mercredi 10 février 2016

penser à la vie, penser à la mort

Prendre conscience que l'on vieillit...
Je n'ai plus la même souplesse, la même endurance. Ma fougue et mon ardeur sont désormais surtout intérieures. Quand je bondis de joie, mes pieds ne suivent plus avec le même enthousiasme. Il faudrait que je travaille mes muscles tous les jours, abîmés qu'ils sont par les corticoïdes.
Tous les jours donc ma petite séance de renforcement des muscles. Je n'aime pas ça, mais je me force. Pas envie de devenir une petite vieille racrapotée sur elle-même (il est pas beau, ce petit mot belge? Il faut le dire lentement, le faire rouler dans la bouche pour en comprendre toute la saveur:
SE RACRAPOTER = se recroqueviller

Avec mon mari on se disait tout à l'heure que le temps nous était désormais compté. C'est pas qu'on est archi vieux, mais on vieillit tout doucement, le corps fait des siennes, et comme il nous a lâchés tous les deux par la maladie, il pourrait très bien nous lâcher un de ces jours par la mort. Comme ça, sans crier gare!

D'ailleurs je pense à la mort chaque jour, et c'est loin d'être morbide. C'est une sorte de détachement tranquille, qui me mène à la nécessité de ne plus le perdre, ce fameux temps.

Vivre, en sachant bien qu'on n'est pas éternels...
Pour cette raison j'ai réintroduit dans ma vie une certaine discipline personnelle
Un temps pour le corps
Un temps pour l'esprit
Un temps pour l'âme

C'st simple, c'est évident. Mais pas si simple de s'y tenir au jour le jour!


 Juste pour le plaisir, une peinture de Léon Spilliaert que j'aime beaucoup




dimanche 7 février 2016

Mon amie Etty

Il y a à mon chevet, quelques livres essentiels. Le soir j'en prends un au hasard, je l'ouvre et je me laisse nourrir par la page qui s'est ouverte devant mes yeux

Je vous ai dit déjà que le Journal de Etty Hillesum était un de ces livres essentiels, un livre de vie. "Une vie bouleversée", c'est le titre de ce Journal
Voilà une jeune femme intensément vivante, très moderne, qui a cherché durant sa courte vie son profond chemin intérieur, son chemin d'authenticité. Qui, dans l'infinie détresse du monde secoué par la guerre, est restée une femme debout, une femme aimante, envers et contre tout. Une femme amoureuse aussi!
Juive, elle a vécu les affres que connaissaient les juifs de l'époque. Pour finir par mourir gazée à Auschwitz en 1943
Je l'admire énormément pour son courage, qui la faisait penser aux autres avant elle-même. Je l'admire pour son amour inconditionnel de la vie, même au milieu des difficultés quotidiennes qu'elle a vécu au quotidien durant cette guerre

Créer au dedans de soi, une grande et vaste plaine, débarrassée des broussailles sournoises qui vous bouchent la vue

Voilà le genre de paroles qui me font vivre, en  élargissant mon horizon si souvent bouché par les soucis et autres broussailles


vendredi 5 février 2016

C'est ici ma maison en somme....

Une blogueuse que j'aime beaucoup m'a hier demandé quand je revenais ici, me disant que c'était ici ma vraie maison...
Sa demande m'a secouée quelque peu;
J'ai réalisé qu'elle avait raison; c'est bien ici ma maison, ma vraie maison!
Mon autre blog, celui où je m'astreins tous les jours à écrire selon la consigne des Réels de Raymond Queneau, est une petite maison de vacances, où j'ai pris l'habitude d'écrire un peu n'importe quoi.
C'est amusant... un temps seulement... il est temps à présent de rentrer dans ma maison que j'ai construite patiemment depuis presque 12 ans. Je ne veux plus fuir en cherchant mon insaisissable besoin d'écrire.

