les moments sombres et joyeux de ma vie de blogueuse

J'ai cru pendant tous ces mois que les mots m'étaient devenus interdits pour toujours, coincés qu'ils étaient dans une gangue de peur.
Aujourd'hui je décide de croire que tout est encore possible pour moi, que mon désir d'écrire, si puissant, forcera mes prisons

Je ne sais pas ce qui m'attend, si vous serez au RV. Si je serai présente à MON rendez-vous. Ce soir, j'ai juste envie de renouer avec cette fièvre de l'écriture qui me saisit devant chaque page encore blanche...
Pendant tous ces mois de silence, j'ai eu tant de fois l'impulsion de venir ici écrire. Pour crier mes coups de gueule, mais aussi mes gratitudes, mes bonheurs petits et grands

La vie est une force puissante et tant que je ne suis pas morte... eh bien... je suis vivante!




mercredi 30 décembre 2015

Je n'oublierai pas...

Je n'oublierai pas le chant de mes années lointaines, celui qui rejoint le chant douloureux, rauque, lancinant de toutes les femmes du monde, serrées dans leur gangue, muselées dans leur révolte, souffletées, mutilées, ignorées... et aussi celles qui sont figées dans leur béatitude de prêt à porter

Je n'oublierai pas davantage le chant profond, grave et pourtant joyeux, qui toujours en moi cherche obstinément ses racines et les sillons où serpente la source vive. Ce chant premier des espérances qui resurgit sans fin comme un miracle, là où les pierres, les branches cassées se sont pourtant accumulées... Ce chant stupéfiant, inattendu, qui funambule inlassablement au travers des ciels lunaires, ceux-là seuls qui sont capables d'entendre l'essentiel.

Je me le dis: les pousses nouvelles jailliront au printemps, c'est-à-dire très bientôt, c'est-à-dire demain!

jeudi 24 décembre 2015

Le vol d'une mouette

Non, je ne vous dirai pas de "joyeux Noel"... tellement de gens en ce moment vivent des choses difficiles, dans les pleurs, dans la faim, dans la fuite, dans la peur, dans l'injustice
Si Joyeux Noel concerne les dindes farcies, les fois gras les guirlandes en toc, je n'en veux pas, C'est faire injure à tous ces gens que j'évoque plus haut

Je vous souhaite de VRAIS moments en famille, de ceux où l'on peut parler et s'écouter, de ceux où l'on s'intéresse à l'autre, jusque dans le fond de son coeur, comme on a besoin
Et les rires qui jailliront sans doute ne seront pas des rires gras, des rires superficiels, des rires jaunes, des rires pour cacher les larmes... mais des rires du coeur qui nous feront nous serrer très fort dans les bras!

Je vous laisse avec ce conseil merveilleux que nous donne Etty Hillesum, mon Maître en humanité

"Je vais de temps en temps rendre visite aux mouettes, dont les évolutions dans les grands ciels nuageux suggèrent l'existence de lois, des lois éternelles d'un ordre différent de celles que nous produisons, nous autres hommes"

Retrouver notre être intérieur dont nous avons trop souvent oublié la grandeur et la force. Il faut parfois en effet observer le vol d'une mouette, ou alors l'arbre décharné de notre jardin, qui pourtant vibre au gré du vent qui l'appelle à la vie




vendredi 27 novembre 2015

Changement de cap

Devant le bâtiment des Cliniques universitaires, où je me suis rendue deux fois cette semaine, stationne un camion militaire, Avec bien sûr des militaires lourdement armés, selon la formule consacrée. Ils guettent impassibles, surveillent l'éventuel fauteur de trouble. Une seule entrée pour cet énorme bâtiment, les autres sont verrouillées. Nous sommes en alerte 4 (3 maintenant)
On passe la porte, et là on subit tous une fouille rudimentaire: ça va, pouvez y aller! Un merci, un vague sourire...
Finalement tout cela est relativement bon enfant!

Nous habitants de ce petit pays dont les disputes principales se réduisent à des mésententes et revendications linguistiques, nous devrons apprendre à vivre avec cette menace, ce danger potentiel, lattant.

Nous n'avons pas été habitués, comme bien d'autres pays à côtoyer cette méfiance, cette prudence inquiète, dans les rues, dans les bâtiments, les ambassades, mes musées etc
Nous avons vécu un bon 50 ans dans une Europe tranquille, joyeuse, consommatrice à outrance.
Les bombes et attentats, c'était toujours ailleurs, là-bas, loin au Moyen Orient, en Afrique, dans le Nord principalement. Ça se passait toujours ailleurs, les morts dans les rues...
Derrière l'écran de nos télés, on regardait tout cela atterrés, mais très vite rassurés que ce n'était pas chez nous!

J'ai l'impression que les choses sont en train de changer: le temps de l'insouciance est terminé. Il faudra tenir compte de tous les extrémismes qui de plus en plus explosent en nos contrées.

Et il n'y a pas que cela.
Il faudra aussi apprendre à vivre avec des gens qui viennent d'ailleurs, qui ont fui les atrocités de leur pays, il faudra vivre avec eux avec bienveillance, leur faire une vraie place, les accueillir dans nos écoles. Ce ne sera pas facile, ils ont une autre culture, religion, façon de voir les choses que nous. Et pourtant il faudra....pas d'autre choix, que cela plaise ou non... et pour beaucoup, ça déplaît...

Je pense à nos parents et grands-parents qui ont traversé la guerre et s'en sont sortis forts et droits malgré les horreurs qu'ils ont vécus. Ils ont reconstruit, et pas si mal que ça!

Pour nous donc, le défi est de taille. Je souhaite de tout mon coeur que nous puissions le relever avec toute l'humanité dont nous serons capables

Et parce que la menace fera partie de nos vies, nous pourrons nous recontacter avec nos valeurs essentielles.
Et nous pourrons rire et faire la fête de bon coeur, et nous serrer dans les bras en n'oubliant pas de nous dire : JE T'AIME


Edouard Boubat

samedi 21 novembre 2015

Des gens qui veulent vivre en paix, comme vous, comme moi

J'ai comme nombre d'entre vous la tête pleine des images et réactions provoquées par les événements dramatiques de la semaine dernière
Ces événements se sont développés de façon exponentielle  dans mon pays, et surtout dans ma ville, complètement paralysée aujourd'hui...
J'ai vu sur les réseaux sociaux des accusations de laxisme du gouvernement belge sur la façon dont il a, depuis des années traité le problème des jeunes en voie de radicalisation. Une commune de Bruxelles est désormais célèbre dans le monde entier, rien que ça!

Vous avez raison, dans Molenbeek, il y a effectivement des problèmes et pas des moindres. Il y a, oui, des jeunes radicalisés qui n’attendent que ça et le préparent d'ailleurs: se lancer dans des faits extrémistes qui leur donneront un semblant d’existence. Ils sont devenus dangereux, il faut bien le reconnaître: ils sèment la mort et les pleurs autour d'aux. Et la peur aussi bien sûr!

Mais il y a AUSSI tout un petit peuple coloré, blanc, jaune, brun, basané, voilé, multi et pluri culturel qui lutte pour vivre décemment, élever ses enfants au mieux. Ces gens sont pour beaucoup à la limite de la pauvreté. Comment s'en sort-on quand on doit calculer au franc près, toutes ses dépenses, tous les jours de l'année?
C'est un peuple qui aime faire la fête, lui aussi, les fêtes populaires y sont nombreuses,. Là comme ailleurs, on adore les marchés et les brocantes.
Il y a des familles, des enfants qui aiment leurs parents. Et des parents qui aiment leurs enfants, et qui tremblent parfois, impuissants,  pour les plus grands qu'ils voient partir en Syrie...
A côté de ces jeunes radicalisés et dangereux, la plupart des gens sont des gens ordinaires, comme vous, comme moi, avec leurs défauts, leurs qualités... leur désir de vivre, leur désir de vivre en paix.

