vendredi 8 juin 2018

Acouphènes


Elle a beaucoup cherché. D'ailleurs elle cherche encore...
Elle a beaucoup cherché dehors, à l'extérieur. Et elle y a trouvé bien des choses, de tout, de rien, des choses qui s'achètent, qui s'ajoutent, qui se collectent, se collectionnent, qui s'offrent aussi parfois.

De tout, il y a vraiment de tout à l'extérieur. Il n'y a qu'à choisir, à prendre ou à laisser. Il y a toujours de nouvelles choses à cueillir sur les étals du monde, du neuf, de l'inédit, du performant, du laid, de l'inutile.

Alors elle est allée de l'un à l'autre, faisant son marché dans ce multiple, ce varié, ce changeant.
Tourbillon incessant... ça passe, ça casse, ça vient, ça meurt...
Voilà c'est ça ...ça meurt: rien ne dure, ni les gens, ni les choses, ni les états d'âme, ni la jeunesse, ni l'aujourd'hui.
Demain est toujours un autre jour. Hier il y avait de quoi pleurer (ou l'inverse), il y a de quoi rire aujourd'hui (ou l'inverse). La sable est mouvant,  les nuages passent et se lassent, la vague est mourante..
Mourante, c'est le mot...
Si elle s'accroche à "dehors" elle finit par se diluer, se gommer dans le tellement multiple que tout finit par se cogner, par se nier...
Alors elle a timidement posé le pied à l'intérieur, dans le centre du centre
A commencé la descente profonde vers le plus profond d'elle-même
A eu peur de se perdre dans les méandres de ses contradictions, car il y fait noir bien souvent, les repères se perdent, les acouphènes se déclenchent puisqu'il n'y a plus d'autres bruits que ses bruits intérieurs.
Tentation de revenir vers l'extérieur pour noyer les acouphènes dans les bruits rassurants du clinquant...

Chaque matin trop souvent, elle se réveille pour s'en aller ailleurs, partir, se quitter...
Et sa maison intérieure reste vide, en manque, en attente, déracinée, transplantée de lieu en lieu, de lien en lien.
Fermer les yeux un moment. Un long moment.
Cesser de scruter le reflet qu'elle offre d'elle aux autres et dont elle attend qu'ils lui disent qui elle est : mais qu'est-ce qu'ils en savent, après tout... elle seule a la réponse, pour peu qu'elle quitte le miroir trompeur
Fermer les yeux. Un long moment
Entamer la descente. Avec les acouphènes qui se déclencheront. C'est le prix à payer pour trouver son propre trésor intérieur

A quoi sert de se procurer le multiple, si on ne trouve pas l'unique...


17 commentaires:

  1. Unique, unique...
    Tu es peut-être la multiple splendeur !
    Bises !

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    1. bises aussi Walrus... merci de ne pas me "lâcher"

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  2. C'est un beau texte, fort, et qui porte beaucoup d'interrogations...Ta maison intérieure est riche et multiple, et c'est sans doute ce qui fait ton unicité.
    Ce sentiment diffus mais prégnant que rien ne dure, ce sentiment d'absurdité de toute chose, qui fait que l'on procrastine parce que...à quoi bon ?
    Ralentir, oui, se poser, ne plus attendre rien des autres, et puis repartir, comme la vague à l'assaut de la grève, parce que...oui on a besoin des autres quand même, sur cette planète étrange où rien ne va, et à quoi pourtant, quelque chose nous raccroche imperceptiblement, la force de vie. Les acouphènes ne sont rien moins que la respiration du temps dans nos oreilles. Seuls les êtres sensibles les perçoivent avec acuité.
    Et je sais que tu es un être sensible.
    ♥︎

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    1. merci Célestine pour ton long commentaire..
      Je n'avais pas perçu à quel point ce billet était passablement négatif
      Ça ira mieux demain;-)

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    2. Je ne vois rien de négatif dans mon commentaire, à l'égard de ton texte. mais au contraire, une admiration pour la démarche d'introspection qui le sous-tend, tu sais combien j'y suis attachée...
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    3. merci d'admirer ma démarche d'introspection...
      mais j'ai été influencée car d'autres l'ont trouvée négative...
      en privé s'entend!

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  3. Les réponses aux questions que nous nous posons se trouvent à l'intérieur de nous.Mais il nous faut aussi parfois l'oreille , l'écoute d'un autre. Très beau texte.

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    1. merci Charlotte amie fidèle, d'être venue jusqu'ici mettre un mot de commentaire

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  4. Je pense sincèrement que nous avons tout en nous pour réaliser le mieux possible notre vie. Nos possibilités intérieures sont grandes. Malheureusement notre mental nous empêche bien souvent d'y accéder. On raisonne, on soupèse, on compare, on trie, on s'impose des règles alors qu'il suffit de vivre tout simplement. Vivre non pas en luttant mais en acceptant ce qui vient. Cela procède d'un long travail sur soi. Et le meilleur travail sur soi commence par l'observation de ses comportements.

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    1. merci Daniel pour tes mots pleins de sagesse!
      Ce matin, je suis restée un long moment à observer l'arbre en face de ma fenêtre à frémir doucement au gré d'une brise très douce... c'est fou comme cela apaise...

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  5. Un bien beau texte qui parle en profondeur. Plonger à l'intérieur oui mais y rester pas facile pourtant le trésor que je nomme présence est toujours là bien en place. Y retourner le plus souvent possible instant par instant. La vraie transformation se passe à ce niveau. Je ne sais pas où je suis sur ce chemin mais je continue tout comme toi... maty

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    1. merci maty pour tes mots encourageants...
      j'ai douté durant ces derniers jours à propos de ce billet
      ce chemin dont tu parles, je le continue et parfois comme ce matin (voir ma réponse à Daniel)il s'apaise dans l'observation tranquille des feuilles qui doucement bougent
      Je "touche" alors quelque chose qui agrandit mon âme, quelque chose de plus grand que moi, cette présence dont tu parles

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  6. Quel texte magnifique et si émouvant... je suis sûre que ta maison intérieure tu trouves la force...

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  7. Texte admirable, Coumarine. J'ai adoré du début à la fin, d'une telle profondeur ! aucune négativité, mais une quête qui je comprends si bien.

    Merci du fond du coeur pour ces mots qui me touchent tant.

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    1. une quête que je comprends si bien !
      pardon !

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  8. Un très beau texte. J'espère que tu vas trouver ce que tu cherches, et sans en payer aussi cher le prix. J'ai une amie qui avait des acouphènes, et elle qui est si douce et gentille en devenait hargneuse et agressive. Mais heureusement elle a pu en guérir, au moins à 90%. Je te le souhaite également.

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