samedi 13 décembre 2014

Accueillir l'indicible

Les mots se murmurent dans le silence
on dirait qu'ils sont craintifs, un peu hésitants
ils sont  tombés de la corde qui relie les étoiles
ont perdu  leur éclat en tombant sur le sol
les mots se répètent en chanson monotones
peut-être bien qu'ils se recueillent

Sont-ils donc devant l'impalpable, l'indicible, l'infini
pour se dérouler avec tant de lenteur, tant de respect peut-être?

Parfois un chant de mots se déclenche, il explose
on dirait qu'il éclate en cris de colère, en cris de souffrance.
Puis d'un seul coup, il se tait, épuisé...

Et donc le silence. Et à nouveau deux ou trois notes timides
osent recommencer l'aventure:
cris et murmures, à l'image de la vie...

Les mots, qu'ont-ils pressenti d'essentiel?
ont-ils pu aller jusqu'à la porte de leur âme?
ont-ils réussi à l'apaiser un peu?

Mais faut-il absolument un seuil à dépasser
pour atteindre cet infini auquel
le coeur aspire?
Ou faut-il simplement accepter de descendre
au plus profond de soi
pour y trouver à la fois le trésor que l'on est
et le Dieu qui l'habite?





samedi 6 décembre 2014

sur les vitres embuées


Maman cuisinait dans une cuisine surchauffée, oubliait de longs moments des casseroles d'eau sur le gaz, dans lesquelles bouillonnaient poissons, légumes divers ou macaronis qui n'en finissaient pas de glouglouter dans une eau qui devenait un peu glauque
Les odeurs s'infiltraient dans cette cuisine et immanquablement la buée à son tour venait se coller aux vitres. Le dehors était devenu invisible, j'avais beau scruter encore et encore, les vitres étaient de plus en plus opaques...et dedans je suffoquais.

J'avais quatre ans je crois...
Un jour de cuisine à grande eau bouillonnante, m'approchant de la vitre j'y ai posé le doigt. Le doigt s'est mis à tracer religieusement la première lettre de mon prénom...Oh! merveille! la lettre s'imprimait docile sur la vitre tout embuée. A côté, j'ai tracé plus grande encore, la deuxième lettre puis la troisième, un peu hésitante mais correcte...puis le prénom tout entier, puis quelques fleurettes, puis une maison dont la cheminée fumait joyeusement, puis un grand bonhomme soleil, puis...

Soudain un cri: Coumarine! que fais-tu là? Mon doigt se fige...
Mais malheureuse! j'ai fait les vitres hier matin, elles sont toutes sales maintenant...Mon doigt rentre penaud dans la poche de mon petit tablier, et je regarde la vitre, perplexe...
Pourquoi elle disait que c'était sale Maman?
Moi je ne les voyais pas sales, au contraire, mais embellies des fleurs et du soleil, et puis j'y avais tracé des lettres...mon premier mot, ma première écriture...

lundi 1 décembre 2014

Elle aimait les contacts humains...

"J'aime les contacts humains. l'intensité de mon attention réussit à tirer d'eux ce qu'ils ont de plus profond et de meilleur."Etty Hillesum

J'aime aussi les contacts. J'aime interroger, poser des questions, puis écouter les réponses.
Parfois rire  des réponses qui me sont données. Je ne m'ennuie jamais quand j'écoute les gens. C'est passionnant les gens... Et pas seulement ceux que j'aime oou que je connais bien...

J'aime recevoir en cadeau des confidences  auxquelles je ne m'attendais pas. De ce genre de confidences qu'on me fait parce qu'il semble que je suis dans une écoute attentive et bienveillante. Pas juger, juste écouter, juste être là, en silence surtout quand la confidence se fait plus douloureuse, plus grave ou plus profonde. Ou parfois étrange. Ce sont  des "cadeaux" qu'il me faut garder précieusement dans le fond de mon coeur...

Et il y a, heureusement,  beaucoup de place dans mon coeur...



Peinture Benoit Colsenet

samedi 22 novembre 2014

une séance d'hypnose

Je suis arrivée là dans une grande incertitude: pourquoi aller si loin chercher une aide pour mieux appréhender le concret de ma vie qui me fuit dans le stress et la peur depuis tous ces mois.
J'attendais beaucoup de cette rencontre. La personne que j'allais rencontrer m'avait été recommandée par l'ophtalmo qui me suit avec régularité. Elle sait combien je n'arrive pas (ou plutôt mon cerveau) à m'habituer à la vision monoculaire. 
Il parait qu'elle fait des miracles pour les gens comme moi qui sont plongés dans le stress et l'appréhension permanente.

Arrivée dans son petit bureau, elle m'interroge sur la raison de ma venue,  on prend un peu de temps pour expliquer mon problème. Puis direction fauteuil de relaxation, elle me met sur moi une couverture chaude et douce. Je suis bien, je me sens en confiance, je peux me laisser aller...