Et cela m'a fait mal de voir les bruxellois stigmatisés comme ils le sont, dans les médias de partout.
Comme si le peuple de Molenbeek  était le seul coupable de toutes ces atrocités.



jeudi 24 septembre 2015

La nuit de feu

Comme annoncé sur mon blog du défi des cent mots, j'ai lu un livre qui m'a émue, bouleversée. En fait il m'a élargi l'âme, donné de l'espérance
Je l'ai lu avec curiosité au début et passion au fur et à mesure.

Il a 28 ans. Il est parti dans le désert avec un groupe, pour aller sur les pas de Charles de Foucault: on lui a demandé en effet d'écrire un scénario à ce sujet.Et là, il se perd et dans un premier temps pense que c'est la fin pour lui. Il a faim, mais ce n'est pas le plus important. Il a soif: reste un fond d'eau dans sa gourde. Et puis le froid qui survient avec la nuit. Il boit une gorgée de sa précieuse eau, il s'ensable pour se protéger du froid.
Et là lui tombe dessus une expérience mystique, spirituelle, hors du commun. Il n'avait rien demandé, rien... mais cette expérience a induit le reste de sa vie!
Il est entré au désert, philosophe athée, il en est sorti philosophe toujours, mais croyant!
Non pas adepte d'une religion,  mais saisi par une foi, une confiance dans le monde, dans l'homme, peut-être même en Dieu, il ne le sait pas... et cette foi ne le quittera plus
30 heures dans la vie de cet homme qui le mène dans une nuit de feu (expression qu'il reprend à Pascal qui lui aussi a connu ce genre d'expérience forte.
La peur l'a quitté, laissant place à une Force dans laquelle il fait pleine confiance, une force dont il dit qu'elle ne vient pas de lui. Je pense qu'il a dû se laisser faire... mais il se trouvait dans un état de vulnérabilité extrême. Il sait que ce qui lui est arrivé ne vient pas de lui... c'est une certitude inscrit au plus profond de lui...

Je suis loin de dire tout au sujet de La nuit de feu  d'Eric-Emmanuel Schmitt, si le coeur vous en dit, vous le découvrirez vous-mêmes
Toucher un moment l'infini, en revenir tourneboulé, il le raconte dans ce petit opus paru ces jours-ci chez Albin Michel. Ces pages sont écrites dans un beau style poétique, j'ai aimé
Il a attendu 28 ans pour relater cette expérience de renaissance (il dit qu'il est né deux fois) pour éprouver ses impressions à l'épreuve du temps, ce qui me semble un gage de maturité. Et de prudence, il est plus "moderne" de se dire athée...et la foi est la plupart du temps confondue avec la religion.

J'ai aimé lire ce petit livre éminemment personnel. Et tous ceux qui sont dans une recherche de Dieu aimeront le lire aussi, j'en suis sûre

Il y a pas mal d'interview, mais je n'y reconnais pas ce que EES nous laisse entrevoir de son livre vivifiant. Sinon chez Racines de ciel, une interview profonde et intelligente que je vous recommande

jeudi 20 août 2015

Tout n'est pas fini!

Sans doute provisoirement, je n'écrirai plus sur ce blog (mais je le garde ouvert)
J'écris désormais sur l'autre dont je vous ai déjà parlé: c'est le blog où tous les jours j'écris à partir de la consigne de Queneau.
C'est un défi d'écriture qui s'intitule: les 366 réels à prise rapide. Il y a un sujet par jour.
Je me suis prise au jeu de cette écriture quotidienne et courte: normalement on ne peut pas dépasser les cent mots. Je n'y fais pas particulièrement attention, je dépasse souvent ce quota. Mais finalement pas tellement. Et puis ce n'est pas très important, s'il y a quelques mots de plus!
En fait j'aime écrire court, et j'aime relever ce défi qui me demande de la persévérance Aujourd'hui j'ai écris mon trentième texte
Si vous voulez ne pas me perdre de vue, vous me trouverez donc ici


vendredi 31 juillet 2015

Petit bilan

J'ai écrit aujourd'hui le dixième billet à prise rapide, (voir billet précédent, qui explique le défi des cent mots!). Voilà dix jours donc que je persévère dans cette écriture courte et ludique. J'aime les consignes qui sont proposées et qui m'obligent à une grande densité dans l'expression
Je remarque que je n'ai pas trop à me creuser la nénette, les mots me viennent rapidement, ainsi que l'idée centrale qui va générer le billet.
Finalement, ça me plait de  me sentir obligée d'écrire chaque jour à partir d'un mot, d'une idée, d'un thème. On pourrait croire que c'est une contrainte forte, mais je ne le ressens pas comme ça. Pour moi c'est une aide précieuse à reprendre une écriture quotidienne.

Deux ou trois fois pourtant j'ai failli laisser tomber, ou du moins passer un jour, me trouvant un bon prétexte pour ne pas écrire. Mais je  m'y suis attelée chaque fois, au début avec une certaine difficulté, puis étonnée de voir que le flux coulait sans trop de problème

La difficulté est de réduire à cent mots. C'est court. C'est très court. C'est souvent trop court, même pour moi qui écris court en règle générale! Quand je suis bien partie, j'ai envie de continuer, d'explorer davantage l'idée.
Mais non! je décide de respecter le plus possible la consigne. C'est l'option que j'ai choisi de prendre
Et je me suis prise au jeu. Cela me plait de chercher et de trouver une idée d'écriture à partir du mot imposé. J'ai décidé aussi de ne pas briser mon élan: je veille à ne rater aucun jour, mais bon! ce n'est pas trop difficile vu qu'il ne s'agit d'écrire que cent mots (chez moi c'est environ 140 quasi chaque fois)




vendredi 24 juillet 2015

366 réels à prise rapide

Suite à ce qui pouvait ressembler à une petite bouteille à la mer lancée sur mon billet précédent, j'ai reçu une idée précieuse: écrire chaque jour environ cent mots suivant les consignes de Raymond Queneau
Une consigne par jour, sur laquelle on écrit donc un court texte, qui a trait à quelque chose de vécu aujourd'hui

Je tenterai d'être fidèle à la consigne quotidienne
Si cela vous tente de découvrir ce que j'ai bien pu écrire sur certaines qui ne sont pas si faciles que ça, rendez-vous ici  http://parcourirlechemin.blogspot.be/

Merci à tous ceux qui m'ont encouragée et le font encore



mardi 21 juillet 2015

Bouger pour ne pas geler

Je tombe aujourd'hui par hasard sur ce passage de "Femmes qui courent avec les loups" de Clarissa Pinkola Estes

"La femme écrivain dont l’inspiration se tarit sait que la seule solution, c'est d'écrire pour contrer cette sécheresse... [...]
La solution? Aller de l'avant, se battre. Prendre la plume, la poser sur le papier et cesser de gémir. Ecrire. [... ]
Ce qui bouge ne peut en général geler. Alors, bougez.

Se battre, bouger, pour ne pas geler intérieurement...
Il faut bien reconnaître que je me suis figée. J'ai abandonné la lutte. L’ordinaire et le quotidien me prennent de l'énergie. Beaucoup. La lutte je connais ça... Alors pour ce qui est de l'extra-ordinaire, à savoir "écrire", j'ai (pour l'instant) perdu la bataille. Je me tiens loin de ce champ de bataille, dans la peur de me perdre encore plus.
Pourtant, Clarissa a raison. La seule solution, c'est d'écrire, de poser la plume sur le papier et cesser de gémir. Je l'ai dit si souvent à tous ceux que j'accompagnais sur leur chemin d’écriture. Pourquoi suis-je si peu capable de le faire pour moi-même?


