samedi 13 octobre 2018

On répond à la question SVP


Qui es-tu ? lui serine sans cesse cette voix, comme un grelot têtu.  Elle se dit qu’elle répondra plus tard à cette question trop pointue pour être innocente,  trop directe pour se contenter d’un regard dispersé, trop vaste pour se dissimuler dans une petite poche incognito, perdue entre un mouchoir et un bout de papier inutile.

Qui es-tu ? lui siffle le vent en écho à la petite voix, quand elle marche tête baissée, têtue et obstinée avec des soupirs plein la gorge, c’est pas possible qu’elle n’ait pas encore pu répondre à cette question qui fait toute la différence, il faudra bien qu’elle l’affronte un jour!

Qui es-tu ? Elle veut se taire encore, elle met sa main en bâillon sur la bouche, mais c’est trop tard, les mots sortent un à un en saccades indociles. Je suis. Je pense donc je suis, non quelqu’un d’autre avant elle, a dit ça déjà. Elle pense donc justement elle n’est pas, ou pas assez, ou pas tout à fait, elle passe trop de temps dans sa tête, et pas assez dans son cœur et son corps, là où tangue la vie, justement elle n’aime pas quand ça tangue, ça lui donne des nausées. Et de plus, puisqu’elle pense trop, elle a trop peu de temps pour vivre.



Picasso

lundi 1 octobre 2018

des acouphènes, parfois

Elle a beaucoup cherché. D'ailleurs elle cherche encore...

Elle a beaucoup cherché dehors, à l'extérieur. Et elle y a trouvé bien des choses, de tout, de rien, des choses qui s'achètent, qui s'ajoutent, qui se collectent, se collectionnent, qui s'offrent aussi parfois.

De tout, il y a vraiment de tout à l'extérieur. Il n'y a qu'à choisir, à prendre ou à laisser. Il y a toujours de nouvelles choses à cueillir sur les étals du monde, du neuf, de l'inédit, du performant, du laid, de l'inutile.

Alors elle est allée de l'un à l'autre, faisant son marché dans ce multiple, ce varié, ce changeant.
Tourbillon incessant...ça passe, ça casse, ça vient, ça meurt...
Voilà c'est ça ...ça meurt: rien ne dure, ni les gens, ni les choses, ni les états d'âme, ni la jeunesse, ni l'aujourd'hui.
Demain est toujours un autre jour. Hier il y avait de quoi pleurer (ou l'inverse), il y a de quoi rire aujourd'hui (ou l'inverse). La sable est mouvant,  les nuages passent et se lassent, la vague est mourante ...
Mourante, c'est le mot...
Si elle s'accroche à "dehors" elle finit par s'évanouir, se gommer dans le tellement multiple que tout finit par se cogner, par se nier...

Alors elle a timidement posé le pied à l'intérieur, dans le centre du centre
A commencé la descente profonde vers le plus profond d'elle-même
A eu peur de se perdre dans les méandres de ses contradictions, car il y fait noir bien souvent, les repères se perdent, les acouphènes se déclenchent puisqu'il n'y a plus d'autres bruits que ses bruits intérieurs

Tentation de revenir vers l'extérieur pour noyer les acouphènes dans les bruits rassurants du clinquant...

Chaque matin trop souvent, elle se réveille pour s'en aller ailleurs, partir, se quitter...
Et sa maison intérieure reste vide, en manque, en attente, déracinée, transplantée de lieu en lieu, de lien en lien.

Fermer les yeux un moment. Un long moment.
Cesser de scruter le reflet qu'elle offre d'elle aux autres et dont elle attend qu'ils lui disent qui elle est : mais qu'est-ce qu'ils en savent, après tout... elle seule a la réponse, pour peu qu'elle quitte le miroir trompeur

Fermer les yeux. Un long moment
Entamer la descente. Avec les acouphènes qui se déclencheront
C'est le prix à payer pour trouver son propre trésor intérieur



mercredi 26 septembre 2018

des moments de paix absolue

Il m'arrive parfois de vivre des instants de paix absolue. Ce n'est pas calculé, et je ne m'y attends pas. Mais soudain je ne sais pourquoi, cela arrive...
Evidemment j'aimerais que cela perdure, plus que quelques minutes, ou quelques heures quand cela arrive.
Mais non cette impression si forte de paix qui m'envahit totalement passe comme un nuage qui s'en va et se dilue à l'horizon.

Pour rester dans la paix, il faut que je fasse appel à ma mémoire: penser que cette paix existe, puisque je l'ai éprouvée. Faire confiance qu'elle pourra revenir et m'envahir à nouveau. Et c'est ce qui se passe en effet. Mais il ne sert à rien de provoquer cet état, cela ne marche pas!
Car ce sentiment de plénitude me dépasse, vient du plus profond de mon être, de l'infini du temps et de l'espace: c'est un sentiment de communion profonde avec le vivant. Et ce Vivant que j'expérimente est bien plus vivant que les petits problèmes des êtres et des choses. Je suis plongée dans le "plus-que-vivant"

Alors je lève les yeux vers le ciel, je me redresse et je respire largement



mercredi 19 septembre 2018

se soigner dans le calme VS être soignée dans l'urgence

réfléchir à la meilleure manière de gérer sa santé, est relativement facile au quotidien: on s'informe, on se fait une opinion et on agit en conséquence
par contre, comme c'est mon cas, quand on est SOUDAIN frappé par un truc auquel on se s'attendait pas, qu'on est hospitalisé en urgence, que des dégâts irréversibles surgissent, que les médecins EN URGENCE installent une thérapie médicamenteuse avec laquelle on n'est pas forcément d'accord dans l'absolu, tant qu'on est assis derrière l' écran...on ne peut faire autrement que d'accepter un lourd traitement. On est tellement malade et on a tellement peur des conséquences de la maladie (dans mon cas, la cécité des deux yeux) que on se laisse faire: d'ailleurs on n'a pas eu le temps d'y réfléchir: les médecins sont les sauveurs à ce moment! (du moins on l'espère!)

La réflexion vient APRES: mon médecin référent (en qui j'ai toute confiance et qui me laisse le choix entre deux ou trois options de médications) souhaite me voir décider en adulte responsable
Mais par ailleurs je suis tellement imbibée des doses énormes de cortisone qu'on m'a perfusées tout au début de la maladie, qu'il m'est difficile et pénible de m'en défaire tout à fait. J'ai essayé plusieurs fois mais je suis rattrapée par les malaises, auxquels se sont ajoutés les malaises cardiaques 

Et bien sûr aucun moyen de me soigner via une médication moins agressive, ou carrément différente  (homéopathie!)

