vendredi 24 septembre 2010

Je suis restée comme une idiote

            
Je lui parlais il m'écoutait, attentif et pourtant absent, réfugié dans son monde intérieur, comme si j'étais une inconnue dont il devait se défendre.
Je lui souriais non pas pour le séduire, mais pour le rassurer, pour l'amener sur le chemin où je me trouvais et d'où je lui parlais.
Mes efforts étaient vains, je le voyais, je ne parvenais pas à le rejoindre, c'est terrible comme impression.  Pourtant il souriait calmement, oserais-je dire froidement, car ce sourire n'était pas de connivence, c'était un sourire de distance.
C'est bien ça, il me maintenait à distance. Sans un mot, sans un geste. Je me demandais même s'il respirait. Il s'était comme retiré tout au fond de ses yeux.
Puis soudain alors que je parlais encore, il s'est levé en bousculant sa chaise qui est tombée dans un fracas assourdissant.
Les gens dans le café ont suspendu leurs conversations, l'ont regardé un peu interloqués. Il n'a pas bronché et sans relever la chaise tombée, est parti sans un mot, a franchi la porte, s'est fondu dans la rue. Loin.
Moi je suis restée comme une idiote, plantée dans mon sourire avorté, immobile, infiniment triste de ce rendez-vous raté.
J'avais convié cet homme pour la conversation de la dernière chance, celle où l'on se parlerait, enfin. Celle où, même sans parler, on se regarderait avec un vrai sourire, un sourire qui regarde dans les yeux, un sourire qui comprend, un sourire qui aime.
.
Je me suis réveillée avec des larmes. Ce n'était qu'un rêve et un rêve n'est qu'un rêve...
Et pourtant...
cet homme qui était là, absent tout en étant présent, c'était mon père,  mort depuis quinze ans déjà

                                                                Benoit Colsenet  

Un petite précision: ceci est un texte littéraire, pas un texte autobiographique

vous savez que je me laisse écrire, j'aime ça et les mots qui s'écrivent m'étonnent moi-même...  ;-))                                                                            

21 commentaires:

  1. Beaucoup d'émotion en te lisant, Coumarine. J'ai frissonné en lisant tes mots.
    Tu racontes bien, Coumarine. C'est comme si j'avais été à tes côtés, comme si j'avais été toi, comme si je ressentais cette souffrance en même temps que toi. Le père, en plus, tu parles bien que cela me parle à moi aussi...
    Bonne soirée et douce nuit à toi, Coumarine.
    Je t'embrasse.

    RépondreSupprimer
  2. Les rêves sont toujours issus de la réalité, les mots qui s'écrivent tout seul sont bien plus vrais que ceux que l'on peine à aligner. Coum, au moins il te souriait au début.

    RépondreSupprimer
  3. ce rêve éveillé est très fort très vrai ! je voulais vous demandez : quel est votre point d'appui au moment de vous jetez dans l'écriture. Je dis cela car je pense à l'expérience du jeu d'acteur qui demande aussi de se relier à son inconscient. mais en tant qu'acteur on a de nombreux appuis, des aides, des passerelles : le corps, les sensations, le jeu avec les autres, les indications du metteur en scène... on se met dans un certain état : on se chauffe physiquement et émotionnellement. Faites-vous quelque chose de particulier avant d'écrire. Votre corps est-il en action ? ces questions sont peut-être trop indiscrètes. Je ne me vexerai pas si vous n'y répondez pas. Merci.

    RépondreSupprimer
  4. Résonnances, coup au ventre.
    j'ai imprimé au sens propre, au sens physique, au sens psychologique, au sens spirituel ( peut-être).

    RépondreSupprimer
  5. @Françoise, je ne sais que te dire, je lis simplement que tu es touchée par mes mots,moi aussi en les écrivant

    @mab... oui le rêve et la réalité se confondent...

    @Carole... voilà une question intéressante. TRES. Je la traiterai en billet au début de la semaine prochaine (mon prochain billet)Je t'ai répondu aussi sur l'autre billet où tu as mis un commentaire...