                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

lundi 15 juin 2015

quelles sont mes forces?

- Il y a les ressources de départ, les dons que la vie m'a faits, la qualité de mon énergie et de mon courage devant les difficultés de la vie, la générosité à accueillir
- il y a les qualités acquises, les expériences et relations enrichissantes que j'ai pu faire, les connaissances en tous genres, les compétences aussi, acquises au fil des années, et qui ont élargi mon coeur et mon intelligence
- il y a celles que je peux développer sans cesse davantage: par ex ma sensibilité qui me donne une grande capacité d'écoute et de compréhension. Mon intuition aussi qui, si je prends la peine de l'écouter en moi, m'indique bien souvent le chemin à suivre, celui à éviter.  Ma capacité à aimer vraiment l'autre, sans chercher à le posséder, à lui imposer ma manière de voir les choses. Il y a toujours à s'améliorer dans ce domaine, c'est ce que je m'applique à faire
- il y a mes points faibles que je peux "travailler" pour devenir plus adulte et m'en sortir mieux: par ex le stress dans lequel j'ai tendance à m'enfoncer trop et qui me fait réellement du tort, le sens de l'humour que j'ai perdu au fil de ces dernières années, la capacité de faire confiance sans douter, faire confiance dans l'autre comme en moi...

Je crois réellement qu'on n'a jamais fini de vivre dans l'intensité et la conscience de qui on est.
A condition qu'on accepte de se remettre régulièrement en question








mercredi 10 juin 2015

Comment faisais-je autrefois... ?

comment faisais-je dans les premières années de mon blog, pour trouver deux à trois fois par semaine, des sujets à traiter?
Dans le léger, le poétique, le familier, et même le sensuel?
Aujourd'hui je peux rester des jours et des jours, presque une ou deux semaines  sans que la plus petite idée ou envie de traiter un sujet ne me vienne à l'esprit
Ou alors je tourne en rond avec la maladie, j'y reviens et j'y reviens encore
Là maintenant je fais comme je l'ai si souvent conseillé aux participants de mes ateliers d'écriture: pour écrire, il faut.... tout simplement se mettre à écrire! S'y mettre sans même obligatoirement savoir de quoi on va parler.
Mettre les doigts sur le clavier et observer (à peine) ce qui vient, les mots qui s'écrivent, de quoi ils ont envie de parler.
Donc voilà, sans avoir rien programmé,  sans aucune idée valable, je me suis mise à écrire, en faisant confiance à mon cerveau gauche (à moins que ce soit le droit le spontané? je ne me souviens jamais)

Pendant cinq minutes j'ai écrit sur l'envie d'écrire et l'impossibilité de m'y mettre.
Sur la nécessité de commencer un billet sans savoir où cela me mènerait. L'important étant d'enclencher cette machine devenue si paresseuse
Envie et pas envie d'écrire, comment comprendre ce paradoxe?

Je me relis... on peut pas dire que ce soit fameux, que je vais remuer les neurones de mes éventuels lecteurs, les faire réfléchir ou simplement les faire rêver en les emmenant comme autrefois je savais le faire, dans un univers qui "touchait", qui "parlait"!

Rien, rien ne vient, du moins rien qui vaille la peine
pourtant d'avoir écrit ces quelques mots fait remuer quelque chose en moi. Quelque chose de l'ordre d'une envie de m'y remettre, de renouer avec les mots que j'aimais tant, que j'aime toujours d'ailleurs

J'appuie sur "publier", sans trop me relire, sinon ce billet comme tant d'autres ira rejoindre ceux que j'ai préféré laisser dans les brouillons. Jamais assez bons, jamais assez dignes de moi (hum hum)


mercredi 3 juin 2015

Un petit peuple courageux


Hier, comme tous les mardi et jeudi, je me rends dans la vaste salle de kiné de "mon" hôpital. Je viens là pour mieux contrôler mon équilibre: en effet entre les moments où je penche à droite et où je chancelle, je cherche ce précieux équilibre, mis à mal par la perte de l'oeil gauche. Je ne vous raconterai pas en quoi consistent les nombreux exercices qu'on me fait faire, ce n'est pas l'objectif de ce billet. Mais quand on me demande de danser sur un gros ballon, je n'oserais jurer que je reste stable ;-)
Dans la salle, autour de moi, il y a du monde, plein de monde, des patients et des kiné, des instruments de torture, des espaliers, des contrepoids etc. Beaucoup se relèvent d'un AVC qui leur a paralysé un côté du corps, ou davantage. J'observe tous ces gens qui s'acharnent à travers la douleur à retrouver un peu de mobilité. Ils transpirent, ils s'obstinent, ils se découragent parfois. J'observe aussi tous ces kiné, femmes et hommes, jeunes pour la plupart, qui accompagnent les efforts des patients, ils sont là, à les encourager, à les féliciter pour un centimètre de mouvement retrouvé.
Cet endroit n'est pas un lieu "facile", il y a des efforts, des douleurs, des découragements, des larmes parfois.
Mais c'est un lieu porteur: moi qui ai juste à retrouver un certain équilibre, à fortifier les muscles mis à mal par la prise de corticoïdes, j'y fais des exercices de confiance en mon corps. Car c'est au fond ça que j'ai surtout perdu: avec les pertes d'équilibre, la peur de tomber et celle de me faire heurter par les "dangers" venus de gauche et que je ne perçois plus à temps.
Me trouver là, dans cette salle booste mon courage. Bien plus que de me rendre chez un(e) kiné travaillant à la maison, dont je serais, pendant la séance, l'unique patiente.
Depuis à la maison, j'accomplis avec entrain l'un ou l'autre exercice, en pensant à ces gens qui travaillent en ce moment même dans cette vaste salle de kiné, confiants qu'ils ont dans leurs mains un petit bout de leur guérison possible.
C'est un petit peuple courageux et "espérant"

mardi 26 mai 2015

montrage de culottes et autres apparitions

Il  y a eu l'eurovision et ses paillettes, ses trucs et ses bazars qui clignotaient de toutes parts, et ses chanteurs qui hurlaient, au plus fort au  mieux!
Bien sûr, ils ne hurlaient pas sous l'effet de la torture, ou parce qu'on était en train de leur arracher les ongles...
Ils hurlaient pour prouver qu'ils chantaient bien, avec leurs tripes et méritaient plus que les autres de gagner ce grand concours européen de la fraternité... calculée: les votes sont politiques pour la plupart...

Il y a Cannes aussi et ses montrages de petites culottes... ou alors c'est curieux, la plupart de ces jolies robes sont fendues le long des jambes. Ou alors transparentes! Et on devine, plus que cela, on voit... culottes ou seins nus de chez nus, qui n'aime pas ça? Les films? oui, on les regarde, on en discute même, on s'en fait une opinion, mais on ne va pas se priver du plus intéressant: assister aux apparitions successives de toutes ces dames merveilleuses.
Faut bien dire que les paillettes, les lumières, le tapis rouge et le reste coûtent très cher. Je me suis laissée dire que le petit Belge avait eu une 4ème place. Et moi, in petto j'ai été soulagée, ouf! on l'a échappé belle. Parce que organiser un concours d'une telle envergure, c'est risquer de laisser les bons gros problèmes de côté, ceux qui demandent un investissement qui fait mal au porte monnaie

Pourtant un barbecue entre amis, une fête de quartier ou de famille... c'est sympa aussi, non? et pas si cher... si?
******************************

A côté de cela, il y a Palmyre... mais oui vous savez bien... vous entendez la radio, lisez l'actu non?
A Palmyre il y a des drapeaux noirs partout et des barbes noires et des massacres qui succèdent aux massacres de hier qui eux-mêmes succèdent aux massacres du jour d'avant...ça n'en finit pas

Et puis il y a aussi... non je n'égrainerai pas le reste de l'actualité, celle qui fait peur, vous la connaissez j'en suis sûre, un long chapelet d'horreurs...

