dimanche 16 décembre 2018

Mon pire cadeau de Noel

Du temps où j'étais mère de famille nombreuse, rapide et efficace, je portais toutes sortes de casquettes. Entre autres celle de cuisinière et ce n'était pas une mince affaire!
Nous étions nombreux à table au minimum 7, parfois plus au gré des allers et venues des amis des enfants, toujours les bienvenus!
A Noel, ce jour là, il y a longtemps, mon mari, attentif à me faciliter au maximum le travail de la bonne cuisinière, m'offrit un cadeau assez volumineux. Dans un superbe papier cadeau qui augurait un cadeau magnifique! Oh! qu'il était beau ce papier cadeau!
Devant la famille réunie et attentive, je dégageai le contenu de son papier, prête à m'émerveiller, à m'extasier avec de petits cris de joie!

Bon, ce ne fut pas vraiment ça...
Devant mes yeux ébahis, je découvrais une.....
... une toute nouvelle friteuse...  pour faire de bonnes frites hein ma chérie, oh oui hein maman!! des frites, des bonnes frites croquantes...

Ce fut surtout le côté mâle de la famille qui se réjouissait des super bonnes frites que j'allais leur servir! Mes filles étaient plus réticentes: elles sentaient que quelque chose clochait dans ce merveilleux cadeau, sans bien encore le définir...

Le cher mari, par ailleurs un excellent homme croyez-le, ne s'est pas rendu compte que mon enthousiasme était calme, très calme...

Par après j'ai mis tranquillement les points sur les I, et lui ai suggéré des cadeaux "inutiles" mais qui me feraient vraiment plaisir, qui seraient pour moi de vrai cadeaux.... des LIVRES
... et je lui donnais même des idées et des titres....


lundi 10 décembre 2018

chercher ses mots!


Tout a commencé dans le meilleur des mondes.

Là où il y a des lignes droites, celles qui partent vers l'infini. Ou alors qui s'enfoncent vers nulle part. Tout le monde s'y engage. Mais si on sait où ça commence, on ne sait pas où ça finit. 

Il y a aussi les lignes courbes, qui soudain changent de décision, sans avertir. On ne sait jamais à quoi s'en tenir. On est secoué, on titube, on tombe les uns sur les autres. On se relève, on secoue ses vêtements, on balbutie une excuse, pardon pardon je l'ai pas fait exprès. Mais on sait bien qu’on n’en pense pas moins, que personne n’est dupe. Faut-il du courage pour foncer comme ça?

Et puis il y a les lignes folles qui se donnent le droit de se moquer de tout, de partir en se balançant des principes: droite, gauche, devant, derrière, de tout ça, elles s'en foutent, l'essentiel est d'arriver au plus vite dans le pays de l’ailleurs, là on peut exister pour soi-même...

Il me faut trouver les mots, et les mots sont trop souvent rangés dans des endroits inaccessibles...





vendredi 7 décembre 2018

Fin de l'histoire

J'ai eu l'occasion de parler avec mes deux frères au sujet de "l'histoire suisse", racontée dans les billets précédents: deux conversations riches en confiance mutuelle, ce fut que du bonheur!
Ils ont été comme moi, tous les deux interloqués par cette histoire qu'ils connaissaient sans la connaître vraiment, sans un percevoir l'impact sur notre mère et son influence sur son caractère

Nous avons pu nous comprendre après nous être écoutés en profondeur
Et en même temps, nous avons ri et plaisanté: et ce rire qui venait de loin a complètement assaini l'atmosphère

J'en sors plus libre intérieurement ! *
Je pourrai reprendre l'écriture qui s'était bloquée en moi depuis le 11 novembre, date où chacun de notre côté, nous avons visionné ce documentaire sur les enfants belges accueillis par des familles suisses

Envie de dire et de redire: PARLEZ avec vos enfants, même au tout petits, expliquez leur les choses quand vous les quittez un moment. Il vaut mieux quelques larmes de tristesse au moment du départ, que de partir en cachette sans rien leur dire, provoquant des flux et reflux d'angoisse quand ils se rendent compte que vous les avez "abandonnés. Bien sûr on fait ça pour leur bien, mais c'est une erreur magistrale que Dolto pourtant, est venue corriger!

