vendredi 8 décembre 2017

un ventre parfait

Tiens toi droite! Et rentre ton ventre! Serre les fesses! Tu te tiens mal, très mal, et bossue avec ça..

J'entends encore ces injonctions. Elle n'était jamais contente. Pour rien. Pour tout.
Moi je faisais de mon mieux: je serrais les fesses, rentrais le ventre, je me tenais droite, crispée comme un arbre mort
Je croyais faire de mon mieux, être plus belle comme ça, plus séduisante, surtout quand je rencontrais les autres: il me fallait être au mieux de ma féminité, càd de ma taille fine
Puis sont venus les enfants, un à un, de gros enfants!
et le ventre s'est gonflé, les hanches se sont épaissies, les seins se sont remplis
Trop! Au secours!
Alors... gymnastique, exercices divers et variés, de ceux qui donnent des courbatures pendant trois jours au moins
Tiens toi droite! C'est quoi ce gros ventre? Cet affreux gros ventre, ce ventre plein d'intestins et d'organes qui m'encombrent? Ce ventre plein de nourriture?
Exercices au sol, debout, assise, encore et encore et encore, pour effacer ce foutu gros ventre
Et ça marchait, enfin plus ou moins: on m'admirait, on me demandait comment je faisais pour garder ce ventre plat de mannequin anorexique!
Jusqu'à l'heure du grand chambardement! Une maladie auto immune et les médicaments qui vont avec. 
Effets secondaires: un ventre qui gonfle, et cette fois, c'est foutu, rien à faire!

Alors je l'ai regardé avec compassion, mon "centre de vie". Mon deuxième cerveau. Je l'ai apprivoisé. J'ai commencé à l'aimer je l'ai laissé vivre sa vie...
Mon ventre... Là où j'ai porté quatre beaux bébés. Un ventre magnifique...
Un ventre- coussin pour accueillir les larmes et le sommeil de mes enfants petits. Et même pour accueillir l'amour de l'Homme
Alors, ce ventre, je l'ai laissé être lui-même, Je ne l'ai plus rentré coûte que coûte: il est bien là où il est! Il est bien comme il est!
C'est un ventre d'amour

lundi 4 décembre 2017

La marquise sortit à cinq heures

La marquise sortit à cinq heures, sans dire à personne où elle se rendait. Même pas à son petit chien bichon qu'elle enferma dans sa chambre, en lui recommandant de rester sage, de ne surtout pas aboyer pour ne pas trahir son absence: elle l'avait installé sur son coussin et n'était partie que quand elle l'avait vu endormi.
La marquise n'avait pas l’âme tranquille. Elle avait hésité longtemps avant de sortir, pesant le pour et le contre et finalement le pour avait triomphé, c'est donc pour ça qu'elle partit à cinq heures, comme une voleuse, il faut bien le dire.
La marquise sortit à cinq heures habillée de sa plus belle robe, la bleue, celle qu'elle aimait particulièrement quand elle voulait être à son avantage. La marquise voulait ce soir être belle. La plus belle!
La marquise marcha d'un pas vif et déterminé, qui savait ce qu'il voulait (le pas!). Elle s'empêchait de regarder à droite et à gauche pour voir si personne ne l'avait vue et la suivait. Elle s'efforçait de rester naturelle, de n'éveiller aucun soupçon.
La marquise en robe bleue, chignon serré, avait le coeur qui battait la chamade. Personne n'aurait pu deviner qu'elle avait peur, très peur. D'ailleurs son coeur allait exploser si cela continuait ainsi!

J'ai le regret de vous annoncer que la marquise est morte peu après cinq heures, emportée par une crise cardiaque fulgurante. Elle s'est affaissée sur le trottoir pas loin de chez elle. Personne ne savait où elle se rendait, et personne ne le saura jamais!
Dans sa chambre, on trouva un petit bichon mort d'avoir hurlé pendant des heures.


sur la consigne du lundi de Lakévio

mercredi 22 novembre 2017

Goncourt et Renaudot

Je ne me souviens pas m'être jamais précipitée pour lire les prix littéraires... le Goncourt, le Renaudot par ex.
Mais cette année, ce sera sans doute différent!
Mon frère, grand lecteur m'a dit le plus grand bien du livre de Eric Vuillard, prix Goncourt. Il m'a dit ne pas l’avoir lâché avant de l'avoir terminé. Il est vrai qu'il est relativement court (160 pages) et c'est rare pour un Goncourt
Dans L'Ordre du jour, Éric Vuillard décrypte la mécanique politique, les petites lâchetés et les compromissions ayant conduit à la montée en puissance du pouvoir nazi et au succès du projet mortifère de l'Anschluss hitlérienne. 160 pages durant, l'écrivain et réalisateur, né en mai 1968 à Lyon, tente de démontrer combien le «triomphe» de la Wehrmacht aurait été moindre sans le concours de «marchandages, de vulgaires combinaisons d'intérêts» des milieux d'affaires allemands. Le Figaro culture