Serait-ce pour ne pas devoir trop se préoccuper de cette actualité à frissons qu'on plonge à décolleté perdu dans les festivités grandioses que j'ai évoquées?


samedi 23 mai 2015

chacun de son côté

Ne serait-il pas possible de rester plus longtemps aux premiers temps d'un amour, d'une amitié, d'une relation précieuse...
Rester un long moment au temps des balbutiements, de la découverte, du coeur qui bat plus fort, qui s'émerveille d'un rien.

Prendre le temps de savourer, de ne pas trop vite vouloir s'installer (et donc "vieillir") dans cette relation. Pour ne pas briser trop vite l'émerveillement des débuts. Pour ne pas entrer dans la monotonie, dans l'ennui du déjà vu, du trop connu, du toujours la même chose.
Car à ce moment,  l'on croit tout savoir de quelqu'un. Plus rien n'étonne, on achève ses phrases à sa place. Et les étiquettes s'accrochent et piègent dans le "je te connais comme ma poche"

Quand on aborde quelqu'un en croyant tout savoir de lui/elle, très peu de paroles vraies peuvent encore s'échanger. Une barrière invisible sépare, avec juste un pont branlant. Les fenêtres sont closes et ne permettent aucun véritable dialogue

Et chacun risque de rester déçu de son côté de la barrière...


mardi 19 mai 2015

Reprendre son souffle

Oui je sais, cela fait plus d'un mois que je ne suis plus venue écrire ici...
Depuis le début de l'année j'ai dû affronter des passages bien difficiles et inquiétants qui m'ont par moments, mise à terre.  J'ai titubé, chancelé, tenté de reprendre l'équilibre.

Je reprends mon souffle, c'est un  choix que je fais délibéré et bien réfléchi!
Néanmoins je ne serai plus jamais la même, je m'étonne parfois de voir combien j'ai changé, je m'étonne de me voir si grave
Mais je n'ai plus peur des mêmes choses, qui m'apparaissent à présent bien ténues
Je n'ai plus les mêmes désirs, je n'aurai plus les mêmes combats
Ce soir, j'ai simplement faim. Faim de l'essentiel, faim de partages vrais, de mots authentiques.

Je voudrais aussi réapprendre à rire de bon coeur, à danser librement, sans crainte de tomber et tant pis si je titube encore, j'aurai, j'en suis sûre, les gestes et les pas de la danse du coeur

Et pour dire comme le poète Guillevic

Il fait beau
il y a comme un air de liberté
on n'est pas obligé d'être heureux
mais on peut

lundi 13 avril 2015

trois mois... cela suffit...

Trois mois très chahutés pendant lesquels j'ai perdu clavier et crayon
pendant lesquels j'ai perdu jusqu'à l'envie de reprendre le clavier, ou le crayon!
Trois d'éclipse quasi totale de soleil, d' humeur printanière, rien il n'y avait rien à écrire, sinon des humeurs sombres, des découragements
La vie ne m'a pas épargnée depuis quelque temps
Mais me voilà debout, chancelante encore, mais debout!

Je n'ai pas beaucoup eu le courage ni surtout le temps de vous lire
Je ne sais donc pas vraiment comment vous allez

Alors, pour reprendre un peu contact, si le coeur vous en dit, donnez-moi de vos nouvelles en quelques mots (plus, c'est possible aussi, pour les bavards!)

Cela me ferait vachement plaisir

Je saurai que vous êtes simplement contents de me revoir...

Coumarine

photo Coumarine

lundi 23 mars 2015

J'ai cherché mon crayon

J'ai cherché mon crayon
pendant de longs jours d'inquiétude, je l'ai cherché
de la cave au grenier, j'ai mis tout sens dessus dessous!
Rien. pas de crayon, ni rien qui lui ressemble,
pas de main non plus pour le tenir vaillamment!

C'est malin un crayon
quand il a de bonnes raisons de se cacher.
Alors j'ai creusé dans le jardin , 
là dans ce coin secret qui s'est mis à remuer...

Je pense qu'il est là, mais il est devenu si timide
après ces mois d'hiver et d'inquiétude...
Juste un peu de patience encore...

mercredi 18 mars 2015

Back to home

Le mari va mieux/stop/il rentre à la maison vendredi stop/devra bien sûr retourner en clinique mais en ambulant pour des séances de kiné/stop

Voilà! le plus gros de la maladie est derrière lui ! (derrière moi aussi forcément... ce ne fut pas facile)
S'en sortir d'un syndrome de Guillain-Barré en presque deux mois, c'est plutôt rare! et même très rare!Il n'aura sans doute aucune séquelle..
On a de la chance...
Mais lui a eu une volonté incroyable pour affronter les séances de kiné afin de remettre en route tous ses muscles/nerfs, du plus petit au plus important!

C'est vraiment le printemps... du haut de son septième étage en clinique,  il n'en a rien vu encore: il est temps qu'il respire la nature qui renaît

Merci la vie!

mercredi 11 mars 2015

un crocus blanc ou mauve

Et si le bourgeon disait NON?
Non à la vie qui le presse
qui l'oppresse?
La Nature saura-t-elle
au plus profond d'elle-même
que la vie est la plus forte
quelles que soient les erreurs
quels que soient les chagrins?

La joie est une énergie
qui ne peut partir que de son centre
même si elle est nourrie par d'autres
au hasard des rencontres.

Mais si on la tient à distance
on restera à l'écart,
et de la joie
et de l'énergie qu'elle véhicule

Et quand par moments, on craint
que la vie ne capitule...
alors regarder intensément un crocus blanc
Et si cela ne suffit pas,
s'attarder sur un crocus mauve et écouter...
Ils ont l'un et l'autre des secrets à nous dire.


lundi 23 février 2015

Tous les jours...

Tous les jours, à 17h, j'enfile mon manteau, parfois un petit bonnet pour tenir au chaud ma tête aux cheveux coupés courts
tous les jours je monte quelque peu ma rue, avant de tourner à droite et marcher jusqu'au bout, pour atteindre l'arrêt du bus
tous les jours je m'applique à arriver bien à temps pour ne pas le rater et devoir atteindre dans le froid, mais parfois le bus est en avance, le vilain j'avais pas prévu ça, il me faut donc attendre le suivant! C'est long d'attendre un bus que l'on a raté!
tous les jours je descends à l'arrêt "Hôpital Saint Luc" et j'ai le coeur serré. En entrant je reçois de plein fouet cette odeur si particulière des cliniques, qui sent le médicament, le désinfectant. Je n'aime pas trop cela, cette odeur s'accroche à mes vêtements, je me retiendrai de respirer pendant deux ou trois heures...
Tous les jours je vais vers les ascenseurs et j'appuie sur le 7: c'est l'étage de la rééducation
Arrivée au 7ème, je vais doucement vers la chambre où l'homme lutte pour retrouver l'usage de ses membres, je l'embrasse et je constate combien la lutte est dure et le laisse sans forces.
Tous les jours je me heurterai à son lit, à la table, au fauteuil de rééducation: la chambre est étroite, vraiment très étroite, et ma vision monoculaire n'arrange pas les choses, j'ai plein de bleus sur les jambes et les bras
Il a pas mal de visites, donc je n'aurai pas trop l'occasion d'échanger avec lui sur ce qu'il vit de bon et de douloureux... et c'est dommage, bien sûr. Aussi bien lui que moi, nous vivons des choses riches, de celles qui nous laissent plein de gratitude
Tous les jours, je l'aide pour le repas du soir, patiemment, bouchée après bouchée, gorgée après gorgée
Parfois un des enfants a pu se libérer et c'est lui ou elle qui remplit cette tâche, avec patience, avec amour
Tous les jours, nous échangeons quelques mots, quelques sourires, quelques baisers
Et puis, comme tous les jours, je repars dans l'autre sens... c'est le soir, il fait noir...

mardi 17 février 2015

l'étape de la revalidation

alors voilà!
il y a une bonne nouvelle, une nouvelle qui agrandit notre coeur et notre espérance
Le malade a semble-t-il fini sa descente, son corps ne se dégradera pas plus!