    RépondreSupprimer
  6. @nicole... cela ne m'étonne pas que ce billet entre en résonance avec certains lecteurs....
    Pour toi apparemment il s'imprime en toi à tous points de vue... ;-)
    Bonne journée

    RépondreSupprimer
  7. Est-ce que le père de ton rêve ne symbolise pas d'autres membres de ta famille qui n'ont pas compris ton livre autobiographique et avec qui tu voudrais aborder le sujet? Je me trompe peut-être mais c'est comme cela que j'ai compris directement ton texte. De façon générale, la non-communication pourrit malheureusement de nombreuses familles et beaucoup de personnes meurent sans avoir vraiment parlé (pas juste parler de la pluie et du beau temps) à leurs proches. Bon week-end Coumarine.

    RépondreSupprimer
  8. Je suis touché par ce texte, Coumarine, au ressenti « infiniment triste » tellement bien exprimé...

    RépondreSupprimer
  9. Pour moi aussi, beaucoup d'émotion en lisant ce texte tellement bien écrit !
    Belle fin de semaine, Coumarine !

    RépondreSupprimer
  10. Oh Coumarine!!!

    Que dire après ça? On frissonne et on SAIT.

    RépondreSupprimer
  11. Quand on fait parler les morts,( ici un père mort) dans un rêve éveillé (qui se traduit ici en écriture) ou dans le sommeil, on peut en apprendre beaucoup sur soi même.

    RépondreSupprimer
  12. Littéraire ou pas, autobiographique ou pas, ce texte m'a fascinée.. Il m'a piégée comme un moucheron dans une toile d'araignée. Sans pouvoir m'en libérer. Peut-être parce que ce rêve m'est presque familier...

    RépondreSupprimer
  13. @Petit Belge... ceci n'est pas un rêve vrai!
    Ceci n'est qu'un texte écrit comme ça, en quelques minutes
    Il parle juste de communication qui passe pas bien en effet, et tout le monde peut vivre ça...
    Bon dimanche à toi!

    @Pierre, Naline, Edmée, Berthoise, Célestine... merci!
    Vous savez quand on écrit et qu'on aime ça, on est heureux quand les textes entrent en résonance avec les lecteurs...

    @Charlotte... je laisse au soin des spécialistes le soin d'interpréter les rêves... d'autant plus que ceci n'est pas un vrai rêve, mais un texte que j'ai écrit...comme ça!

    RépondreSupprimer
  14. Il y a aussi des rêves éveillés, le tien est puissant .... Amitiés.

    RépondreSupprimer
  15. @Ariaga... toi la spécialiste des rêves, tu aurais peut-être une clé?

    RépondreSupprimer
  16. Merci Coumarine, de nous faire partager ce texte. Je le trouve beau, il suscite l'émotion, mais aussi la réflexion, il se lit "bien" (dans le sens qu'on entre tout de suite dans l'histoire pour ne plus la lâcher, même pour un texte court, ce n'est pas évident).
    Bref, bravo, et merci :)

    RépondreSupprimer
  17. @sel... disons que le texte court, c'est un peu ma "spécialité"!;-))
    merci et bonne journée!

    RépondreSupprimer
  18. très prenant ce texte! Gazou

    RépondreSupprimer
  19. à moi aussi, il m'a fait de l'effet, au point que je l'aurai autobiographique. tu fais bien de le préciser.

    beaucoup d'homme, sous prétexte de divorces, son trop lâches pour avoir ensuite de vraie conversations, avec leurs enfants. Comme c'est dommage. Et on se retrouve devant un étranger, devant lequel plus aucun des deux n'ose parler.
    c'est pour ça qu'il sonne si juste.
    mais moi, quand j'ai besoin de parler avec quelqu'un qui a du mal à écouter, car ça le dérange, je lui écris. C'est d'une efficacité redoutable. On peut s'enfuir devant quelqu'un qu'on n'ose pas écouter, par pudeur, ou par peur. On ne s'enfuit jamais devant une lettre que l'on lit.

    RépondreSupprimer

un petit mot à dire?