Ces réflexions me sont venues suite au billet de Célestine sur l'homéopathie justement!
Autant de commentaires, autant d'avis différents et contradictoires
Je pense qu'il faut juste rester responsable de sa santé... c'est ce que j'essaie de faire.
A chacun sa ou ses façons de faire!!


vendredi 7 septembre 2018

Ca sentait le propre renfermé

Dans la maison de mon enfance, le salon était la "belle pièce", exclusivement réservée pour recevoir. Comme cela arrivait deux fois par an, ce salon était pièce interdite pour nous les enfants. Elle devait rester propre et impeccablement rangée. Pas de doigts collants d'enfants sur les meubles. Cette pièce n'était jamais aérée.
C'était donc un endroit feutré où dormaient les objets les plus précieux, les plus hétéroclites, les tableaux sévères de quelques ancêtres dont j'ignorais tout. Mon jeune frère et moi, on s'y aventurait parfois, le coeur en émoi, impressionnés par le silence et l’immobilité de l'endroit, l'odeur de la cire se mêlant à celle de la poussière: on regardait timidement, car il nous semblait que même nos regards supposaient une incursion défendue. Mais l'espace d'un moment, le salon semblait s'animer par nos visites d'enfants qui bravaient l'interdit maternel. Puis rapidement, nous refermions la porte: ce lieu était trop étrange, trop différent des autres pièces de la maison, où l'on pouvait, au moins un minimum, bousculer ou déplacer les objets...
Où l'on avait le droit de respirer et de bouger, de vivre tout simplement!


vendredi 31 août 2018

Deux enfants sur le bord d’une route


Deux enfants sur le bord d’une route. Il n’y a personne sur cette route, juste des poteaux électriques à l’ancienne. Ce doit être une route de campagne : on ne voit que des arbres, aucune maison à l’horizon. Il fait beau, les arbres projettent leur ombre sur la route. Il fait chaud, les deux enfants sont habillés légèrement.
Je suis là immobile aux côtés de mon petit frère. Je baisse la tête vers le petit chien que je tiens en laisse. Je ne regarde pas le ou la photographe. Mon frère non plus d’ailleurs. Est-ce que je souris ? Je ne sais pas, la moue que je fais pourrait passer pour un sourire. Ou alors je plisse les yeux à cause du soleil. Ou peut-être que je fais une grimace avant de pleurer. Non je ne pense pas que je suis sur le point de pleurer, l’attitude de mon corps est trop calme pour ça.
 Le visage de mon frère au contraire est parfaitement lisse, sans plissage des yeux, sans grimace ou sourire.
Je suis là, debout aux côtés de mon frère, parfaitement figée, je me suis immobilisée pour obéir sans doute à celui ou celle qui prend la photo. Ni moi, ni mon petit frère n’avons été saisis dans un mouvement quelconque. Instant suspendu, le temps s’est arrêté. Est-ce que j’attends la permission de pouvoir retourner jouer, bouger, courir ? Ou cela me semble-t-il normal d’être immobilisée comme ça ? Même le chien que je tiens est statique comme s’il était un jouet en bois que l’on tire après soi.

Elle est belle et semble forte cette petite fille, elle semble bien moins fragile que son frère.
Elle a les deux pieds sur terre, elle est plantée avec détermination sur la route de sa vie. A cinq ans, elle a tout en elle pour vivre une vie ouverte, épanouie…Et ça me fend le cœur, car ma vie de fillette, puis de jeune fille ne fut ni ouverte ni épanouie. Les choses ont si vite tourné "à l'envers".


Alors j’ai envie de la prendre dans mes bras, de la serrer fort, de l’empoigner pour l’emmener loin, ailleurs… et si elle proteste je lui dirai que son enfance sera solitaire, où elle n’existera ni pour elle, ni pour personne, peut-être juste pour ce petit garçon qui se tient à côté d’elle, son presque jumeau. Mais des deux, c’est elle qui sera la forte, qui le soutiendra, d’ailleurs c’est simple, cela se voit, elle est grande déjà, elle a du courage, elle saura déjouer le piège de cette enfance  au vinaigre.

lundi 27 août 2018

Paris, fin de l'été...

Nous sommes allés à Paris ce WE, accompagnés de notre fils aîné! Objectif: applaudir la sœur de mon mari dans un texte de Colette, dans un petit théâtre sympa comme tout!
C'était vraiment bien et cela m'a donné envie de relire quelques Colette, c'est dire!

Ce que j'aime à Paris, c'est son ambiance si particulière: il faisait beau et plutôt chaud, les gens étaient dehors, aux terrasses de café, refaisant sans doute le monde. Il y avait des "vanille", des "café au lait" et des "chocolat" et même des "noirs de noirs". Il n'y a pas à dire Paris est une ville colorée, comme Bruxelles d'ailleurs, sans compter les touristes qui trouvent bien évidemment que Paris est la plus belle ville du monde!
Notre temps était compté, pas beaucoup le temps de faire des visites, je voulais juste "respirer" la ville
Nous nous sommes essentiellement promenés sur les quais, longeant les bouquinistes, dont certains, hélas, gardaient le volet clos. Dommage, car les rares qui proposent encore des livres, sont supplantés pour la plupart, par des vendeurs de babioles.
Nous nous sommes frayés un chemin parmi la foule des touristes qui voulaient visiter Notre Dame. Nous y sommes entrés relativement facilement, assurant avec conviction que nous voulions assister à la messe, ce fut notre passe droit. Comme quoi il y a toujours moyen de se débrouiller sans faire la longue file!

Puis vers 15h, laissant mon mari et notre fils seuls, j'ai rejoint Le Goût et Heure Bleue pour un moment de papotage à bâtons rompus. Comme ils disent souvent: c'était bien! et j'ajoute, plus que bien!
On s'est rappelé des souvenirs d'il y a dix ans au moins quand je suis venue à un salon de blogueurs. Ils étaient là, ainsi que Mab dont Le Gout a souvent parlé... ainsi que d'autres blogueurs dont j'ai oublié le nom
Nostalgie...


vendredi 24 août 2018

où est ma "maison"

Où demeures-tu? lui demandent ceux qui le suivent et sont frappés par ses mots et ses actes
Lui ne répond pas vraiment à cette question, il ne donne aucune adresse, aucun lieu repérable. Il n'a pas d'endroit où reposer sa tête!
Car il va de ville en ville, de village en village s'arrêtant chez les uns chez les autres, puis reprenant sa route.
Sa maison est partout et nulle part. Elle est là où il rencontre des hommes et des femmes qui ont soif de l'entendre, d'être nourris de sa parole
Venez et vous verrez, dit-il et ces paroles sont un peu mystérieuses, elles invitent à partir sur la route, à sortir de ses tranquillités, à réfléchir au chemin que l'on prend, au lieu de courir en tous sens, nerveusement et en alerte incessante. Vite... vite...

Et moi,où est-ce que je demeure? Où est ma maison? Ma vraie maison?

Oh bien sûr je peux en donner l'adresse, avec un GPS on y arrivera facilement!
Mais au fond... c'est quoi ma véritable maison?
Je ne parle pas simplement de l'endroit où je vis, mange, dors, travaille... mais de celui où je puise ou reconstitue mes forces vives, où je donne et je reçois ce qui me fait vivre...
Ce n'est pas, je crois, l'écran de mon PC derrière lequel je passe tant de temps, parfois au détriment des vraies rencontres
Ce n'est pas non plus le terreau de mes soucis, qui me mangent bien trop mon énergie et mon temps...
Où est ma "maison"? Ma vraie maison?  Le profond de mon coeur, l'intense de mon être?
Est-elle habitée? Chaque coin est-il vivant? Ou est-elle abandonnée? délabrée? en piteux état?
Ma maison est-elle une cachette pour vivre tranquille? Ou l'endroit de tous mes possibles?
Et pour la rénover, par quoi vais-je commencer?