Cela veut dire qu'il va demain changer d'étage, quitter la neurologie pour rejoindre la médecine physique; demain il va monter au 7ème étage!
L'étage de la revalidation!
Il rejoint l'étage du courage, de la persévérance, des exercices douloureux encore et encore
Là on l'on grince des dents, où l'on mord sur ses lèvres, où l'on va au delà de ses possibilités. Parce que il n'y a pas le choix, c'est comme ça.

Là, il retrouvera sa mobilité, sa sensibilité. Comme un enfant, il réapprendra à marcher, à manger,à faire tous les gestes de la vie ordinaire
Là il pourra réapprendra à vivre. Nous avions oublié comme c'est simple de vivre, comme c'est simple d'appuyer sur un bouton, de se déplacer d'un cm pour fuir les plis malvenus du drap
Cela prendra du temps, beaucoup de temps, je ne sais pas combien de temps cela prendra...
mais il est au seuil d'un nouveau voyage, un voyage qui me remplit d'espoir
Alors il ne regardera pas le haut inaccessible de cette montagne, il fera chaque jour l'humble petit pas quotidien

Je sais qu'il y aura des hauts et des bas, mais toute la famille s'arme de courage pour l'accompagner sur cette route rocailleuse: on a cette chance de se serrer les coudes: on la savoure dans l'affection qui nous lie

Ce billet est juste pour donner des nouvelles à ceux qui me suivent
Je ne répondrai pas à vos commentaires, pardonnez-moi
Pourtant ils me sont précieux, ils rechargent mes batteries, me donnent de la force pour lutter contre mes propres problèmes de santé

Ce soir, je suis presque heureuse, j'entrevois la fin de ce tunnel dans lequel j'ai été entraînée malgré moi et où je tourbillonne dans un vent violent sans pouvoir reprendre souffle






jeudi 12 février 2015

Vers demain

Je ne souhaite pas établir ici une chronique de la maladie qui touche mon mari. Sachez que c'est dur, douloureux  et que j'encaisse le coup. Je suis fatiguée au plus profond de moi-même.
En même temps, je suis devenue particulièrement attentive aux tout tout petits bonheurs du quotidien: le ciel bleu de ce matin, qui annonce le printemps, une invitation à dîner ce soir, après avoir fait manger mon mari, une écoute attentive et bienveillante du médecin ophtalmo qui prend au sérieux mes petites questions concernant mes précieux yeux...

Une cataracte secondaire s'est développée sur mon oeil valide. Il faudra une petite intervention pour arranger ça!  C'est pas grave, vraiment pas grave, juste que en ce moment j'aurais préféré qu'on ne touche plus à cet oeil, tellement peur qu'il ne soit définitivement abîmé: alors mon combat pour le garder, à coup de médicaments qui desservent ma santé, n'aurait servi à rien!...

Mais le médecin m'a dit et répété que ce n'était pas grave... je m'installe dans cette affirmation rassurante. De toutes façons j'ai le temps de m'y préparer, ce sera pour fin mars!

Ma vie s'est réduite à un univers restreint: un espace dans une chambre de clinique, un homme complètement dépendant sur son lit, l'accueil des visiteurs, accrocher les médecins neurologues pour en savoir plus

Les enfants qui comme moi s'inquiètent, qui chacun a pris sa part de responsabilité dans ce qu'il faut gérer,  chacun selon ses disponibilités et ses compétences, selon ses qualités humaines aussi

Chacun réfléchit aussi à l'impact de la maladie sur sa vie... Je ne peux pas m'empêcher de remarquer que nous avons tous les deux chopé une maladie pas si fréquente, autoimmune et qui nous est tombé dessus soudainement, sans aucun malaise préalable pour nous y  préparer!




peinture de Françoise Collandre "Vers demain"


samedi 7 février 2015

tant qu'il y aura des arbres...

je suis pleine, remplie, envahie de sentiments divers
je passe d'espoirs en découragements, en tristesse infinie de voir mon homme toujours si actif, comme un pantin gisant sans force sur un lit d'hôpital
et puis je reprends courage parce que on a pu rencontrer qqun qui a fait un Guillain-Barré et s'en est remis complètement: c'est donc possible!

Un millimètre par jour paraît-il
c'est le temps qu'il faut pour reconstituer les nerfs atteints
Un millimètre par jour, ce n'est rien... c'est lent, très lent, très très lent
Cela prendra des semaines, des mois peut-être
sans compter la rééducation douloureuse

Et les questions qui rongent surgissent: pourquoi lui? cet homme actif, toujours prêt à rendre service
et pourquoi moi? doublement atteinte: sa maladie qui me prive de son appui nécessaire, et la désolation de voir à ce point dépendant

Pourtant déjà la gratitude nous vient pour les petits bonheurs que nous épions et que nous accueillons avec reconnaissance

Vous voulez un exemple?
- De la fenêtre de sa chambre, il voit les arbres frissonner... comme moi je les guettais il y a trois ans... ce sont de véritables cadeaux de la vie, qui nous rattachent au mouvement de la nature, de la vie!
- Hier au restaurant, emmené par un de mes frères et sa femme... j'ai mangé mon premier repas chaud depuis 15 jours: c'est peu de chose, mais c'est énorme

alors il y a les enfants... ils sont là, ils nous aiment...
que demander de plus?
Je vous le dis: on s'en sortira!


dimanche 1 février 2015

Continuer à vivre

une semaine aujourd'hui que le mari s'est écroulé sur un lit de clinique.
il ne s'est pas relevé depuis, devenu dépendant pour tout, comme un bébé.
la maladie qui s'est emparé de lui ne lui laisse pas beaucoup le choix: il en a pour quelques mois à se remettre, avec un minimum de séquelles, on peut l'espérer!

En attendant, il faut continuer à vivre!
Lui sur ce lit dont il est prisonnier et dépendant pour TOUT
Moi en essayant de m'organiser au mieux pour ne pas sombrer dans l'épuisement tant physique que émotionnel
Je m'arrange pour aller tous les soirs lui donner son léger repas du soir. Depuis deux jours il mange presque tout ce qui est sur le plateau. Puis il déclare: "j'ai bien mangé!"