Je parle sans doute ici à des gens qui savent cet élémentaire, mais de mon temps, c'est ce qu'on faisait, pour éviter les larmes trop dures à accepter avant tout pour les parents!

*à propos de la liberté intérieure
son contraire est l'aliénation à autrui, à soi-même, à son histoire, à ses entraves

dimanche 25 novembre 2018

les enfants en Suisse 3

Je n'avais pas prévu d'aller aujourd'hui déjà, jusqu'au bout de mon histoire
Mais une certaine urgence m'y conduit, malgré moi...

Ma grand mère qui a confié ses enfants si jeunes à deux familles suisses n'a pas eu une vie heureuse/ mon livre "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" est un dialogue avec elle, que j'ai imaginé sur base de certains faits réels.

Cette grand mère est morte à 42 ans, d'une maladie mystérieuse que j'ai pensé être un cancer des os: alitée, elle ne pouvait plus marcher.

C'est ma mère à peine adolescente, qui s'est occupée d'elle pendant ses années de maladie (combien? je ne sais!).  Et c'est elle aussi qui lui a tenu la main le soir où elle est morte: elle n'avait que 16 ans!

Je récapitule: partie en Suisse alors qu'elle avait 4 ans, rentrée 6 ans plus tard le coeur déchiré, dans sa  vraie famille qu'il lui a fallu réapprendre à connaitre, puis quelques années pour s'intégrer (la langue, le Néerlandais  qu'elle ne connaissait pas, l'école bien plus sévère qu'en Suisse, un père autoritaire qui ne lui donnait aucune permission de liberté etc). Ensuite très vite ses années de garde malade auprès d'une mère gravement malade.
Quand elle est morte, son père s'est remarié avec une femme bien plus jeune.  Le bonheur était censé revenir dans cette famille sauf que....
Il n'a pas attendu pour se remarier, six mois seulement après la mort de sa première femme!

Ma mère et son frère ont été OBLIGES d'appeler cette femme inconnue "Maman": c'est quasi la seule confidence que ma mère m'ait faite, elle ne supportait pas d'appeler sa belle mère de cette façon!
Son père, très autoritaire ne lui a pas laissé le temps de faire son deuil. Elle en a énormément souffert! Je suppose qu'elle s'arrangeait pour n'avoir pas à prononcer ce mot de Maman!

Depuis que j'ai appris l'épisode de la Suisse, je me sens très bouleversée, mon corps aussi a encaissé cette nouvelle de manière "bouleversée". Mais une immense compassion a fait place dans mon coeur pour cette mère que j'ai si peu aimée! et qui m'a si mal aimée aussi, il faut le dire!
Oui j'ai rempli mon devoir de fille surtout dans les dernières années de sa vie, mais nous n'avons jamais eu de moments de partages tendres et confiants, comme je peux en avoir avec mes filles aujourd’hui.

Et c'est si dommage....

A leur tour mes parents ont décidé de se séparer de moi, j'avais 4 ans: je souffrais d'asthme et le médecin pensait que le grand air me ferait le plus grand bien. Je n'ai aucun souvenir de cette période de séparation et ne sais si j'en ai spécialement souffert: dans mon livre je dis que oui, parce que c'est ce qui semble le plus évident (encore une fois pas encore Dolto, donc aucune explication qui aurait pu me faire comprendre, et accepter cette situation!
Ce que je remarque, c'est qu'il y a dans mes gênes une "séparation" programmée d'avec mes proches, spécialement d'avec ma mère. Pas étonnant que j'ai toujours besoin d'être rassurée au sujet de l'amour de ceux que j'aime...