Beaucoup de questions auxquelles je m'attelle à répondre...

mercredi 22 août 2018

Rien à faire...
Moins j'écris
moins les mots me viennent facilement
et moins j'ai envie d'écrire

et donc moins j'ai envie d'alimenter ce blog

Je dépose pourtant des petits trucs sans importance sur FB
Ils reçoivent bien plus de réactions qu'ici

et vous savez quoi?
j'ai en ce moment besoin de me sentir exister
Tant d'années dans la pénombre de ma clinique préférée m'ont fait douter de moi...et même (et c'est grave) de la Vie tout simplement

Dans quelques jours peut-être
je retrouverai l'élan premier
l'élan du soleil qui se lève chaque matin
même quand il hésite derrière les nuages
l'élan de la pluie qui tape sur les carreaux
Mais il me faut d'abord
affronter quelques problèmes
solutionner quelques tracas
Alors je pourrai m’abreuver au soleil
et même à la pluie
les deux faces d'une même
et parfois dure réalité



lundi 13 août 2018

Rester vivante

"J'étais prête au combat
et je n'avais pas encore compris
que mon plus grand combat
consisterait à admettre
que le combat est déjà fini
Et qu'il n'est d'art martial
que celui de savoir
(se) relever"
Marion Muller-Colard (in Le plein silence)
Anniversaire difficile pour moi: cela fait 7 ans jour pour jour qu'une artérite temporale (maladie de Horton) avec atteinte oculaire (perte définitive de vision de l'oeil gauche) a changé ma vie, et pas qu'un peu!
La maladie de Horton ne se guérit pas, donc pas de combat possible! Elle se maîtrise à coup de médicaments...
Objectif: garder l'oeil droit, le précieux
mais les médicaments ont des effets secondaires énormes.. Tous les jours, j'apprends donc à me relever, à rester vivante...

vendredi 10 août 2018

comme un bonbon collant, beurk

un petit mot de rien du tout
un petit mot se cache dans ma poche
(ou peut-être dans mon sac)
(ou peut-être en dessous de mon lit)
tout penaud de ne pas être trouvé
mais qu'est-ce qu'il fait là, dis-moi?
il devrait sortir au grand jour
s'échapper de son silence fatigué
Il est grand temps, les mots finissent pas fondre
au fond des poches
comme des bonbons collants beurk
attends, tu ne perds rien pour attendre
m'a chuchoté aujourd'hui l'arbre majestueux
que je suis allée consulter (gratuitement, il est grand prince):
demain il a dit avec un grand sourire d'automne
il fera beau, c'est plus que certain
la météo ne ment jamais
(enfin presque jamais)
et le petit mot se risquera au dehors
zut j'ai pensé:
pourvu qu'il ne se noie pas
dans l'étang, mangé,
comme une miette de pain
par les canards voraces
on verra, on verra...
on espère plutôt...

vendredi 29 juin 2018

Ne plus parler...

Ne pas dire un mot de toute une journée, ne pas lire de journal, ne pas entendre la radio, ne pas écouter de commérages, s'abandonner absolument, complètement, à la paresse, être absolument, complètement, indifférent au sort du monde, c'est la plus belle médecine qu'on puisse s'administrer.

Henry Miller (cité par Jean-Louis Fournier, dans son livre "TROP")

Durant ces deux mois de vacances, je vais suivre ces bons conseils, et me réfugier dans un endroit secret où je ne suis pas obligée de parler
Mais j'écrirai... je veux terminer mon projet d'écriture... enfin!



mercredi 20 juin 2018

le petit prince pleurait

J'ai vu ce matin 
des enfants dans une cage
non ce n'était pas un jeu
non ils ne riaient pas
que croyez-vous donc?
j'ai vu un bel enfant
un petit prince
accroché à la cage
et il pleure
il pleure, il pleure,

peut-être même
qu'il hurle
vous ne l'entendez pas?
monsieur... MONSIEUR,
vous ne l'entendez pas?

jeudi 14 juin 2018

un bout de feuillage dansant dans le vent...

Imaginez la bénie des dieux que je suis...
Plusieurs contrôles m'attendent régulièrement à l'hôpital: un contrôle pour la maladie de Horton, un autre pour contrôler l'état de mon œil valide, l'autre ayant été définitivement rayé de la carte par sa majesté Horton le vilain! Et enfin un contrôle pour vérifier l'état de mon coeur, puisque je me suis payé un infarctus il y a deux ans!

Aujourd'hui, j'y suis allée pour une scintigraphie... voilà l'examen que je déteste le plus!
Quoi! on m'enferme dans un tunnel avec une machine qui fait et refait le tour de mon corps livré là sans défense? Pendant une bonne vingtaine de minutes, serrée dans ce truc, sans pouvoir bouger le petit doigt? Je souffre un peu de claustrophobie voyez vous et donc...
Et comme par hasard c'est à ce moment que j'éprouve le besoin de me gratter par ci par là, chatouillements incoercibles, horreur!

Bon, je respire calmement, demandant à l'endroit qui chatouille de se calmer, par pitiéééééééééé, que c'est vraiment pas le moment de se faire remarquer
Parfois ça marche, mais parfois pas, pas de tout!

En plus savoir que pour un jour ou deux, coule en moi une substance radioactive qui colore les veines qui arrivent au coeur... je sais pas vous, mais moi j'aime pas!

Et demain, rebelote faut recommencer l'examen après avoir mangé un morceau de chocolat bien gras (bon je sais pas trop pourquoi, faut que je consulte Google)

Ce matin dans la salle d'attente, j'ai regardé attentivement autour de moi: les gens (tiens surtout des hommes....les hommes ont plus que les femmes des problèmes cardiaques?) les soignants qui viennent imperturbablement chercher les patients, tout un monde interdépendant.

Soudain mon regard a été attiré par l'extérieur: il y avait le béton des bâtiments, et par un tout tout petit coin un arbre, oh! miracle!
Cet arbre dont je ne pouvais apercevoir que quelques branches seulement, se balançait docilement , bercé par le vent, un vent très calme, très doux
Au plus dense de ma prison de béton, dure et comme sans espoir, il y avait là quelque chose d'infiniment tendre

Mon coeur s'est calmé, et je suis allée paisiblement me livrer à mon examen
Il a suffi d'un bout de feuillage caressant des murs de béton...





dimanche 10 juin 2018

Il a pris, croyait-il, le chemin le plus court
le droit chemin, long, imperturbable, monotone
mais il a perdu le fil,
s'est retrouvé sur un chemin buissonnier
là où mille et une fleurs des champs
souriaient de bon coeur au ciel bleu
accompagnant le chant des oiseaux
Il est arrivé très en retard, bien sûr
mais le coeur élargi
par tant de simple beauté


vendredi 8 juin 2018

Acouphènes


Elle a beaucoup cherché. D'ailleurs elle cherche encore...
Elle a beaucoup cherché dehors, à l'extérieur. Et elle y a trouvé bien des choses, de tout, de rien, des choses qui s'achètent, qui s'ajoutent, qui se collectent, se collectionnent, qui s'offrent aussi parfois.