Le Renaudot, je l'ai devant les yeux, non pas acheté, mais emprunté à la bib de mon quartier: La disparition de Josef Mengelé écrit par Olivier Guez

Mon mari qui cependant n'est pas un grand lecteur l'a dévoré: je l'ai vu tourner les pages à la vitesse de son intérêt pour ce roman. 
Je l'ai commencé, j'en suis à la page 48 et...je dois m'accrocher!
A chaque page, il y a une nomenclature de noms allemands, tous plus compliqués les uns que les autres. Comment retenir tout ça?

Je continuerai pourtant ma lecture, le mari persiste à dire que c'est un livre passionnant!


C'est curieux comme l'Allemagne nazie inspire encore tant d'auteurs relativement jeunes, qui n'ont cependant pas vécu la guerre et ses épisodes si douloureux

Olivier Guez semble obsédé par le sort des juifs pendant la guerre: je me suis dit que, peut-être, il avait des origines juives qui pouvaient expliquer son intérêt: au point d'avoir écrit deux livres sur ce sujet. Je n'ai vu nulle part une info à ce sujet...

L'écriture de ce bouquin lui a pris 4 ans! il est extraordinairement bien documenté. J'ai lu quelque part qu'il rêvait la nuit de son personnage... Menguelé... oups!

C'est parfois le cas des auteurs qui entrent à fond dans leur histoire


vendredi 17 novembre 2017

Le présent, c'est mieux peut-être, mais peut-être pas!

Mon ami est un excellent photographe
Mais il a une idée fixe: il tente inlassablement de photographier la fuite du temps et l'effet qu'elle produit sur les gens: nostalgie du passé, de la jeunesse surtout, ou alors, à l'inverse, soulagement et fierté de voir ce que l'on est devenu! Ou encore lassitude devant le train train dans lequel on est entré peut-être malgré soi...
Pour capter la fuite du temps, il utilise toujours le même procédé: une personne devant un miroir, contemple son reflet du temps où il/elle était jeune, plein d'avenir et de promesses. Bon c'est évidemment un procédé de photographe dont il a le secret, mais qu'il réussit bien.

Confrontation entre le passé et le présent! Entre celui/celle que l'on était autrefois, quand rien n'était encore écrit définitivement, quand tout était possible, et celui/celle qui se tient devant le miroir.
Quel est le ressenti du personnage qui se voit confronté ainsi à son image d'autrefois?
Quel est le ressenti du visiteur de sa galerie devant ces doubles portraits?
Tout est possible! Et chaque photo remet le spectateur devant ce dilemme: le passé? ou le présent? C'était mieux autrefois? ou aujourd'hui?

En fonction des rêves que l'on faisait, est-on heureux de ce que l'on a réalisé? de ce que l'on est devenu? Si on pouvait remonter le temps et revenir à l'époque du miroir, mènerait-on sa vie de la même façon? Recommencerait-on les mêmes erreurs? Ferait-on les mêmes choix? Les mêmes non-choix?

Allez visiter son site, c'est étonnant comme chaque photo évoque cette question existentielle: aurait-il mieux valu savoir notre chemin de vie, pour éviter nos erreurs, nos tâtonnements...  ou cheminer à l'aveugle, sans savoir ce que l'avenir nous réserve?

texte écrit pour le site d'écriture http://kaleidoplumes.forumactif.org/, à partir de cette photo de Tom Hussey



lundi 13 novembre 2017

Sur la consigne de Lakévio


- Non, je ne te suivrai pas à la campagne, la solitude et le silence, merci bien..., et la boue quand il pleut, et la neige en hiver.. et le froid insupportable...
-.....
- Non, n'insiste pas, je n’emménagerai jamais dans une maison trop rose de contes pour enfants.
Il me faut du béton, des pavés gris et pleins d'âme, une circulation à devenir fou, le bruit rassurant des autos qui klaxonnent sans cesse. Je veux garder ma liberté de marcheuse à pied ou, quand il le faut, plonger dans les profondeurs du métro même s'il sent l'urine dans les coins. Je veux profiter de la proximité des gens, me serrer contre eux dans les queues devant la poste ou le cinéma, j'aime les gens simples et travailleurs, leur odeur lourde d'après le travail, leur transpiration, leur haleine de tabac...
M'enfermer dans cette maison de poupée, non, il n'en est pas question!
Pas envie de devoir tous les soirs  arroser les plantes et les fleurs, j'ai d'autres choses à faire...