Dans ce domaine-là j'ai dû apprendre la résilience et ne plus me situer en mendiante d'amour
Petit à petit j'y arrive, peut-être même que j'y suis arrivée... mais quel chemin...!


samedi 24 novembre 2018

Pauvre petits enfants belges (2)

Maman ne m'a rien raconté de cet accueil en Suisse. Ce que j'en sais c'est par ma belle soeur: quand elle lui rendait visite, parfois ma mère racontait des bribes de son enfance... jamais à moi!
Mais il faut dire que jamais je n'ai eu la curiosité de l'interroger. Dans sa maison de repos j'étais prise par les choses à faire: les lessives, la nourriture... Aujourd'hui je le regrette! Oui! je le regrette fort!

Autour de la commémoration du centenaire de la fin de la grande guerre, il y a eu abondance de documentaires: un a particulièrement attiré mon attention. Il s'agissait précisément de cet accueil d'environ 2000 enfants belges par des familles suisses, prêtes à "faire quelque chose pour ces pauvres petits enfants belges"!

Ma mère et son frère (deux ans plus âgés) ont été confiés librement par leurs parents pour qu'ils puissent vivre une enfance protégée de la guerre dans ce pays qui avait gardé sa neutralité! Librement mais sans doute douloureusement: qu'ont ressenti ces parents quand ils ont mis dans des trains bondés leurs petits enfants (4 et 6 ans) qui ne s'étaient jamais séparés d'eux? Enfants qui sont partis avec une barre de chocolat pour tenter de consoler les pleurs. La foule, le bruit, les bousculades...Je n'ose l'imaginer! (ma fille aînée à qui j'en parlais ce midi, m'a affirmé qu'elle serait partie avec eux!)

Or maman a été heureuse et libre dans cette famille suisse qui l'a accueillie avec tendresse. C'est donc avec un nouveau déchirement au coeur qu'elle est rentrée en Belgique auprès de ses parents qu'elle ne connaissait plus vraiment! Son frère aussi accueilli dans une autre famille dans un village tout proche, s'est paraît-il accroché aux barrières pour ne pas devoir suivre la Croix Rouge qui venait les chercher! Et les mères d'accueil qui pleuraient de se séparer de ces enfants auxquels en 6 ans elles s'étaient attachés!
Que de souffrances pour ces "pauvres petits enfants belges" et pour les familles autour d'eux!

(à suivre)

vendredi 23 novembre 2018

Pauvre petite fille belge!

Ce que je vais vous raconter remonte à loin, cela remonte à la première guerre mondiale.
Maman habitait dans une ville très concernée par les bombardements: Ypres fut ainsi une ville martyre, complètement démolie (puis reconstruite une fois la guerre terminée!)
La Reine Elisabeth de Belgique avait le souci des enfants de son pays, qui risquaient d'être traumatisés ou plus encore par la situation dramatique de la ville
C'est ainsi qu'avec deux de ses amies, elle contacta des familles suisses qui se dirent prêtes à accueillir "ces pauvres petits enfants belges", comme on les nommait, paraît-il!
1500 (au moins) "pauvres petits enfants belges" furent séparés de leurs parents et partirent en accueil dans les familles suisses. Bien sûr à cette époque Dolto n'était pas encore passée pour dire aux gens qui fallait parler, expliquer les choses...
Simplement pour éviter les trop grands débordements, les cris et les larmes, les enfants furent "consolés" avec des bonbons, devenus rares en cette période.

Maman avait quatre ans au début de la guerre, elle est donc partie avec ses bonbons pour l'inconnu suisse.
Et quatre ans plus tard, rebelote elle fut arrachée à sa famille suisse pour retrouver ses parents!

Ma mère ne m'a jamais parlé de cet épisode de sa vie. Il est vrai que je ne l'ai pas interrogée non plus. Je savais sans savoir, et surtout sans accorder de l'importance à cet épisode. Par contre elle en a parlé à ma belle sœur, un jour que celle-ci plus curieuse que moi l'interrogeait, disant qu'elle avait été très heureuse dans sa famille suisse, qu'elle les aimait beaucoup! Et que ces quatre années de son enfance ont été les plus heureuses de sa vie!

(à suivre)





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