De tout, il y a vraiment de tout à l'extérieur. Il n'y a qu'à choisir, à prendre ou à laisser. Il y a toujours de nouvelles choses à cueillir sur les étals du monde, du neuf, de l'inédit, du performant, du laid, de l'inutile.

Alors elle est allée de l'un à l'autre, faisant son marché dans ce multiple, ce varié, ce changeant.
Tourbillon incessant... ça passe, ça casse, ça vient, ça meurt...
Voilà c'est ça ...ça meurt: rien ne dure, ni les gens, ni les choses, ni les états d'âme, ni la jeunesse, ni l'aujourd'hui.
Demain est toujours un autre jour. Hier il y avait de quoi pleurer (ou l'inverse), il y a de quoi rire aujourd'hui (ou l'inverse). La sable est mouvant,  les nuages passent et se lassent, la vague est mourante..
Mourante, c'est le mot...
Si elle s'accroche à "dehors" elle finit par se diluer, se gommer dans le tellement multiple que tout finit par se cogner, par se nier...
Alors elle a timidement posé le pied à l'intérieur, dans le centre du centre
A commencé la descente profonde vers le plus profond d'elle-même
A eu peur de se perdre dans les méandres de ses contradictions, car il y fait noir bien souvent, les repères se perdent, les acouphènes se déclenchent puisqu'il n'y a plus d'autres bruits que ses bruits intérieurs.
Tentation de revenir vers l'extérieur pour noyer les acouphènes dans les bruits rassurants du clinquant...

Chaque matin trop souvent, elle se réveille pour s'en aller ailleurs, partir, se quitter...
Et sa maison intérieure reste vide, en manque, en attente, déracinée, transplantée de lieu en lieu, de lien en lien.
Fermer les yeux un moment. Un long moment.
Cesser de scruter le reflet qu'elle offre d'elle aux autres et dont elle attend qu'ils lui disent qui elle est : mais qu'est-ce qu'ils en savent, après tout... elle seule a la réponse, pour peu qu'elle quitte le miroir trompeur
Fermer les yeux. Un long moment
Entamer la descente. Avec les acouphènes qui se déclencheront. C'est le prix à payer pour trouver son propre trésor intérieur

A quoi sert de se procurer le multiple, si on ne trouve pas l'unique...


lundi 28 mai 2018

les adultes ont bien ri!

Par hasard, je tombe sur une vidéo d'un anniversaire d'enfant: un tout petit trépigne de joie devant son gâteau d'anniversaire: il a deux ans...
Il est installé dans sa chaise haute (détail qui a son importance!).
La famille autour de lui rit et bat des mains...
Soudain surgit devant l'enfant, un personnage dans un costume d'ours. Impressionnant!
Il se penche vers lui et aussitôt l'enfant hurle, se détourne, cherche à s'enfuir (mais il est prisonnier de sa chaise d'enfant!)
Plus il hurle, plus "l'ours" se penche vers lui
Et .... les parents rient aux éclats! Bien sûr, pour eux ils savent qu'il n'y a aucune peur à avoir, mais comment ce petit enfant pourrait-il le savoir? Et si les parents entre deux hoquets de rire tentaient de lui expliquer qu'il ne doit pas avoir peur, il est incapable de rien entendre, encore moins de comprendre
Et donc il a peur et il hurle, cherche à s'échapper, pendant qu'autour de lui, on entend les éclats de rire: ah oui! comme ils s'amusent les adultes!

Cette petite vidéo m'a déchiré le coeur... Voilà comment se construit une perte de confiance vàv de l'adulte référent! C'est terrible, j'ai ressenti la peur de cet enfant au plus profond de mon coeur!
Et puis... passer de l'excitation joyeuse à une peur viscérale...quels dégâts cela peut faire!
Mais qu'avaient donc ces parents dans la tête?

lundi 21 mai 2018

devoir de Lakévio

Il est six heures du soir, l'été. 

Exercice où il s'agit d'étoffer votre texte autour de la phrase tirée du premier roman de Jean Giono - Colline 1929.


Il est 6 heures du soir, l'été
Le vent a soufflé en tempête toute la journée. Adèle n'a pu dépendre son linge à temps, son beau linge fin qu'elle venait d'étendre sur le fil avec amour et soin. Il est resté là, à se balancer furieusement au gré du vent violent et l'un ou l'autre se sont envolés comme de pauvres chiffons. Il était trop tard pour se risquer à sortir. La pluie est tombée en trombes, inondant en peu de temps l’arrière cour: les pluies et le vent, une catastrophe pour le linge fin d'Adèle!

Elle contemple sa lessive, le coeur serré. Ce qui est resté sur le fil ne ressemble plus à rien, ce ne sont plus que des loques, sans forme et sans âme, déchirées, effilochées de partout.
Remettre ces sous-vêtements, hier encore si affriolants, il n'en sera plus question, ni les petits hauts qui mettaient sa jeune poitrine en valeur.
Adèle contemple le désastre et se demande comment elle va se débrouiller: ce soir elle reçoit son bel amant, celui qu'elle préfère, celui qui la fait grimper tout en haut du ciel bleu, quand il est bleu!

Elle pense soudain: et si je me déguisais en clocharde, en réfugiée syrienne qui a fait une traversée mouvementée sur un rafiot déglingué? Ben oui! Son bel amant est soucieux de ces gens, il se dévoue pour qu'ils soient accueillis valablement. Donc cela ne devrait pas poser de problème...
Oui c'est cela se dit-elle, elle enfilera ces loques sans forme, les unes sur les autres et accueillera son amant avec les mille sourires aguichants dont elle a le secret!
Adèle est satisfaite de son idée, qu'elle trouve finalement géniale: elle fera ça ce soir, puis demain ou après, elle aura l'occasion d'aller à la ville acheter ce qu'il faut

Solène relit ce texte tout-à-fait insipide et se demande ce qu'a avalé sa collègue pour écrire de pareilles niaiseries: c'est en plus un texte qui se veut une ouverture vers de l'érotisme, mais qui passe complètement à côté! 
Comment va-t-elle pouvoir le dire à Adèle, sans l'offenser, sans la décourager dans ses efforts d'écriture? Mais elle ne peut quand même pas lui faire des compliments pour ce texte qui n'en est pas?

Bon elle verra demain... ce soir elle abandonne! Trop fatiguée!

lundi 7 mai 2018

A bientôt!

Envie et besoin de m'octroyer une lonnnnngue pause!
Mais pour ceux qui le souhaitent, vous me trouverez ailleurs
(faut juste chercher un peu ;-)


Matisse

mardi 1 mai 2018

s'abandonner à soi-même...