Voilà ce que j'admire en lui, c'est qu'il ne plonge pas dans la plainte, il cueille le bon qu'il reçoit,  il est capable de s'informer gentiment du problème de santé de l'un de ses amis,

Moi j'ai encaissé cela comme un coup violent reçu par traîtrise et qui m'a déstabilisée, qui m'effraie aussi énormément: depuis que je suis fort affaiblie au niveau de ma santé, je me reposais sur lui pour un certain nombre de choses que je ne pouvais plus assumer. C'est terminé pour un long moment, il me faudra apprendre à gérer seule le quotidien, à reprendre la voiture pour de courts trajets, à oser m'adresser aux amis avec simplicité

Les enfants sont très présents, attentifs, affectueux. Papa a tant fait pour nous, disent-ils, c'est à nous aujourd'hui à être là pour notre papa!
Et en même temps ils sont soucieux de leur Coumaman. On se raccroche à notre tendresse

Dans cette tempête inattendue, je vois les petits éclats de bonheur, de tendresse, d'attention qui me (nous) sont offerts,
L'espérance et la gratitude seront capables de nous aider à porter cette énigme du malheur


mardi 27 janvier 2015

Messieurs Guillain et Barré

Il s'appelle le syndrome Guillain-Barré
C'est un beau nom  pour un sale petit virus qui déclenche cette maladie auto immune. Pas belle du tout cette maladie, du genre à vous affaiblir toute force musculaire, du genre à vous clouer sur le lit, à vous empêcher de porter les mains à la bouche, de lever les bras!
Elle dure longtemps cette maladie, non non pas quinze jours... un peu plus, disons quatre mois dans le meilleur des cas, six est plus réaliste
Il faudra une kiné sévère et douloureuse pour tenter de récupérer chaque cm d'autonomie

Imaginez que G.B  se soit attaqué à un homme toujours super actif, incapable de rester une minute tranquille, qui rend service à tous... qui en fait plus qu'il ne faut

Cet homme est mon mari, un roc sur lequel je me suis toujours appuyée... particulièrement ces derniers temps
Fracassé sans force sur un lit d'hôpital... je vous jure que ça fait mal à voir

La vie est parfois bien difficile, nous voilà tous les deux à devoir combattre une maladie rare et auto immune!

Voilà la raison de mon silence..
A bientôt


PS heureusement nos cinq enfants sont attentifs, aimants, tendres...
Nous nous serrons ensemble face au vent de l'adversité
Nous gardons confiance!. Lui est un battant
On sait qu'il passera des moments difficiles, nous aussi...
Mais nous savons déjà que nous vaincrons




jeudi 15 janvier 2015

sortir de la sidération...

Je  quitte petit à petit l'état de sidération dans lequel je me trouve depuis plus d'une semaine.
J'ai lu énormément sur le Net et j'ai lu le pire et le  meilleur
les "n'importe quoi" aussi d'ailleurs, l'angélisme et l'extrémisme, le rigorisme et le laxisme (ah! ces mots en isme!!)
Je veux  me faire une opinion, non pas la plus juste possible, mais la mienne
La mienne...
On n'est pas sorti de l'auberge
(Je ne croyais pas si bien dire: une opération antijihadiste à Verviers (Belgique) s'est soldée ce soir par la mort des deux présumés terroristes...à suivre)

Je voudrais vous partager ici deux réflexions qui me semblent importantes
( je vais sans doute déplaire à plus d'un... mais la liberté de penser et de s'exprimer, c'est pour tout le monde, non?)

Comme un seul homme, tous les athées de France se sont levés, soit pour ricaner sur l'absence de dieu (mais comment dieu peut-il laisser faire ça!! ah! ces croyants, particulièrement les cathos! comme ils sont cons d'imaginer même un seul instant que leur dieu s'il existe, est un dieu d'amour) soit pour proclamer haut et fort qu'il y a les religions bien sûr, cause de tout le mal, mais il ne faut pas oublier les athées, qui sont quand même majoritaires, les seuls sensés, capables de vivre sans dieu; on a tendance à les oublier dans toute cette affaire!

J'en pense quoi de ça?
J'ai quitté la religion catholique, sa pratique et tout le toutim
C'est clair!

Mais il y a en moi ce que je vais appeler une "aspiration spirituelle" qui, au fil des années et surtout depuis la maladie qui m'a touchée, s'est faite de plus en plus profonde
Je ne sais pas si Dieu existe et finalement ce n'est pas le plus important, pour moi
Mais ce que je sais c'est que nous sommes faits pour aimer: dès sa naissance, le petit humain cherche à aimer et à être aimé!

Au fond de moi, quand je fais silence, j'entends cet appel...
Aux questions que je me pose, je ne cherche aucune réponse dans le monde extérieur
Celui-là est tellement bruyant ou clinquant qu'il a éteint les mots qui font vivre et qui sont tapis au plus profond de moi

Cet appel à plus de "spiritualité" (zut alors il n'y a pas un mot moins cucul la praline?), cet appel à se reconnecter à l'essentiel en moi, en soi,  je ne l'ai lu sur aucun billet, aucun site durant cette semaine. Rien. Nada.

Pourquoi les hommes et les femmes ne sont-ils pas capables de faire cette démarche simple: descendre au profond d'eux mêmes pour entendre la voix et la voie de l'essentiel, de la vie?

*********
Un autre point que je veux vous partager
Les assassins, les meurtriers, les salops, les monstres, les extrémistes, sont peut-être AUSSI des "victimes"
Il semble qu' ils n'aient eu ni père pour les recadrer, ni mère pour leur donner la tendresse dont tout être humain a besoin comme de pain. La société n'a pas eu les mots ou l'attention dont ils auraient eu besoin pour les garder "sains"

Sans pain, nous sommes d'accord, on meurt!
Sauf si on trouve sur sa route un ou des "sauveurs" qu'il vont suivre dans un ailleurs qui leur promet q un nouveau pain qui les nourrira , leur donnera une raison de continuer à vivre, dans la violence et la haine...

Et puis la prison... ah oui! voilà un cadre idéal pour rectifier une éducation défaillante, tout le monde sait ça! Et c'est parti pour la radicalisation!

Ces jeunes dévoyés ont vécu et grandi en France (ça aurait pu être en Belgique...)
Je dis ça, je dis rien...

(à suivre sans doute)





samedi 10 janvier 2015

Julos Beaucarne Lettre ouverte.


Comme vous tous sans doute, je suis en état de sidération, ne pouvant comprendre comment ce qui est arrivé, est arrivé! 
Je vois des nuages bien sombres pour l'avenir...
Pourtant il faut continuer à vivre

Je me suis souvenue de la lettre ouverte écrite par Julos Beaucarne, la nuit de l'assassinat de sa femme.
 C'est vers ceux qui ont vécu l'indicible et l'horreur qu'il convient de se tourner et d'écouter ce qu'ils ont à dire




jeudi 8 janvier 2015

mardi 30 décembre 2014

Essaie encore


Je ne me sens pas trop capable de venir écrire ici en ces jours où les familles et les amis se réunissent dans le rire et la bonne chère, et parfois dans l'éclatement des non-dits
Incapable d'entrer dans la ronde des souhaits bisoutés échangés d'un blog à l'autre
J'attends que "ça" se passe
Les f^tes et leurs flonflons, les repas pantagruéliques,  les souhaits convenus et les bisous de bonne année... désolée, la vieille ronchon que je suis ne peut plus entrer dans cette danse artificielle...

Alors même que les avions continuent à se scratcher
les extrémistes à couper les têtes de ceux qui ont l'audace de ne pas prier Dieu comme eux
les SDF à mourir de froid sur les bancs qu'on leur refuse
les politiques à chercher comment leur parti clouera méchamment le bec à l’opposition!

L'art sauvera le monde dit-on
Mais qui le pense quand les budgets de la culture s'effritent au rythme de la crise qui n'en finit pas de criser?
Les librairies s'écroulent les unes après les autres
D'ailleurs lit-on encore? les jeunes par exemple à qui on n'aurait plus l'idée d'offrir des livres, menfin voyons, à l'ère des Ipad et autres smartphones...