Et elle commence à parler, et ses paroles s'égrainent lentement sur un doux fond musical, qui petit à petit m’entraîne jusqu'au fond de moi, 

Peu importe que je ne suive pas scrupuleusement les mots qu'elle prononce. Je peux partir, me laisser aller, dériver,  descendre là où je touche le plus profond, où je suis en contact avec le plus fort de ma force intérieure... Je suis profondément en paix avec moi-même

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Il m'arrive de plonger de moi-même dans cet état d'hypnose quand j'éprouve le besoin de prendre quelques minutes de relaxation complète, ou que je désire retoucher la Paix en moi: simplement rester au calme, dans le silence pour contacter ce que je ne peux pas nommer autrement que la Présence, un endroit intérieur fort, mon incoscient qui ne me veut que du bien...
Mais je ne reste jamais longtemps dans cet état: car trop vite, je bouge, je me gratte, je me frotte les yeux ou la figure. je ne me donne pas le temps (peut-être le droit?) de franchir les portes et de descendre petit à petit jusqu'au plus profond de moi-même, de rester un moment dans cet état de profonde sérénité, là où je peux écouter, percevoir la voix la plus profonde en moi, celle qui SAIT.

J'ai eu besoin de cette aide attentive, pour commencer à y accéder
J'ai du chemin à faire; Mais le chemin que j'ai accompli hier était tellement fort, m'a donné une telle sérénité intérieure que je suis d'accord d'investir du temps pour la recontacter encore.





mercredi 19 novembre 2014

écrire au présent

J'ai l'impression que je transporte 25 kilos sur mon dos
plus peut-être
C'est lourd 25 kilos quand on est une faible femme... qui voit juste pas comme il faut...
mouais...

comment se fait-il que j'ai à ce point perdu les mots qui en moi, surgissaient autrefois sans même les appeler? Ils étaient là, je n'avais qu'à les cueillir!
que faire pour que "cela" revienne?
parce que je sais bien que écrire fait partie de ma vie, C'EST ma vie, et que si j'arrête ça, je suis foutue!

Le matin, pleine de bonnes intentions, je m'installe derrière mon écran, dans l'intention d'écrire
écrire quoi? je ne sais pas encore, ce qui viendra... comme j'ai toujours fait.
Mais c'était autrefois...
Maintenant,  tranquillement, insensiblement, ma souris se met à voyager de site en site et le temps que je pouvais consacrer à l'écriture ici, s'est écoulé.
Irrémédiablement!
Ce n'est rien me dis-je, ce sera pour demain. Après tout j'ai bien des choses à dire encore. Demain je m'y mettrai dès potron minet et même encore plus tôt si c'est possible, car plus je tarde, plus je perds mes moyens...
D’abord écrire, dire, raconter à la rigueur n'importe quoi, il en sortira toujours quelque chose
Si si je le sais: autrefois je faisais ça... écrire n'importe quoi, et ça devenait des billets intéressants pour lesquels on me remerciait!

Incroyable, et pourtant vrai

J'ai écrit il y a quelques jours une lettre à mon père, je pourrais écrire une lettre à ma mère... 
mais je sais que je ne le ferai pas, voilà c'est comme ça, je ne le ferai pas
Pourquoi? ben... pour ça...
ce n'est pas possible
et puis tout cela est derrière moi à présent: place au présent qu'il me faut affronter

Je pourrais écrire comme certain (je ne vise personne suivez mon regard...) sur mes amours de jeunesse. Sujet super intéressant... sauf que non, je ne pense pas le faire, ou alors pas maintenant: j'attends le miracle: celui de recouvrer une vue claire et complète. Cela arrivera dans très très longtemps...quand je serai morte et enterrée... pas très intéressant donc!

Un seul mot donc: maintenant, maintenant, maintenant, c'est maintenant qu'il me faut vivre!





à l'image du chaos qui circule en moi, cette peinture de Bram Vanvelde, grand ami Charles Juliet...
chaos oui, mais peinture merveilleuse dans laquelle couleurs et formes s'entrelacent

samedi 8 novembre 2014

Le commencement des mondes...


Je suis tombée par hasard sur la vidéo d'un bébé qui se forme dans le ventre de sa mère
Dieu sait si je connais ça, mille fois j'ai regardé ce genre de vidéo

Mais là quelque chose me retient et je reste subjuguée à regarder la vidéo jusqu'au bout
Car je SUIS tout à coup cet être en devenir qui flotte dans un univers aquatique, en toute sérénité. Sa figure est marquée pas la béatitude, il semble infiniment heureux
Bien sûr, au fil de sa croissance, il a de moins en moins de place, il se retourne même, comme la nature le lui demande dans l'approche de sa nécessaire évasion
Mais il suce son pouce, il se love dans son cocon bienfaisant. On dirait qu'il jouit doucement.