Impressions d'hier soir, dans ma petite chambre. Je m'étais couchée de bonne heure et, de mon lit, je regardais au-dehors par la baie ouverte. On aurait dit, une fois de plus, que la vie avec tous ses secrets était tout près de moi, que je pouvais la toucher. J'avais l'impression de reposer contre la poitrine nue de la vie et d'entendre le doux battement régulier de son coeur. J'étais étendue entre les bras nus de la vie et j'y étais en sécurité, à couvert. 
Et je pensais : comme c'est étrange ! C'est la guerre. Il y a des camps de concentration. De petites cruautés s'ajoutent à d'autres cruautés. En passant dans les rues, je peux dire de beaucoup de maisons : ici un fils est en prison, là le père est retenu en otage, ici encore on a à supporter la condamnation à mort d'un fils de dix-huit ans. Et ces rues et ces maisons se trouvent tout près de chez moi. Je connais l'air traqué des gens, l'accumulation de la souffrance humaine, je connais les persécutions, l'oppression, l'arbitraire, la haine impuissante et tout ce sadisme. Je connais tout cela et je continue à regarder au fond des yeux le moindre fragment de réalité qui s'impose à moi.
Et pourtant, quand je cesse d'être sur mes gardes pour m'abandonner à moi-même, me voilà tout à coup reposant contre la poitrine nue de la vie, et ses bras qui m'enlacent sont si doux et si protecteurs - et le battement de son coeur, je ne saurais même pas le décrire : si lent, si régulier, si doux, presque étouffé, mais si fidèle, assez fort pour ne jamais cesser, et en même temps si bon, si miséricordieux.
Tel est une fois pour toute mon sentiment de la vie, et je crois qu'aucune guerre au monde, aucune cruauté humaine si absurde soit-elle, n'y pourra rien changer.


Chaque fois que mon moral baisse, un peu ou beaucoup, je reprends inlassablement le journal de Etty Hillesum, cette juive morte à 29 ans dans les camps de la mort
Et je lis, un peu au hasard, je sais que je tomberai sur les mots qui me redonneront le courage d'aller de l'avant
Se reposer "contre la poitrine nue de la vie", quitter le flux et le reflux des inquiétudes incessantes, recontacter en soi le doux silence, lent, régulier, profond, le contact avec cette présence qui murmure et qu'il faut écouter pour espérer entrer en contact avec elle, qui pacifie au delà de tout... au delà de la guerre féroce et sans pitié: et n'y a-t-il pas une guerre (ou même plusieurs) en chacune de nos vies?


Je lis une page ou deux, sûre de trouver les mots qui ressuscitent, qui ME ressusciteront
Et je m'endors apaisée et confiante, ou prête à commencer ma journée, autrement, ancrée dans l'essentiel

dimanche 22 avril 2018

schizophrénie

Il y a moi d'une part, dans mon petit quotidien, tout simple, avec soleil, chaleur, cui-cui des oiseaux, fleurs qui poussent à une allure incroyable, explosion de couleurs, comme c'est beau!
Et puis il y a le monde, ce monde qui me fait peur tellement il semble aller mal. Je ne vais pas énumérer les divers problèmes, tant humains que matériels, vous savez mieux que moi

Moi, c'est simple je n'ai sans doute plus trop d'années à vivre tant pis ou tant mieux
De tout ce qui va pas, je pourrais m'en contreficher: après moi les mouches!

Mais je pense aux générations qui suivent et croyez moi, je suis effrayée...
Sans doute ils trouveront en eux les forces et les trucs pour aller de l'avant, pour passer victorieusement par toutes les étapes du déglinguement ou du déglinguandage, ils les sumonteront

Impression d'être égoïste quand je "profite" du beau temps, des fleurs, des cui-cui, des apéros, des repas dehors, des belles choses
Égoïste et inconsciente, mais au fond je fais comme tout le monde, je veux sans doute pas voir de près comme tout va pas trop bien, jusque dans la tête de nos politicards, mais à qui donc a--t-on confié les responsabilités de nos pays?



jeudi 12 avril 2018

à propos des commentaires

Je lis que tous ceux qui sont venus commenter hier ont buté sur le mot "absolu"
Ce n'était pas, loin s'en faut, le mot le plus important pour moi, et à vrai dire pas très bien choisi!
J'aurais dû parler d'une recherche de plénitude (comme le dit Suzame) plénitude que je pourrais rencontrer dans l'intensité du moment présent (La Baladine) et dans la gratitude de cet instant présent qui m'est offert (Adrienne) jour après jour

Cette recherche d'absolu/de plénitude/d'infini/d'intensité... est un thème récurrent chez moi, j'ai écrit des billets là dessus et autrefois il était davantage "rencontré" / Je peux le voir dans les commentaires

Voici le copié-collé d'un de ces billets écrit en avril 2011:


Il y a en moi comme un élan incessant vers un absolu dont j'ignore tout et surtout comment le satisfaire. Parfois je me demande si je ne confonds pas ce désir si pressant d'absolu avec un piteux et lancinant vide existentiel, qui serait comme un panier sans fond que je ne parviens jamais à remplir... et pour cause!
C'est comme les deux côtés d'une même médaille. D'un côté le désir d'absolu, de l'autre la sensation de vide...

Cette aspiration incessante vers un "ailleurs", un "autre chose" est lancinante, elle se loge là quelque part dans ma poitrine et la sillonne d'éclairs qui me lacèrent et m'oppressent dans mes respirations. Autrefois c'était si violent que cela se transformait en angoisses qui me laissaient anéantie. Mais j'ai appris heureusement à laisser se décrisper le souffle, à le laisser descendre dans le ventre, ce qui me redonne la sérénité, me replace dans mon centre, et m'ancre dans l'ici et maintenant.

Cette sensation d'oppression n'est que la manifestation physique de quelque chose qui vient de très loin, une aspiration illimitée vers l'infini que j'espère et redoute en même temps tellement je la pressens violente...  et cela dans tous les domaines: aimer (infiniment),  être aimée (infiniment), réaliser de grandes choses dans les domaines qui sont les miens, vivre intensément des choses intenses., vivre des relations fabuleuses. Parfois c'est comme s’il y avait un hiatus fondamental entre ce qui se trame d'intense à l'intérieur de moi dans mes aspirations si fortes... et le fade, le tiède, le gris, le quelconque de l'extérieur (même s'il est pétri de violence ou de méchanceté intrinsèque).

Il y a des jours où je me sens en profonde connivence avec ma vie, où j'ai l'impression de coller au plus près de ce que je suis et de ce que je fais, à ces désirs si profonds, si intenses, si indicibles
Il y a des jours au contraire où ce désir d'absolu me dépasse, je me trouve comme devant une montagne impossible à gravir et j'ai une immense tentation de désespoir. Je me dis que je ne suis pas faite pour vivre, que je vis les choses de manière TROP inadéquate.

