lundi 4 décembre 2017

La marquise sortit à cinq heures

La marquise sortit à cinq heures, sans dire à personne où elle se rendait. Même pas à son petit chien bichon qu'elle enferma dans sa chambre, en lui recommandant de rester sage, de ne surtout pas aboyer pour ne pas trahir son absence: elle l'avait installé sur son coussin et n'était partie que quand elle l'avait vu endormi.
La marquise n'avait pas l’âme tranquille. Elle avait hésité longtemps avant de sortir, pesant le pour et le contre et finalement le pour avait triomphé, c'est donc pour ça qu'elle partit à cinq heures, comme une voleuse, il faut bien le dire.
La marquise sortit à cinq heures habillée de sa plus belle robe, la bleue, celle qu'elle aimait particulièrement quand elle voulait être à son avantage. La marquise voulait ce soir être belle. La plus belle!
La marquise marcha d'un pas vif et déterminé, qui savait ce qu'il voulait (le pas!). Elle s'empêchait de regarder à droite et à gauche pour voir si personne ne l'avait vue et la suivait. Elle s'efforçait de rester naturelle, de n'éveiller aucun soupçon.
La marquise en robe bleue, chignon serré, avait le coeur qui battait la chamade. Personne n'aurait pu deviner qu'elle avait peur, très peur. D'ailleurs son coeur allait exploser si cela continuait ainsi!

J'ai le regret de vous annoncer que la marquise est morte peu après cinq heures, emportée par une crise cardiaque fulgurante. Elle s'est affaissée sur le trottoir pas loin de chez elle. Personne ne savait où elle se rendait, et personne ne le saura jamais!
Dans sa chambre, on trouva un petit bichon mort d'avoir hurlé pendant des heures.


sur la consigne du lundi de Lakévio

27 commentaires:

  1. ah tu fais trépasser tes protagonistes, tu es d'humeur expéditive :-)

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  2. Comme on dit sur FB : MDR !
    Bon, apprend qu'elle avait un cœur...
    J'ai vraiment aimé.

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  3. Mais c'est très mal de nous laisser sur notre faim, en plus du faire mourir le bichon, attention aux amis des bêtes.

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    1. mais enfin HB: il n'y a pas de morale en littérature. On peut se laisser aller à ses plus bas instincts!!!!!
      ;-)

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  4. Mais pour qui donc battait à ce point le cœur de la marquise ?
    J'ai ma petite idée… mais je la garde pour moi…
    un certain Félix ! Qui se consola autrement…
    mal lui en prit !
    Il finit au lit de la même manière…
    (historiens amateurs… à vos encyclopédies !)
    ;-)

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    1. bon! faut que je découvre l'histoire tragique de ce Félix...
      Tu l'aurais dit, c'était plus rapide ;-))

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  5. J'arrive de chez Pivoine où la marquise meurt aussi.
    Pourtant elle n'a pas l'air malade.
    Bravo Coumarine.

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    1. la plupart de "marquises" dans ce jeu d'écriture sont des infidèles, oui j'ai lu!
      merci berthoise

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  6. Ça c'est curieux comme coïncidence...
    Une écrivaine française rencontrée presque par hasard sur fcbk m a dit avoir pleuré en tuant un de ses personnages préférés. Et elle pleurait chaque fois qu'elle se réalisait.
    Cette jeune marquise n a pas l air follement gai non plus.

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    1. ça alors, pleurer pour un personnage!
      Parfois au contraire c'est un soulagement de le "tuer", car cela permet de passer à autre chose ;-)

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  7. Que c'est triste ! A mon avis elle avait un rendez vois amoureux avec Félix.

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    1. les grands esprits se rencontrent, je vois que tu penses comme Alainx!!

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  8. Mais c'est évident qu'elle courait (en cheveux !) chez Félix...
    Pauvre bichon !

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    1. encore une qui croit qu'elle rejoignait Félix! décidément....

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  9. merci d'avoir apprécié ce petit texte sans prétention
    Je vais vous avouer que même moi, je ne sais pas où la Marquise se rendait à 5h
    ;-)

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  10. Elle a raté non pas la marche mais l'extase !... Pauvre Marquise. Mais c'est bien triste pour le bichon...
    Merci Coumarine., pour ce texte fulgurant ! :)

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    1. merci en tout cas, Lakévio de nous donner l'occasion de nous divertir avec tes consignes!

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  11. Pauvre Marquise et ...pauvre bichon !

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    1. lequel est le/la plus pauvre des deux?
      ;-)

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  12. Bien sûr qu'elle avait peur. Qui aurait pu être serein dans sa situation ? Tout en elle indiquait qu'elle avait conscience de s'apprêter à vivre quelque chose d'exceptionnel dans la vie d'une orpheline : rencontrer son père...C'est le coup de téléphone de la veille qui lui avait donné ce rendez-vous étrange, avec ces consignes non moins mystérieuses: s'habiller d'une certaine façon, n'en parler à personne. Jusqu'à l'heure incongrue du rendez-vous, tôt le matin, et le lieu qui lui disait vaguement quelque chose... 25 rue de la grange aux loups. Son père était mort depuis sa tendre enfance, elle ne l'avait jamais connu. Ce rendez-vous surnaturel comportait donc un risque: et si c'était un piège ?
    Mais la curiosité avait été la plus forte.
    Alors comment s'étonner que son coeur n'ait pas supporté ce qu'elle avait vu en poussant la porte de la petite maison aux volets bleus ?...Car devant elle, devant ses yeux ébahis, elle l'avait soudain vu. Quel choc ! Oui, elle défaillit en apprenant que son père était en fait célèbre, et même très célèbre. En fait, elle n'aurait jamais pu imaginer que son père était...

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    1. hébé... Célestine!
      quelle imagination tu as...!
      c'est tout un roman, ça!
      Mais n'empêche tu abandonnes aussi la fin à l'imagination du lecteur!
      au fond, une nouvelle avec une fin "ouverte", c'est intéressant mais les lecteurs n'aiment pas trop ça: ils demandent la suiiiiite
      ;-))

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  13. Elle a succombé d'avoir trop palpité, et ton habile ellipse déchaîne les imaginations, Coumarine! C'est fameux!
    :-D

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    1. ben voilà, et j'aime faire ça! même si les lecteurs rouspètent et veulent la suite, comme je le dis à Célestine!
      Je ne suis pas prête à les satisfaire... d'ailleurs je ne sais pas moi-même le fin mot de l'histoire, me contentant de la laisser se dérouler, ici avec l'utilisation d'anaphores ;-)

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  14. Excellentes, ces variations, ton billet m'a fait sourire - merci !

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  15. Oh non, c'est pas juste ! Quelle frustration ! Et puis, ce pauvre petit bichon...

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