Dans le secret des demeures bien protégées du froid, il y a pourtant bien des pannes de chaleur intérieure: des couples qui s'éloignent ou se déchirent dans leurs désaccords, des jeunes qui se réfugient dans leur chambre ou qui s'évadent dans la rue et dans la drogue auprès des "copains"

Bonne année les gens.... oui mais tous ceux qui ont mal d'une manière ou d'une autre? dans leur corps ou leur coeur, qui viennent de perdre quelqu'un qu'ils aimaient?
Bonne santé les gens... oui mais tous ceux qui ont à affronter pour des mois, sinon de années, un truc plus ou moins lourd auquel ils ne s'attendaient pas?

Pas facile de trouver le juste ton: ton qui semblera trop sombre pour ceux qui tiennent à faire la fête et désirent oublier pendant un moment leurs soucis et trop sucré pour tous ceux qui cachent derrière un sourire de convenance leur chagrin, leur détresse

Je ne sais pas trop comment vous dire Bonne Année!

Je vous laisse avec ces mots du poète Guillevic, qui a l'art d'aller à l’essentiel

"Tu n'as pas réussi
A faire de tous les instants de ta vie
Un miracle

Essaie encore"







samedi 13 décembre 2014

Accueillir l'indicible

Les mots se murmurent dans le silence
on dirait qu'ils sont craintifs, un peu hésitants
ils sont  tombés de la corde qui relie les étoiles
ont perdu  leur éclat en tombant sur le sol
les mots se répètent en chanson monotones
peut-être bien qu'ils se recueillent

Sont-ils donc devant l'impalpable, l'indicible, l'infini
pour se dérouler avec tant de lenteur, tant de respect peut-être?

Parfois un chant de mots se déclenche, il explose
on dirait qu'il éclate en cris de colère, en cris de souffrance.
Puis d'un seul coup, il se tait, épuisé...

Et donc le silence. Et à nouveau deux ou trois notes timides
osent recommencer l'aventure:
cris et murmures, à l'image de la vie...

Les mots, qu'ont-ils pressenti d'essentiel?
ont-ils pu aller jusqu'à la porte de leur âme?
ont-ils réussi à l'apaiser un peu?

Mais faut-il absolument un seuil à dépasser
pour atteindre cet infini auquel
le coeur aspire?
Ou faut-il simplement accepter de descendre
au plus profond de soi
pour y trouver à la fois le trésor que l'on est
et le Dieu qui l'habite?





samedi 6 décembre 2014

sur les vitres embuées


Maman cuisinait dans une cuisine surchauffée, oubliait de longs moments des casseroles d'eau sur le gaz, dans lesquelles bouillonnaient poissons, légumes divers ou macaronis qui n'en finissaient pas de glouglouter dans une eau qui devenait un peu glauque
Les odeurs s'infiltraient dans cette cuisine et immanquablement la buée à son tour venait se coller aux vitres. Le dehors était devenu invisible, j'avais beau scruter encore et encore, les vitres étaient de plus en plus opaques...et dedans je suffoquais.

J'avais quatre ans je crois...
Un jour de cuisine à grande eau bouillonnante, m'approchant de la vitre j'y ai posé le doigt. Le doigt s'est mis à tracer religieusement la première lettre de mon prénom...Oh! merveille! la lettre s'imprimait docile sur la vitre tout embuée. A côté, j'ai tracé plus grande encore, la deuxième lettre puis la troisième, un peu hésitante mais correcte...puis le prénom tout entier, puis quelques fleurettes, puis une maison dont la cheminée fumait joyeusement, puis un grand bonhomme soleil, puis...

Soudain un cri: Coumarine! que fais-tu là? Mon doigt se fige...
Mais malheureuse! j'ai fait les vitres hier matin, elles sont toutes sales maintenant...Mon doigt rentre penaud dans la poche de mon petit tablier, et je regarde la vitre, perplexe...
Pourquoi elle disait que c'était sale Maman?
Moi je ne les voyais pas sales, au contraire, mais embellies des fleurs et du soleil, et puis j'y avais tracé des lettres...mon premier mot, ma première écriture...

lundi 1 décembre 2014

Elle aimait les contacts humains...

"J'aime les contacts humains. l'intensité de mon attention réussit à tirer d'eux ce qu'ils ont de plus profond et de meilleur."Etty Hillesum

J'aime aussi les contacts. J'aime interroger, poser des questions, puis écouter les réponses.
Parfois rire  des réponses qui me sont données. Je ne m'ennuie jamais quand j'écoute les gens. C'est passionnant les gens... Et pas seulement ceux que j'aime oou que je connais bien...

J'aime recevoir en cadeau des confidences  auxquelles je ne m'attendais pas. De ce genre de confidences qu'on me fait parce qu'il semble que je suis dans une écoute attentive et bienveillante. Pas juger, juste écouter, juste être là, en silence surtout quand la confidence se fait plus douloureuse, plus grave ou plus profonde. Ou parfois étrange. Ce sont  des "cadeaux" qu'il me faut garder précieusement dans le fond de mon coeur...

Et il y a, heureusement,  beaucoup de place dans mon coeur...



Peinture Benoit Colsenet

samedi 22 novembre 2014

une séance d'hypnose

Je suis arrivée là dans une grande incertitude: pourquoi aller si loin chercher une aide pour mieux appréhender le concret de ma vie qui me fuit dans le stress et la peur depuis tous ces mois.
J'attendais beaucoup de cette rencontre. La personne que j'allais rencontrer m'avait été recommandée par l'ophtalmo qui me suit avec régularité. Elle sait combien je n'arrive pas (ou plutôt mon cerveau) à m'habituer à la vision monoculaire. 
Il parait qu'elle fait des miracles pour les gens comme moi qui sont plongés dans le stress et l'appréhension permanente.

Arrivée dans son petit bureau, elle m'interroge sur la raison de ma venue,  on prend un peu de temps pour expliquer mon problème. Puis direction fauteuil de relaxation, elle me met sur moi une couverture chaude et douce. Je suis bien, je me sens en confiance, je peux me laisser aller...

Et elle commence à parler, et ses paroles s'égrainent lentement sur un doux fond musical, qui petit à petit m’entraîne jusqu'au fond de moi, 

Peu importe que je ne suive pas scrupuleusement les mots qu'elle prononce. Je peux partir, me laisser aller, dériver,  descendre là où je touche le plus profond, où je suis en contact avec le plus fort de ma force intérieure... Je suis profondément en paix avec moi-même

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Il m'arrive de plonger de moi-même dans cet état d'hypnose quand j'éprouve le besoin de prendre quelques minutes de relaxation complète, ou que je désire retoucher la Paix en moi: simplement rester au calme, dans le silence pour contacter ce que je ne peux pas nommer autrement que la Présence, un endroit intérieur fort, mon incoscient qui ne me veut que du bien...
Mais je ne reste jamais longtemps dans cet état: car trop vite, je bouge, je me gratte, je me frotte les yeux ou la figure. je ne me donne pas le temps (peut-être le droit?) de franchir les portes et de descendre petit à petit jusqu'au plus profond de moi-même, de rester un moment dans cet état de profonde sérénité, là où je peux écouter, percevoir la voix la plus profonde en moi, celle qui SAIT.

J'ai eu besoin de cette aide attentive, pour commencer à y accéder
J'ai du chemin à faire; Mais le chemin que j'ai accompli hier était tellement fort, m'a donné une telle sérénité intérieure que je suis d'accord d'investir du temps pour la recontacter encore.





mercredi 19 novembre 2014

écrire au présent

J'ai l'impression que je transporte 25 kilos sur mon dos
plus peut-être
C'est lourd 25 kilos quand on est une faible femme... qui voit juste pas comme il faut...
mouais...

comment se fait-il que j'ai à ce point perdu les mots qui en moi, surgissaient autrefois sans même les appeler? Ils étaient là, je n'avais qu'à les cueillir!
que faire pour que "cela" revienne?
parce que je sais bien que écrire fait partie de ma vie, C'EST ma vie, et que si j'arrête ça, je suis foutue!