C'est très difficile à décrire tout cela, les mots qui me servent d'habitude, je les trouve bien pauvres pour décrire cette quête, cette faim jamais rassasiée.
Est-ce propre à l'être humain cela? Sans doute, mais je vois que d’autres ne se posent pas toutes ces questions, vivent tranquillement leur quotidien en s'en contentant et se moquent gentiment de moi et de ma sensibilité à fleur de peau.
On dit que je vis les choses trop intensément, on me plaint un peu, me disant que la vie ne doit pas être facile pour moi.
C’est vrai... je galère des fois


D'un côté le vide, de l'autre l'intensité

mercredi 11 avril 2018

Une question d'absolu

Ce matin, en attendant une de mes petites filles qui vient passer deux jours chez nous, je choisis au hasard un livre dans ma bibliothèque, bonne façon de passer agréablement le temps
(résister à la tentation de me perdre dans FB, même pour dix minutes...

Je laisse faire le hasard pour choisir LE livre qui me fera du bien ce matin
Je prends (au hasard, promis juré!) le Journal IV de Charles Juliet: Accueils.
Ceux qui me lisent depuis un certain temps savent combien j'aime cet auteur; j'en ai parlé ici plus d'une fois...

Je tombe sur ce passage qui me rejoint si profondément
"L'absolu. Il est connaissance, vérité, liberté, lumière, perfection, plénitude, permanence.
Cet état dont j'éprouve le tenace et douloureux besoin, c'est cent fois le jour que je l'appelle. Il inspire ce que je pense, décide, cherche à vivre, et me permet de jauger ce que m'apporte mon quotidien
mais comment surmonter la déception quand se trouvent confrontés ce que je brûle d'atteindre et le peu qui m'est offert?"

L’illustration que je vous mets est une peinture de Bram Vanvelde, peintre hollandais, devenu l'ami de Juliet et auquel il a consacré tout un écrit


vendredi 6 avril 2018

dans la lumière du soleil

Ce matin, je laisse mon regard errer dans le jardin. Le forsythia est encore à l'ombre. Je le regarde un peu désolée, on dirait qu'il a perdu sa parure de printemps, celle que j'aime tant et que chaque année j'espère éternelle. Mon coeur s'attriste: comment? c'est déjà fini? Il faut attendre l'année prochaine, pour le revoir dans toute sa jaune splendeur?
Oui, je suis vraiment triste, je n'en ai pas assez profité, et c'est trop tard maintenant!

Je reviens à la fenêtre une demi-heure plus tard, et là! stupéfaction... mon forsythia chéri brille de tout sa couleur jaune et chaude: il s'est éveillé dans la lumière du soleil, s'est donné je crois la permission de vivre son printemps, me le donnant du coup en cadeau

Comme quoi les êtres et les choses, quand on les regarde avec les yeux du soleil, éclatent de couleur, de lumière et de vie!
Bien sûr je le sais, dans quinze jours il sera redevenu un arbuste comme les autres, sans éclat particulier. Mais je sais aussi que d'autres buissons, d'autres fleurs prendront la relève. La nature ne dit jamais son dernier mot: au plus sombre de l'hiver, il y a toujours de nouveaux printemps!

Je m'en souviendrai quand je serai dans le doute



mardi 3 avril 2018

le berceau de ses mains

Depuis peu je retourne me faire masser, et la masseuse le fait de manière extraordinaire!
Elle n'a pas suivi de formation spécifique, elle "écoute" simplement le corps de la personne, et ses gestes sont doux, apaisants, vrais
C'est sa grand mère qui l'a formée à cette écoute, grand mère un peu chamane, qui lui a appris que la vérité est avant tout sensible, mais qu'il faut pouvoir apprendre à l'approcher. Ce qui n'est pas si évident dans notre monde qui refuse et se moque même de l'irrationnel. Dès le premier massage elle a perçu que j'étais d'accord avec son toucher, pour elle c'était capital, elle n'aurait pas pu continuer sinon!
Elle commence par le bas de mon corps, par mes jambes si douloureuses, si fragiles, si blessées par trois opérations coup sur coup (c'est le cas de le dire!!) l'année dernière. Ces foutues jambes me posent problème, je ne supporte pas qu'on me touche, je me crispe, je me protège.
Au bout d'un moment, je m'apaise et elle peut poser les mains sur moi, elle peut commencer à masser mes jambes
Puis elle monte, détend une à une toutes les tensions, surtout dans le dos côté droit, le côté qui encaisse les tensions, le côté opposé à mon œil aveugle
Là aussi j'apprends à me laisser faire, à laisser les mains magiques de la jeune femme  apaiser ce dos qui a tellement encaissé!
Puis le cou, la nuque, oulala! que de tensions! Doucement patiemment, elle leur "parle", leur demandant de se dénouer, et les tensions se dénouent une à une. Il lui faut parfois insister sur un nœud, mais elle arrive à le dénouer. Toujours.
Mais le moment le plus magique, c'est quand elle pose ses deux mains sur mon crâne. Elle le prend en berceau dans ses mains, elle semble demander mon assentiment. Sans un mot je le lui donne, en me lovant dans ses mains: extraordinaire sensation!
Et chaque fois,  l'émotion monter en moi: c'est comme si elle remplissait le rôle d'une mère bienfaisante, aimante... comme si elle me donnait une occasion de renaître, de repasser par le passage de la naissance, et d'être accueillie, aimée profondément!
Après le premier moment de surprise, durant lequel elle guette pour savoir (sentir, écouter) si je suis  consentante, je me laisse complètement faire, je m'abandonne et j'entre dans un état proche de l'hypnose, en ondes Alpha
Mes larmes coulent, quelque chose se libère, j'ai soudain senti ce que c'était d'être aimée totalement par une mère bienfaisante

Cette jeune femme est une hypersensible, comme moi: ce n'est pas étonnant si elle sent les choses avec ses mains: elle est bien plus jeune que moi, mais nous nous rejoignons et nous comprenons!



vendredi 30 mars 2018

Déserteur du banal

L'oiseau bat des ailes, on dirait qu'il s'affole.
Bientôt il est là-haut, libre et souverain
il glisse sur la pesanteur du brouillard
il célèbre l'éclat du soleil
il voyage au gré du vent, déserteur du banal
vagabond déterminé à trouver son chemin.

Il s’arrache à la terre boueuse
où trop souvent l'on s'empêtre et patauge
alourdi des scories d'un monde cruel
éclaboussé des vomissures et vilenies
bardé de lassitude, prisonnier du mesquin
encombré du futile et de l'inconsistance.

Alors...
Il prendra juste ce qu'il faut de distance
pour partir, le désir dans le vent!