Donc me revoilà! J'espère bien sûr vous revoir, vous tous chers lecteurs/lectrices qui m'avez accompagnée dans les moments sombres et joyeux de ma vie de blogueuse

J'ai cru pendant tous ces mois que les mots m'étaient devenus interdits pour toujours, coincés qu'ils étaient dans une gangue de peur.
Aujourd'hui je décide de croire que tout est encore possible pour moi, que mon désir d'écrire, si puissant, forcera mes prisons

Je ne sais pas ce qui m'attend, si vous serez au RV. Si je serai présente à MON rendez-vous. Ce soir, j'ai juste envie de renouer avec cette fièvre de l'écriture qui me saisit devant chaque page encore blanche...
Pendant tous ces mois de silence, j'ai eu tant de fois l'impulsion de venir ici écrire. Pour crier mes coups de gueule, mais aussi mes gratitudes, mes bonheurs petits et grands

La vie est une force puissante et tant que je ne suis pas morte... eh bien... je suis vivante!




mercredi 30 décembre 2015

Je n'oublierai pas...

Je n'oublierai pas le chant de mes années lointaines, celui qui rejoint le chant douloureux, rauque, lancinant de toutes les femmes du monde, serrées dans leur gangue, muselées dans leur révolte, souffletées, mutilées, ignorées... et aussi celles qui sont figées dans leur béatitude de prêt à porter

Je n'oublierai pas davantage le chant profond, grave et pourtant joyeux, qui toujours en moi cherche obstinément ses racines et les sillons où serpente la source vive. Ce chant premier des espérances qui resurgit sans fin comme un miracle, là où les pierres, les branches cassées se sont pourtant accumulées... Ce chant stupéfiant, inattendu, qui funambule inlassablement au travers des ciels lunaires, ceux-là seuls qui sont capables d'entendre l'essentiel.

Je me le dis: les pousses nouvelles jailliront au printemps, c'est-à-dire très bientôt, c'est-à-dire demain!

jeudi 24 décembre 2015

Le vol d'une mouette

Non, je ne vous dirai pas de "joyeux Noel"... tellement de gens en ce moment vivent des choses difficiles, dans les pleurs, dans la faim, dans la fuite, dans la peur, dans l'injustice
Si Joyeux Noel concerne les dindes farcies, les fois gras les guirlandes en toc, je n'en veux pas, C'est faire injure à tous ces gens que j'évoque plus haut

Je vous souhaite de VRAIS moments en famille, de ceux où l'on peut parler et s'écouter, de ceux où l'on s'intéresse à l'autre, jusque dans le fond de son coeur, comme on a besoin
Et les rires qui jailliront sans doute ne seront pas des rires gras, des rires superficiels, des rires jaunes, des rires pour cacher les larmes... mais des rires du coeur qui nous feront nous serrer très fort dans les bras!

Je vous laisse avec ce conseil merveilleux que nous donne Etty Hillesum, mon Maître en humanité

"Je vais de temps en temps rendre visite aux mouettes, dont les évolutions dans les grands ciels nuageux suggèrent l'existence de lois, des lois éternelles d'un ordre différent de celles que nous produisons, nous autres hommes"

Retrouver notre être intérieur dont nous avons trop souvent oublié la grandeur et la force. Il faut parfois en effet observer le vol d'une mouette, ou alors l'arbre décharné de notre jardin, qui pourtant vibre au gré du vent qui l'appelle à la vie




vendredi 27 novembre 2015

Changement de cap

Devant le bâtiment des Cliniques universitaires, où je me suis rendue deux fois cette semaine, stationne un camion militaire, Avec bien sûr des militaires lourdement armés, selon la formule consacrée. Ils guettent impassibles, surveillent l'éventuel fauteur de trouble. Une seule entrée pour cet énorme bâtiment, les autres sont verrouillées. Nous sommes en alerte 4 (3 maintenant)
On passe la porte, et là on subit tous une fouille rudimentaire: ça va, pouvez y aller! Un merci, un vague sourire...
Finalement tout cela est relativement bon enfant!

Nous habitants de ce petit pays dont les disputes principales se réduisent à des mésententes et revendications linguistiques, nous devrons apprendre à vivre avec cette menace, ce danger potentiel, lattant.