Oui je le reconnais, de voir ces images m'a émue, et surtout interpellée: j'ai donc été, moi aussi ce petit être dont au fil de minutes fabuleuses, j'ai vu grandir les petits doigts, s'étirer jambes et bras, s'ouvrir les yeux qui se sont agrandis prêts à contempler le monde... 
J'ai vécu cette période fascinante, et... je ne m'en souviens pas... C'est dingue! Neuf mois décisifs, qui ont bâti ma vie dont on revient chacun sans aucun souvenir

Et moi qui n'ai pas eu une mère très tendre, ni très présente, enfermée dans sa mauvaise humeur permanente, j'ai soudain éprouvé une grande reconnaissance pour elle: si j'en crois les images de cette vidéo, j'étais "bien" au creux de son ventre, j'étais dans la tendresse infinie, dans cette sérénité de la vie que j'ai reçue en cadeau, sans l'avoir aucunement méritée. Elle m'a portée au coeur des difficultés du monde, de son monde, avec courage, et moi là dedans, je n'avais comme unique tâche: celle de grandir dans une douce quiétude!

J'ai pensé aussi à mes bébés à moi, qui ont de cette manière grandi dans mon ventre, en toute sérénité, en toute confiance...Tour à tour ils ont  nagé dans l'eau tiède et bienfaisante de mon ventre, commençant chacun leur propre destinée. Je me souviens des coups de pieds que me donnait tel de mes enfants, des douces caresses de tel autre. Déjà là, ils sculptaient leur personnalité, chacun résolument unique!

Eux-mêmes à leur tour ont façonné de nouveaux êtres qui à leur tour feront de même!
Le circuit sans fin de cette vie étonnante...

lundi 3 novembre 2014

Lettre à mon père

mon cher Papa,

voilà presque vingt ans que tu nous as quittés. En quelques heures tu étais parti!

Tu as laissé maman seule pour affronter les dernières années de sa vie. Elle était persuadée qu'elle ne te survivrait pas: elle a vécu presque dix ans encore...
Quand je venais ainsi chez vous, semaine après semaine pour vous aider à gérer le quotidien, veiller à ce que vous ayez tout ce qu'il vous fallait, et papoter un peu de la pluie et du beau temps, je ne pensais pas vraiment qu'un jour je te perdrais, qu'un jour je vous perdrais tous les deux!
Cela me convenait en somme, j’étais encore toujours la fille de quelqu'un, votre fille. Je n'étais pas si vieille que ça puisque il y avait du monde au dessus de moi. J'étais toujours l'enfant, vous étiez les parents...
Quand tu es parti sans trop prévenir, j'ai assumé vaillamment mon rôle de fille-qui-a-encore-sa-mère, mais très vite j'ai dû la prendre en charge, veiller sur elle, la consoler de son chagrin de te perdre.
Je n'avais pas le temps ni le droit au chagrin, d'ailleurs en avais-je? De toutes façons je ne l'ai verbalisé nulle part, pas le temps, avec mes cinq enfants et ma mère devenue comme une enfant à son tour!

Je me souviens juste qu'un de mes enfants  m'a dit simplement en revenant des funérailles: maman, te voilà orpheline. J'ai  accusé le coup sans réagir: oui je suis orpheline, et alors? Qu'est-ce que cela va changer pour moi?

Cher Papa, j'ai veillé sur ta femme, comme tu me m'as demandé. Cela n'a pas été tous les jours facile. Elle a toujours été une personne difficile à vivre. Elle parlait de son chagrin, évoquait des souvenirs dans lesquels je n'avais aucune place. Elle ne s'inquiétait pas vraiment de moi, ni de savoir comment "allait" mon chagrin!

En ces jours particuliers  où l'on pense aux morts, je pense à toi cher papa
Je regrette qu'on n'ait pas pris le temps ni la peine de construire une relation tissée de confiance et d'ouverture. Tu avais certainement des choses à me dire, des souvenirs à me partager. J'aurais voulu apprendre de toi un peu de la vie, comment tu la voyais. Tu étais un homme peu bavard, mais moi, je t'interrogeais peu aussi. Je croyais que je devais rester discrète, ne pas t'embêter avec "tout ça". Quelle erreur!

Aujourd'hui,  je me tiens à mon tour au seuil de la vieillesse, aurais-tu pu croire cela?
Me reconnaîtrais-tu avec mes cheveux gris, mes rides?
Comment aurais-tu réagi à mon problème de santé? 
Aurais-tu lu mes livres, publiés bien après ta mort, aurais-tu été fière de moi, ta fille?

Ce soir j'aurais envie que tu me serres dans tes bras de papa

Ta fille, Coumarine

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