La vie bat son plein, dure et tendre  à la fois...



lundi 26 mars 2018

migrants immobiles


Nous sommes des migrants immobiles
Nous n'avons pas déménagé depuis 40 ans  agrandissant notre maison au fil du nombre de nos enfants
Mais autour de nous, tout a changé, absolument tout!
D'abord la rue en elle même: il y a eu des travaux une fois, deux fois, trois fois ouf! de nouvelles constructions, et autant de réfections de la rue.
Elle est devenue à sens unique: nous avons donc un "tour de bloc" à faire pour aller vers le haut, là où se trouve le seul transport  en commun dont nous bénéficions (un bus seulement)
Ce qui a changé aussi ce sont les gens: toutes les maison ont de nouveaux "maîtres", proprio ou locataires
Nous ne les connaissons pas tous, mais au fil des étés, nous finissons souvent par faire leur connaissance. L'été on vit dehors, on jardine, on parle par dessus la haie, on prend l'apéro ensemble
J'ai du mal à me rappeler nos précédents voisins, leurs noms, leur physique etc
Tout cela est derrière moi, tant de choses se sont passées depuis!
De temps en temps nos enfants nous rappellent l'une ou l'autre anecdote, ils ont la mémoire plus facile que nous: alors nous nous exclamons et on se dit ahhh ouiiiiiii je me souviens!
Parfois on est ému en pensant à tel incident pénible, mort, maladie, accident.
Parfois simplement on rit en pensant aux blagues que nos enfants ont faites, et que l'un ou l'autre rapelle
Les temps qui sont passés, semblent toujours des bons temps... ;-)





jeudi 22 mars 2018

il y a deux ans...

J'ai hésité à en parler, et puis voilà! J'en parle, je ne peux pas faire autrement!
Il y a deux ans, c'est loin et si près... 32 victimes, c'est beaucoup et peu. et il y a tous les blessés graves traumatisés, amputés!

Je me souviens
il y a deux ans, vers neuf heures, je suis dans mon petit bureau, en train de répondre à mes mails
Soudain une vraie cacophonie, des hélico qui vrombissent dans le ciel, des voitures de police et des ambulances qui sifflent dans l'avenue juste en bas de chez moi.
Que se passe-t-il?
Je ne vais pas tarder à le savoir : une de mes filles, celle qui habite loin, me téléphone, j'entends la panique dans sa voix: maman et papa, vous allez bien? Vous n'êtes pas là-bas?
Là-bas? où là-bas?
là-bas à l'aéroport, ou bien là-bas dans le métro...
Là où a éclaté la violence meurtrière, là où s'est déclenché le mal sous forme de bombes, de morts et de blessures graves
Ce bruit strident, grimaçant, nous l'avons entendu toute la journée... nous sommes à quelques km de l'aéroport!

Pendant des jours on n'a plus parlé que de ça... les journaux écrits ou télévisés
Une vague de panique s'est répandue sur le pays: on pensait aussi à ce qui s'était passé en France quelques mois plus tôt!

Puis les choses se sont tassées, on y pensait encore, mais sans trop insister, juste un regard inquiet parfois quand on voyait un sac posé à côté de nous, ou des gens à la mine patibulaire
Et puis les militaires dans les rues, plus moyen de circuler dans le centre sans se cogner à des militaires et à leurs fusils!

Nous rêvons tous d'un monde où il ferait bon vivre, on on pourrait vivre en paix
Bruxelles est une ville multi culturelle, les races, les cultures, les religions, les couleurs de peau se mélangent, se côtoient, se disputent parfois, et pourtant peuvent s'apprécier quand on prend la peine de s'écouter








mardi 20 mars 2018

Ta vérité? ou la mienne?

Ici ou ailleurs, mes  mots se fondent sur des faits authentiques, (que je crois authentiques, mais va savoir...) mais ce n'est pas la vérité. C'est Ma vérité, celle que j'ai construite au travers d'expériences, de rencontres ou de lectures.
C'est ce que certains de mes proches n'ont pas compris quand j'ai écrit "L'enfant à l'envers, l'enfant à l'endroit". Ils m'ont reproché d'avoir travesti LA vérité en aménageant, souvent de manière littéraire, MA vérité. Ils m'ont reproché d'avoir travesti LEUR vérité, qu'ils étaient persuadés être l'unique!
Au même titre que la pensée, la vérité n'est pas unique. Elle est multiple et infinie, à l'image des  milliards d'individus qui peuplent notre planète. Il appartient à chacun de trouver et de construire sa vérité dans le respect de celle de l'autre

Le respect de celle de l'autre...
Et ne jamais, jamais lui asséner qu'il ou elle a tort, qu'il ou elle se trompe, sans avoir honnêtement cherché à comprendre
Et comprendre ne veut pas dire acquiescer, juste comprendre, ou du moins le tenter
Et il est vrai, c'est d'autant plus difficile que nos vérités sont différentes, et s'éloignent peu ou prou de celles des autres

Enasni

lundi 19 mars 2018

devoir de Lakévio


Centième devoir, chers amis !


Saurez-vous raconter une petite historiette sur ce tableau coquin,
en cent mots exactement, pas un de plus, pas un de moins ?



Petite soubrette, légère et court vêtue se penche avec grâce de ci de là, dans la chambre du marquis son bon maître
Petite soubrette se penche de ci de là, pour retendre de draps frais et blancs le grand lit de son bon maître
Petite soubrette est corps et âme dévouée au service de son bon maître et de sa très gentille maîtresse évidemment
Petite soubrette a promis d’être là disponible pour lui : il peut la sonner dès qu’il a besoin d’elle, en général tous les soirs et jusqu’au matin. Gentille maîtresse dort toujours à ce moment-là, très profondément…




Cent mots, pas un de plus, pas un de moins: j'ai tout bien fait comme il fallait! ;-)

mercredi 14 mars 2018

Professeurs de désespoir

Hier La Baladine a posé sur mon blog un commentaire très intéressent: le voici
"Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qui pousse tant d'imagination vers des choses tragiques... C'est vrai, quand on raconte une belle histoire gaie, tout le monde va dire "oui c'est gentil/naïf/bêta/mode bisounours" alors que si l'histoire se termine mal, tout le monde adhère!"


Je pense qu'on ne peut raconter une histoire qu'en étant au plus près de la vie. Et cette vie est faite de beau et de bon, de tendre et de soleil, mais aussi hélas de tragique, de détresse, d'orages et cela ne finit pas toujours très bien, loin de là! Hélas!
Mettre en scène des personnages qui, dans leurs difficultés, vivent ou tentent de vivre la résilience, n'y arrivent pas forcément, mais recommencent, ne perdent pas espoir...et continuent la lutte, 
cela ne peut que toucher les lecteurs qui peuvent reconnaître leur propre combat.
Et ces histoires peuvent énormément émouvoir
Mais un écrivain qui écrit systématiquement des histoires tristes, dans le désespoir le plus absolu, je crois qu'il faudrait qu'il s'interroge sur sa "nécessité" de ne pas quitter le morbide: quel plaisir cela lui procure-t-il? qui a-t-il en lui de si blessé pour qu'il ne puisse quitter le cycle infernal du sombre? 

Je crois que c'est pour ça que les lecteurs ont besoin que "cela" finisse bien" et se sentent frustrés quand ce n'est pas le cas
A lire  "Professeur de désespoir" de Nancy Huston
"Nous devenons schizos, mes amis. Dans le quotidien, nous tenons les uns aux autres, suivons l'actualité avec inquiétude, faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver et renforcer les liens. En tant que lecteurs ou spectateurs, au contraire, nous encensons les chantres du néant, prônons une sexualité aussi exhibitionniste que stérile, et écoutons en boucle la litanie des turpitudes humaines. A quoi est dû cet écart grandissant, à l'orée du XXIe siècle, entre ce que nous avons envie de vivre (solidarité-générosité-démocratie) et ce que nous avons envie de consommer comme culture (transgression-violence-solitude-désespoir) ? " L'homme est bon et mauvais, disait George Sand. Mais il est quelque chose encore : la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l'art. " La littérature contemporaine aurait-elle renoncé, à ce but-là ?" N. Houston
(à suivre)

"soyez abjects, vous serez vrais" prône Houellebecq...

lundi 12 mars 2018

Devoir de lakévio!