- Mais ma chère, tu n'as pas le choix! tu es obligée de me suivre, parce que, comme tu vois, je suis en train de t'attacher pour t'emmener de force... cela ne sert à rien de te défendre, tu es ma prisonnière, à la disposition de mes envies et besoins pressants, tu fais si bien l'amour! Non!... arrête de te défendre, tu ne m'échapperas pas, tu as la force d'un moineau rachitique....
Calme toi, reste tranquille, tu verras tout ira bien: regarde toutes ces fleurs, elles ne sont pas belles? Nous serons très heureux là-bas tous les deux...


Je ne voulais pas faire une description "tout le monde il est beau" de cet endroit idyllique;-)))
Merci Lakévio!

jeudi 9 novembre 2017

quelques minutes à pied...

A la radio ce matin, j'entends cette info:'

Au Nicaragua, (je n'ai pas entendu où exactement) cet enseignant doit faire deux heures de route tous les jours pour se rendre à son travail et en revenir!
Tous les jours: une heure aller, une heure retour...
Il pourrait sans doute faire un autre travail, peut-être, c'est pas sûr, mais peut-être que oui!
Il fait donc celui là, jour après jour: enseigner aux jeunes, leur apprendre des matières mais surtout à devenir des adultes
Et moi je dis "chapeau!"
Moi qui rechigne à faire dix minutes à pied pour acheter vite fait ce que j'ai oublié d'acheter lors de mes courses hebdomadaires...

Quand je ferme la radio pour venir écrire ici, je me dis que j'ai de quoi réfléchir...

lundi 6 novembre 2017

sur une consigne de Lakévio

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." (emprunt à Simone, jeune fille rangée.)

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il" (emprunt à Jean-Paul, celui qui écrit sur le mur.)

"Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail.
J'ai vécu une enfance rangée -ô combien!- entre des parents conventionnels, conformes, intello, catho et pour tout dire, un peu chiants. Je ne pouvais pas sortir, inviter des amis à la maison, ni surtout aller chez eux, quand par extraordinaire j'étais invitée. Ma seule distraction déjà à cette époque, était de rêver devant la fenêtre, et d'observer mes voisins. Mes parents croyaient que je lisais, que je ne faisais que ça lire, et ils s'en réjouissaient. Car ils étaient tous les deux professeurs à la HELP (Haute Ecole de Littérature et de Philosophie) de la ville et ils s'étaient mis dans la tête que leur fille serait elle aussi une intellectuelle hautement rangée. Rangée et douée. Ils ne me laissaient guère le choix de mes lectures, il me fallait ingurgiter du solide, de la réflexion pure, et surtout pas les petits romans à l'eau de rose dont les filles de ma classe raffolaient!

Dans cet univers un peu trop simple, un peu trop guindé, en tout cas sans distraction pour une fille de mon âge, surprendre mes voisins, était devenu mon activité préférée! Je m'efforçais de les espionner par la large baie vitrée. Quand le soir tombait, et que les lumières du soir s'allumaient, je pouvais les voir aussi nettement qu'ils me voyaient, s'il leur prenait la fantaisie de regarder de mon côté! Mais à vrai dire, le seul qui m'intéressait c'était LUI! En chemise de nuit légère et transparente,  je me tenais attentive, j'espérais qu'il me verrait, me ferait signe, me saluerait! Parfois même je faisais semblant de me déshabiller, l'air de rien, l'air de ne pas y toucher! Mais un jour, ma mère entra dans ma chambre alors que j'étais en tenue d’Ève devant la fenêtre, les yeux levés vers les étoiles que je faisais semblant d'étudier... Elle se fâcha tout rouge, appela mon père en furie, ils me sermonnèrent, me reprochant de perdre de vue mon objectif de future philosophe.
Elle cousit dès lors de lourdes tentures opaques, des tentures qui devaient faire de moi une jeune fille rangée, avec interdiction absolue de les ouvrir, sous peine de sanctions, de punitions dont parait-il je me souviendrais! Vous me croirez ou pas, mais j'ai respecté scrupuleusement cet interdit, jusqu'au jour où IL m'a attendue en bas de mon immeuble: il s'inquiétait pour moi, ne me voyant plus jamais, dans cette tenue particulière qu'il affectionnait...tant!

Il était séduisant, oui mais il faut reconnaître qu'il faisait très jeune. Finalement trop jeune pour éveiller mon désir. J'étais déçue... J'avais tellement espéré voir un homme, un vrai! Je voyais un adolescent avec un visage plutôt poupin, en tous cas imberbe. Devant mes réticences pour me plonger avec lui dans un baiser passionné, il me déclara un jour avec force et conviction:

" T'as raison chérie... Je vais laisser pousser ma moustache "




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