Nous n'avons pas été habitués, comme bien d'autres pays à côtoyer cette méfiance, cette prudence inquiète, dans les rues, dans les bâtiments, les ambassades, mes musées etc
Nous avons vécu un bon 50 ans dans une Europe tranquille, joyeuse, consommatrice à outrance.
Les bombes et attentats, c'était toujours ailleurs, là-bas, loin au Moyen Orient, en Afrique, dans le Nord principalement. Ça se passait toujours ailleurs, les morts dans les rues...
Derrière l'écran de nos télés, on regardait tout cela atterrés, mais très vite rassurés que ce n'était pas chez nous!

J'ai l'impression que les choses sont en train de changer: le temps de l'insouciance est terminé. Il faudra tenir compte de tous les extrémismes qui de plus en plus explosent en nos contrées.

Et il n'y a pas que cela.
Il faudra aussi apprendre à vivre avec des gens qui viennent d'ailleurs, qui ont fui les atrocités de leur pays, il faudra vivre avec eux avec bienveillance, leur faire une vraie place, les accueillir dans nos écoles. Ce ne sera pas facile, ils ont une autre culture, religion, façon de voir les choses que nous. Et pourtant il faudra....pas d'autre choix, que cela plaise ou non... et pour beaucoup, ça déplaît...

Je pense à nos parents et grands-parents qui ont traversé la guerre et s'en sont sortis forts et droits malgré les horreurs qu'ils ont vécus. Ils ont reconstruit, et pas si mal que ça!

Pour nous donc, le défi est de taille. Je souhaite de tout mon coeur que nous puissions le relever avec toute l'humanité dont nous serons capables

Et parce que la menace fera partie de nos vies, nous pourrons nous recontacter avec nos valeurs essentielles.
Et nous pourrons rire et faire la fête de bon coeur, et nous serrer dans les bras en n'oubliant pas de nous dire : JE T'AIME


Edouard Boubat

samedi 21 novembre 2015

Des gens qui veulent vivre en paix, comme vous, comme moi

J'ai comme nombre d'entre vous la tête pleine des images et réactions provoquées par les événements dramatiques de la semaine dernière
Ces événements se sont développés de façon exponentielle  dans mon pays, et surtout dans ma ville, complètement paralysée aujourd'hui...
J'ai vu sur les réseaux sociaux des accusations de laxisme du gouvernement belge sur la façon dont il a, depuis des années traité le problème des jeunes en voie de radicalisation. Une commune de Bruxelles est désormais célèbre dans le monde entier, rien que ça!

Vous avez raison, dans Molenbeek, il y a effectivement des problèmes et pas des moindres. Il y a, oui, des jeunes radicalisés qui n’attendent que ça et le préparent d'ailleurs: se lancer dans des faits extrémistes qui leur donneront un semblant d’existence. Ils sont devenus dangereux, il faut bien le reconnaître: ils sèment la mort et les pleurs autour d'aux. Et la peur aussi bien sûr!

Mais il y a AUSSI tout un petit peuple coloré, blanc, jaune, brun, basané, voilé, multi et pluri culturel qui lutte pour vivre décemment, élever ses enfants au mieux. Ces gens sont pour beaucoup à la limite de la pauvreté. Comment s'en sort-on quand on doit calculer au franc près, toutes ses dépenses, tous les jours de l'année?
C'est un peuple qui aime faire la fête, lui aussi, les fêtes populaires y sont nombreuses,. Là comme ailleurs, on adore les marchés et les brocantes.
Il y a des familles, des enfants qui aiment leurs parents. Et des parents qui aiment leurs enfants, et qui tremblent parfois, impuissants,  pour les plus grands qu'ils voient partir en Syrie...
A côté de ces jeunes radicalisés et dangereux, la plupart des gens sont des gens ordinaires, comme vous, comme moi, avec leurs défauts, leurs qualités... leur désir de vivre, leur désir de vivre en paix.

Et cela m'a fait mal de voir les bruxellois stigmatisés comme ils le sont, dans les médias de partout.
Comme si le peuple de Molenbeek  était le seul coupable de toutes ces atrocités.



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