Le matin, pleine de bonnes intentions, je m'installe derrière mon écran, dans l'intention d'écrire
écrire quoi? je ne sais pas encore, ce qui viendra... comme j'ai toujours fait.
Mais c'était autrefois...
Maintenant,  tranquillement, insensiblement, ma souris se met à voyager de site en site et le temps que je pouvais consacrer à l'écriture ici, s'est écoulé.
Irrémédiablement!
Ce n'est rien me dis-je, ce sera pour demain. Après tout j'ai bien des choses à dire encore. Demain je m'y mettrai dès potron minet et même encore plus tôt si c'est possible, car plus je tarde, plus je perds mes moyens...
D’abord écrire, dire, raconter à la rigueur n'importe quoi, il en sortira toujours quelque chose
Si si je le sais: autrefois je faisais ça... écrire n'importe quoi, et ça devenait des billets intéressants pour lesquels on me remerciait!

Incroyable, et pourtant vrai

J'ai écrit il y a quelques jours une lettre à mon père, je pourrais écrire une lettre à ma mère... 
mais je sais que je ne le ferai pas, voilà c'est comme ça, je ne le ferai pas
Pourquoi? ben... pour ça...
ce n'est pas possible
et puis tout cela est derrière moi à présent: place au présent qu'il me faut affronter

Je pourrais écrire comme certain (je ne vise personne suivez mon regard...) sur mes amours de jeunesse. Sujet super intéressant... sauf que non, je ne pense pas le faire, ou alors pas maintenant: j'attends le miracle: celui de recouvrer une vue claire et complète. Cela arrivera dans très très longtemps...quand je serai morte et enterrée... pas très intéressant donc!

Un seul mot donc: maintenant, maintenant, maintenant, c'est maintenant qu'il me faut vivre!





à l'image du chaos qui circule en moi, cette peinture de Bram Vanvelde, grand ami Charles Juliet...
chaos oui, mais peinture merveilleuse dans laquelle couleurs et formes s'entrelacent

samedi 8 novembre 2014

Le commencement des mondes...


Je suis tombée par hasard sur la vidéo d'un bébé qui se forme dans le ventre de sa mère
Dieu sait si je connais ça, mille fois j'ai regardé ce genre de vidéo

Mais là quelque chose me retient et je reste subjuguée à regarder la vidéo jusqu'au bout
Car je SUIS tout à coup cet être en devenir qui flotte dans un univers aquatique, en toute sérénité. Sa figure est marquée pas la béatitude, il semble infiniment heureux
Bien sûr, au fil de sa croissance, il a de moins en moins de place, il se retourne même, comme la nature le lui demande dans l'approche de sa nécessaire évasion
Mais il suce son pouce, il se love dans son cocon bienfaisant. On dirait qu'il jouit doucement.

Oui je le reconnais, de voir ces images m'a émue, et surtout interpellée: j'ai donc été, moi aussi ce petit être dont au fil de minutes fabuleuses, j'ai vu grandir les petits doigts, s'étirer jambes et bras, s'ouvrir les yeux qui se sont agrandis prêts à contempler le monde... 
J'ai vécu cette période fascinante, et... je ne m'en souviens pas... C'est dingue! Neuf mois décisifs, qui ont bâti ma vie dont on revient chacun sans aucun souvenir

Et moi qui n'ai pas eu une mère très tendre, ni très présente, enfermée dans sa mauvaise humeur permanente, j'ai soudain éprouvé une grande reconnaissance pour elle: si j'en crois les images de cette vidéo, j'étais "bien" au creux de son ventre, j'étais dans la tendresse infinie, dans cette sérénité de la vie que j'ai reçue en cadeau, sans l'avoir aucunement méritée. Elle m'a portée au coeur des difficultés du monde, de son monde, avec courage, et moi là dedans, je n'avais comme unique tâche: celle de grandir dans une douce quiétude!

J'ai pensé aussi à mes bébés à moi, qui ont de cette manière grandi dans mon ventre, en toute sérénité, en toute confiance...Tour à tour ils ont  nagé dans l'eau tiède et bienfaisante de mon ventre, commençant chacun leur propre destinée. Je me souviens des coups de pieds que me donnait tel de mes enfants, des douces caresses de tel autre. Déjà là, ils sculptaient leur personnalité, chacun résolument unique!

Eux-mêmes à leur tour ont façonné de nouveaux êtres qui à leur tour feront de même!
Le circuit sans fin de cette vie étonnante...

lundi 3 novembre 2014

Lettre à mon père

mon cher Papa,

voilà presque vingt ans que tu nous as quittés. En quelques heures tu étais parti!

Tu as laissé maman seule pour affronter les dernières années de sa vie. Elle était persuadée qu'elle ne te survivrait pas: elle a vécu presque dix ans encore...
Quand je venais ainsi chez vous, semaine après semaine pour vous aider à gérer le quotidien, veiller à ce que vous ayez tout ce qu'il vous fallait, et papoter un peu de la pluie et du beau temps, je ne pensais pas vraiment qu'un jour je te perdrais, qu'un jour je vous perdrais tous les deux!
Cela me convenait en somme, j’étais encore toujours la fille de quelqu'un, votre fille. Je n'étais pas si vieille que ça puisque il y avait du monde au dessus de moi. J'étais toujours l'enfant, vous étiez les parents...
Quand tu es parti sans trop prévenir, j'ai assumé vaillamment mon rôle de fille-qui-a-encore-sa-mère, mais très vite j'ai dû la prendre en charge, veiller sur elle, la consoler de son chagrin de te perdre.
Je n'avais pas le temps ni le droit au chagrin, d'ailleurs en avais-je? De toutes façons je ne l'ai verbalisé nulle part, pas le temps, avec mes cinq enfants et ma mère devenue comme une enfant à son tour!

Je me souviens juste qu'un de mes enfants  m'a dit simplement en revenant des funérailles: maman, te voilà orpheline. J'ai  accusé le coup sans réagir: oui je suis orpheline, et alors? Qu'est-ce que cela va changer pour moi?

Cher Papa, j'ai veillé sur ta femme, comme tu me m'as demandé. Cela n'a pas été tous les jours facile. Elle a toujours été une personne difficile à vivre. Elle parlait de son chagrin, évoquait des souvenirs dans lesquels je n'avais aucune place. Elle ne s'inquiétait pas vraiment de moi, ni de savoir comment "allait" mon chagrin!

En ces jours particuliers  où l'on pense aux morts, je pense à toi cher papa
Je regrette qu'on n'ait pas pris le temps ni la peine de construire une relation tissée de confiance et d'ouverture. Tu avais certainement des choses à me dire, des souvenirs à me partager. J'aurais voulu apprendre de toi un peu de la vie, comment tu la voyais. Tu étais un homme peu bavard, mais moi, je t'interrogeais peu aussi. Je croyais que je devais rester discrète, ne pas t'embêter avec "tout ça". Quelle erreur!

Aujourd'hui,  je me tiens à mon tour au seuil de la vieillesse, aurais-tu pu croire cela?
Me reconnaîtrais-tu avec mes cheveux gris, mes rides?
Comment aurais-tu réagi à mon problème de santé? 
Aurais-tu lu mes livres, publiés bien après ta mort, aurais-tu été fière de moi, ta fille?

Ce soir j'aurais envie que tu me serres dans tes bras de papa

Ta fille, Coumarine

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