La femme à l'écart

J'attends. Je fais semblant d'écouter. Mais cela ne m'intéresse pas, ce dont elles parlent. La mode, ce n'est pas mon truc. Où reste-t-il? J'ai envie de fuir. Une légère nausée m'envahit. C'est ce biscuit que j'ai mangé sans appétit! Je ne tiens plus, encore dix minutes et je m'en vais!
J'attends toujours: là au creux de mon ventre quelque chose frémit que je connais bien: quelque chose de l'ordre du désir, quelque chose de l'ordre de la peur. Peur qu'il ne vienne pas, peur qu'il ne vienne plus. Allons faut plus que je pense à... A quoi pense-t-on quand on ne pense plus? On pense à lui, encore à lui, toujours à lui!  Si cela continue, je vais devenir folle... il faut que je me calme, que je range mon chagrin au fond de ma tasse, et que je fasse l'effort de me raccrocher à la conversation, mais bien sûr, j'y arrive pas... je repense à lui...

La femme assise

mais oui, mais oui, cause toujours... je fais semblant de t'écouter, mais je t'écoute pas, si tu savais...
Je sais qu'il doit venir prendre le thé avec nous. Il n'est pas encore là, c'est curieux où reste-t-il?
Enlève tes mains de mes épaules, ça m'énerve, j’essaie de changer de position, mais tes mains reviennent toujours sur mes épaules. Comme des sangsues. J'en peux plus. Dans dix minutes je m'en vais, je l'attendrai dehors, ce sera mieux, on ira boire un thé tranquille sur la place toute proche. Il fait beau il faut en profiter!

La femme debout

Je dis n'importe quoi pour la garder assise devant moi, sous mon contrôle. Mes mains sur ses épaules... je la caresse l'air de rien: elle finira par s'en rendre compte, elle finira par aimer ça!
Elle finira par comprendre que je l'aime, que je l'aime comme une folle, que j'ai tellement envie de me blottir dans ses bras, de la caresser... de la...

Une scène à trois personnages... si on pouvait lire dans les cœurs, on serait peut-être horrifiés de ce q'on y découvrirait!


vendredi 9 mars 2018

elle a 18 ans aujourd'hui!

J'ai une petite fille merveilleuse dont c'est l'anniversaire aujourd'hui!
Elle a été adoptée par le couple de ma fille aînée,  qui malheureusement ne pouvait pas avoir d'enfant: ce fut un gros chagrin, surtout pour ma fille!

L'enfant est d'origine chinoise: abandonnée par sa mère et recueillie et soignée dans un orphelinat

Ma petite fille A. est aujourd'hui majeure et termine ses humanités
Elle doit présenter un travail de fin d'études: elle a choisi ce sujet-ci qui l'intéresse :
"La politique de l'enfant unique en Chine, et ses conséquences"
C'est sans doute à cause de "l'enfant unique" qu'elle a été rejetée par ses géniteurs: s'il fallait se limiter à un seul enfant, il était préférable d'avoir un fils! Surtout dans les familles pauvres!

Pour le moment A n'a aucune envie d'aller dans son pays natal, alors que son frère originaire du Vietnam le souhaite et mettra sans doute un jour son désir à exécution
Mais par le choix de ce travail, bien spécifique, A montre qu'elle s'intéresse à ce qui a pesé sur les familles chinoises durant des décennies et qui est à l'origine de son adoption ici

jeudi 8 mars 2018

le danger du retour au passé

Non je ne vais pas parler de la femme et de son combat pour qu'on respecte mieux ses droits
Droits qui sont encore et toujours bafoués, voire niés, ignorés, sous estimés.
L'homme est parfois aveuglé et ne réalise pas combien ce combat est capital! Même si la plupart des hommes que nous côtoyons sont des hommes bons et respectueux de leurs compagnes.
Mais quel est l'homme qui aurait aimé préféré être une femme? Je n'en ai pas rencontré! Tous ceux auxquels j'ai posé la question sont très satisfaits de leur sexe et n'en changeraient pour rien au monde! C'en est même comique!

Je pense à ce retour au passé dans certains pays européens où les femmes devront se battre pour garder le simple droit à l'avortement
Je déteste les catho extrémistes qui tentent d'influencer l'opinion par des discours outranciers et culpabilisants, et appellent à des manif "prolife"
Simone Veil avait mis en  garde: ce combat ne serait pas gagné définitivement, qu'il faudrait être attentif à ne pas se laisser submerger par les idées d’extrême droite
et en Pologne, en Hongrie, en Espagne, en Italie surtout, sans parler des Etats-Unis, elles sont en train insidieusement de gagner du terrain

D'autres droits sont bien sûr encore à défendre: l'égalité de salaire par exemple! La parité des sexes dans la politique, dans les postes à responsabilité



dimanche 18 février 2018

Le carré de lumière

C'est le lundi de Lakévio, que je remercie


"Il ne faut jamais éclaircir le mystère. De toute façon, un écrivain ne le pourrait pas. Et même s'il cherche à l'éclaircir de manière méticuleuse, il ne fait que le renforcer.
Patrick Modiano

écrire, à partir de la toile du jour, une histoire un peu, beaucoup, passionnément ...
ONIRIQUE ETRANGEMYSTÉRIEUSE...

- c'est par où le chemin, dis moi le chemin...
- ben tu vois pas? c'est par là! LA, je te dis... en haut du premier escalier!
- c'est par là qu'il faut aller? Mais c'est bouché!
- regarde bien...
- je vois juste que c'est éclairé, mais je te répète que c'est bouché! On ne peut pas passer par là!
- mais si, moi j'y passe régulièrement! je t'assure...
- dis moi comment il faut faire, je t'en prie
- ......
- s'il te plait, dis moi
- ........
- DIS-MOI
- il faut réciter un poème, mais pas n'importe lequel, le seul qui convienne, le sésame
- mais... mais... quel poème, j'ai jamais entendu ça...
- et bien tu chercheras et tu le trouveras... tu le réciteras avec beaucoup d'attention et le coin de la vérité s'ouvrira, tu verras, voilà, salut!
- ne pars pas, s'il te plait, dis-moi quel poème et qui en est l'auteur...
- cherche, cherche bien, tu finiras par trouver

- "au temps suspends ton vol.... et vous heures propices, suspendez votre courbe.....
ça marche pas... ça s'ouvre pas!!!
- tu t'es trompé, t'es vraiment un demi connard! Allez, redis lentement les mots et corrige, c'est le seul moyen d'entrer

Comme mon texte finit bien, il a répété les mots, lentement, cette fois sans se tromper, et le carré de lumière s'est ouvert, mais je ne vous dirai pas ce qu'il cachait...


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